Substitution? L'état du corps.



Le corps est miraculeusement préservé!




Les défenseurs de la thèse de la substitution des corps affirment que l'état du corps en 1840 est meilleur qu'il ne l'était en 1821.



Voyons les témoignages.




Afin de mieux illustrer ce point, je n'ai repris ici que les mots ou petites parties de phrases parlant de l'état du corps.
Pour plus de détails, voyez le tableau ou les ouvrages d'où viennent ces extraits.



Inhumation - mai 1821



Louis Etienne Saint-Denis dit le Mameluck Ali
Souvenirs sur l’Empereur Napoléon, Arléa, 2000, p. 277.

Le corps, dans la seconde journée, s'avança tellement que, dans l'après-midi, il se trouva en pleine putréfaction; et l'odeur qu'il exhalait était si forte que, quoique les portes et les fenêtres fussent ouvertes, on ne pouvait tenir longtemps auprès.


Henri-Gatien Bertrand
Cahiers de Sainte-Hélène, Janvier 1821 - Mai 1821, Editions Sulliver, 1950, p. 194.

06 mai 1821: La figure de l'Empereur paraissait alors plus jeune qu'il n'était,... .A quatre heures du soir, il avait l'air plus âgé qu'il n'était réellement.
07 mai 1821: l'Empereur était tout défiguré et exhalait une très mauvaise odeur.


Charles-Tristan de Montholon
Histoire de la captivité de Sainte-Hélène, p. 222.

Vers midi, M.Antomarchi nous déclara que la putréfaction faisait rapidement des progrès, et qu'il y avait urgence de procéder à l'autopsie et à l'embaumement.




Exhumation - octobre 1840



Louis Etienne Saint-Denis dit le Mameluck Ali
Journal inédit du Retour des Cendres, Tallandier, 2003, p. 179.

Le nez est déformé: le cartilage paraît avoir été froissé par le couvercle.
Les mains sont un peu desséchées, cependant elles ont encore une belle forme: elles sont plus blanches que la figure, et la peau transparente; les ongles sont un peu allongés et un peu rosés.
Le corps est en général dans un état de conservation auquel on était loin de s'attendre.


Gaspard Gourgaud
Le retour des Cendres de l'Empereur Napoléon, Arléa, 2003, p. 54.

Le docteur toucha les mains qui paraissaient fort bien, quoique un peu gonflées.
Il dit que le corps était passé à l'état stéarique; la main gauche était un peu plus haute que l'autre parce que le général Bertrand, lorsqu'on avait fermé le cercueil en 1821, l'en avait tirée un moment pour la baiser.
La tête, à l'exception du nez qui paraissait avoir été comprimé par le dessus du cercueil, était en parfait état, seulement un peu gonflée.
Mais cela n'altérait que très peu les traits, et il aurait suffi d'avoir vu une seule fois l'Empereur pour le reconnaître en ce moment.
Le docteur toucha légèrement les chairs de la tête et déclara qu'elles étaient momifiées.
Les coussins en soie et garnis de coton, dont on avait revêtu les parois intérieures du cercueil, avaient produit un singulier effet : il s'était formé, dans tous les vides, une mousse blanche qui laissait voir tout le corps comme à travers une mousseline légère.


Philippe de Rohan-Chabot
Souvenirs inédits, les 5 cercueils de l'Empereur, France-Empire, 1985, p. 90.

Le crâne est grand: le front haut et large. Les yeux ont perdu quelque peu de leur volume et de leur forme. Les paupières sont complètement fermées. Il reste encore quelques cils.
Les os de l'arête du nez sont en bon état. Seule, la partie inférieure est détériorée.
Les joues sont rondes, douces et souples. Elles sont blanches. La barbe, qui a poussé depuis la mort, donne une teinte bleutée au menton.
Le menton, dont la forme n'est en aucune façon altérée, conserve au visage de Napoléon son type particulier.
Les lèvres sont écartées et découvrent trois dents du haut, très blanches.
Les mains, qu'il avait si belles de son vivant, sont dans un état de parfaite conservation.
La peau garde cette couleur particulière qui est propre seulement à la vie.
Les ongles sont longs et d'une extrême blancheur.


Rémy Guillard
Procès-verbal dressé par le chirurgien-major, à bord de la Belle-Poule.

J'ai découvert le corps de Napoléon que j'ai reconnu aussitôt tant le corps était bien conservé, tant la tête avait la vérité dans son expression.
Quelque chose de blanc qui semblait s'être détaché de la garniture couvrait, comme une gaze légère, tout ce que renfermait le cercueil; le crâne et le front qui adhéraient fortement au satin en étaient surtout enduits, on en voyait peu sur le bas de la figure, sur les mains, sur les orteils.
Les membres supérieurs étaient allongés, l'avant-bras et la main gauche appuyant sur la cuisse correspondante, les membres inférieurs légèrement fléchis; la tête un peu élevée, reposant sur un coussin, le crâne volumineux, le front haut et large se présentaient couverts de téguments jaunâtres, durs et très adhérents; tel paraissait aussi le contour des orbites dont le bord supérieur était garni de sourcils. Sous les paupières se dessinaient les globes oculaires, qui avaient perdu peu de chose de leur volume et de leurs formes; ces paupières, complètement fermées, adhéraient aux parties sous-jacentes et se présentaient dures sous la pression des doigts, quelques cils se voyaient encore à leur bord libre; les os du nez et les téguments qui les couvrent étaient bien conservés, le lobes et les ailes seuls avaient souffert.
Les joues étaient bouffies; les téguments de cette partie de la face se faisaient remarquer par leur toucher doux, souple et de couleur blanche; ceux du menton étaient légèrement bleuâtres; cette teinte-là s'empruntait à la barbe qui semblait avoir poussé après la mort; quant au menton lui-même, il n'offrait point d'altération et conservait encore ce type propre à la figure de Napoléon; les lèvres amincies étaient écartées, trois dents incisives, extrêmement blanches, se voyaient sous la lèvre supérieure qui était un peu relevée à gauche.
Les mains ne laissaient rien à désirer; nulle part la plus légère altération. Si les articulations avaient perdu leurs mouvements, la peau semblait avoir conservé cette couleur primitive qui n'appartient qu'à la vie. Les doigts portaient des ongles longs, adhérents et très blancs. Les jambes étaient renfermées dans des bottes, mais, par suite de la rupture des fils, les quatre derniers orteils dépassaient de chaque côté. La peau de ces orteils était d'un blanc mat et garnie d'ongles.
La région antérieure du thorax était fortement déprimée dans la partie moyenne; les parois du ventre dures affaissées.
Les membres paraissaient avoir conservé leurs formes sous les vêtements qui les couvraient; j'ai pressé le bras gauche, il était dur et avait diminué de volume.


Emmanuel Pons de Las Cases
Extrait du journal, écrit à bord de la Belle Poule

La main droite était serrée contre le corps et tout à fait cachée, la gauche parassait entièrement. Elle n'était pas en blanc mat comme les pieds, elle n'avait pas perdu la forme jolie qu'elle avait pendant la vie. Le docteur la toucha: elle était souple et céda sous son doigt.
Le visage avait conservé toute sa régularité; le front paraissait large et élevé. Les sourcils n'étaient pas entièrement tombés. Les paupières étaient fermées; une partie des cils y tenait encore.


Félix Coquereau

Tout le corps paraissait couvert comme d'une mousse légère : on eut dit que nous l'apercevions à travers un nuage diaphane, c'était bien sa tête; un oreiller l'exhaussait un peu, son front large, les yeux dont les orbites se dessinaient sous les paupières, garnies encore de quelques cils; ses joues étaient bouffies, son nez seul avait souffert uniquement dans la partie inférieure. Sa bouche entrouverte laissait apercevoir trois dents d'une grande blancheur; sur son menton se distinguait parfaitement l'empreinte de la barbe; ses deux mains surtout paraissaient appartenir à quelqu'un de respirant encore, tant elles étaient vives de ton et de coloris; l'une d'elle, la main gauche, était un peu plus élevée que la droite, le grand Maréchal, au moment où le cercueil se fermait l'avait baisée et n'avait pu la replacer dans sa position première. Ses ongles avaient poussé après la mort, ils étaient longs et blancs;
Comme un homme mort de la veille tel nous trouvâmes le corps de l'Empereur. Pendant vingt années qu'avait donc fait la mort... Pendant vingt années la mort avait respecté sa dépouille.

Nos regards interrogeaient tour à tour les nobles témoins de sa mort, et leurs yeux noyés de larmes nous disaient assez qu'ils avaient retrouvé leur maître. Nous imposâmes silence à nos émotions pour voir et bien voir.


Noverraz
Extraits publiés dans la Semaine Littéraire en 1903.

Le corps de l'Empereur avait très peu souffert. La figure et les mains étaient très fermes.


Alexander

Les traits avaient souffert mais étaient immédiatement reconnaissables, et les divers articles déposés dans le cercueil sont apparus aux mêmes endroits où ils avaient été déposés au moment de l’inhumation. Les mains étaient dans un état de conservation remarquable.
Le corps a été exposé à l’air pendant deux minutes tout au plus, à peine suffisantes pour permettre au docteur de prendre des mesures afin d’empêcher une décomposition supplémentaire selon ses instructions.


Janisch,
d'après ce que Seale, son beau-père, lui avait raconté.

Un tissu satiné qui couvrait le corps apparut ; le docteur de la Belle Poule le souleva doucement et ainsi découvrit le corps de l’Empereur. Il était en excellente condition et semblait avoir été presque miraculeusement préservé ; il y avait un aspect de moisissure sur tout le corps et l’habillement ; mais ses traits, presque inaltérés, furent immédiatement reconnus par ses anciens compagnons et partisans. Les mains, que le docteur Guillard avait touchées (et il fut la seule personne à avoir touché son corps), étaient parfaites et fermes « comme celles d’une momie » a-t’il dit, et l’apparence de tout le corps était celle de quelqu’un qu’on venait d’enterrer. Les yeux s’étaient affaissés et l’arête du nez un peu enfoncée, mais la partie inférieure du visage, remarquable par sa grande largeur et son ampleur, était parfaite. En fait, M. Marchand fit la remarque que le corps était à présent plus ressemblant à ce que l’Empereur avait été, de son vivant, que du temps de son enterrement.




Que faut-il en déduire?




Après 19 ans, le corps de Napoléon est bien conservé, ce qui permet à tous les témoins de le reconnaître avec certitude.

Ce qui revient (en 1840): (extraits de phrases)

- une mousse blanche (Gourgaud);
- une gaze légère (Guillard);
- un nuage diaphane (Coquereau);
- un aspect de moisissure sur tout le corps et l’habillement (Janisch)

Ce qui diffère (en 1840): (extraits de phrases)

- les chairs de la tête étaient momifiées. (Gourgaud);
- Les joues sont rondes, douces et souples. (Rohan-Chabot);
- ces paupières se présentaient dures sous la pression des doigts - les téguments de cette partie de la face étaient d'un toucher doux, souple et de couleur blanche - le bras gauche était dur. (Guillard);
- La main gauche était souple et céda sous son doigt. (Las Cases);
- La figure et les mains étaient très fermes. (Noverraz);
- Les mains étaient parfaites et fermes « comme celles d’une momie » (Janisch)

Ce que j'en pense:

Les témoins sont surpris de découvrir un corps en si bon état de conservation. Napoléon leur apparaît 19 ans plus jeune qu'eux, non à l'état de squelette, mais comme un cadavre qu'on vient d'inhumer, ou, certains diront même, comme un homme endormi.
Je suis comme eux, je suis surprise en lisant leurs récits.
Que s'est-il passé? Que s'est-il produit? Y a-t-il eu momification naturelle? Saponification?
Les témoins ont-ils enjolivé ce qu'ils ont vu, en raison de leurs émotions? Du moment solennel? De l'impression de le voir dans un autre plan, à travers un brouillard surnaturel?

Est-ce cette impression de vie qui fait dire à Las Cases que la peau de la main était souple, alors que Guillard qui l'a touché parle d'un bras dur?
Y a-t-il eu ce même genre d'extrapolation pour le reste de la description?

On lit quand même:
- La région antérieure du thorax était fortement déprimée dans la partie moyenne; les parois du ventre dures affaissées. (Guillard)
- Le corps a été exposé à l’air pendant deux minutes tout au plus, à peine suffisantes pour permettre au docteur de prendre des mesures afin d’empêcher une décomposition supplémentaire selon ses instructions. (Alexander)


Mon opinion:

Pourquoi le corps qui commençait sérieusement à se décomposer en 1821 apparaît-il si bien conservé en 1840?
Il n'existe aucune raison démontrée mais comme le surnaturel n'est pas intervenu, je pense que les explications ci-dessous doivent approcher de la vérité.


Tentatives d'explications:


L'avis du médecin Guillard



"Tels sont les seuls, détails que m'ait permis d'enregistrer; sur les restes mortels de l'Empereur Napoléon, un examen qui n'a duré que deux minutes. Ils sont incomplets, sans doute, mais ils suffisent pour constater un état de conservation plus parfait que je n'étais fondé à l'attendre d'après les circonstances connues de l'autopsie et de l'inhumation. Ce n'est point ici le lieu d'examiner les causes nombreuses qui ont pu arrêter à ce point la décomposition des tissus; mais nul doute que l'extrême solidité de la maçonnerie du tombeau et les soins apportés à la confection et à la soudure des cercueils métalliques n'aient contribué puissamment à produire ce résultat......."



La créosote en 1821?



- Lorsqu'on brûle du bois « vert », cela contribue à la formation de créosote, une substance extraite des goudrons de bois et ayant été utilisée en pharmacie pour ses vertus antiseptiques. Son odeur a une parenté avec celle de la suie de cheminée et se rencontre fréquemment dans les vins de Pinot noir sud-africains. Questions? Brûlait-on du bois humide ou vert à Longwood? Sans doute assez souvent... avec les pluies incessantes par période. La créosote était-elle déjà connue dans ces contrées du Pacifique sud?

- Les vapeurs de créosote, substance très inflammable qui s'accumule sur les parois de la cheminée (et se trouve dans certains vins), causent les symptômes suivants:

* Vomissements, diarrhée, perte d'appétit, difficulté à avaler.
* Laryngite, bronchite.
* Maux de tête, vertiges, perte des capacités intellectuelles.
* Atteintes de la peau: irritations, dermatites.
* Atteintes des yeux: conjonctivite, kératite.
* Atteintes rénale et hépatique.

Plusieurs de ces symptômes, qu'on retrouve aussi dans d'autres problèmes médicaux toutefois, sont éprouvés par Napoléon depuis 1816. La créosote en fut-elle la cause originelle (lors des observations d'O'Meara), avant que sa maladie de l'estomac en rajoute aussi?

- Selon une revue médicale, la créosote a été découverte en 1832 par un chimiste, Karl von Reichenbach (1788-1869). En manipulant de l'acide pyroligneux et du goudron de bois, le savant tchèque remarqua que la peau de ses doigts se desséchait et que son épiderme s'enlevait par lambeaux. À la substance nouvelle qu'il venait de découvrir et capable d'exercer sur la chair une action anti-putride et momifiante, il donna le nom de créosote ou créasote, C24H16O4, qui signifie en grec "conserver la chair"... Conservation de la chair? Morceau d'épiderme qui se détache? Ca rappelle quelque chose en 1840. Problème: la créosote était-elle utilisée sciemment sur Napoléon en 1821, donc avant 1832, date présumée indiquée de sa découverte? Cette revue médicale se trompe t'elle donc sur la découverte de cette substance en 1832? Il semble que oui.

- On trouve aussi de la créosote dans la formule de l'Eau Odontalgique du Docteur... O'Meara. Un brevet d'invention lui fut accordé le 16 septembre 1836, ainsi qu'une addition, le 31 juillet 1837. Cette "Eau du Docteur O'Meara" figure dans "L'officine, Répertoire général de Pharmacie Pratique" de Dorvault. La créosote perdra ensuite peu à peu sa place au profit du phénate de soude ou phénol, une autre substance de conservation des cadavres... Incroyable coïncidence avec O'Meara. Connaissait-il cette substance déjà en 1818?

A t'on utilisé de la créosote à l'inhumation de Napoléon en 1821 pour "conserver" le corps? Voici le témoignage de Noverraz qui n'était pas un pharmacologue ni un médecin. Il écrit la chose suivante:

Le docteur Antommarchi aurait voulu embaumer le corps, mais on lui répondit que les produits utiles ne se trouvaient pas sur l'île et qu'il aurait fallu les réclamer et attendre l'arrivée d'un navire, alors le docteur demanda de la créosote et il aspergea longuement le corps et le capitonnage de satin blanc du premier cercueil.

Notons qu'en 1840, la créosote était déjà connue car le docteur Guillard l'utilisa aussi. Dixit le témoignage de Las Cases Fils:

Le docteur Guillard déclarait à M. de Chabot, que, vu l'étonnante conservation du corps, son opinion était qu'il fallait tout refermer immédiatement, ce qui fut autorisé. Le docteur, après l'avoir légèrement enduit de créosote, replaça le morceau de sole ouaté dans la même position où il avait été trouvé, et le cercueil fut clos. Il était une heure.

Notes.

Le terme "créosote" fut bien inventé en 1832 et donc cela exclut qu'un texte de 1821 puisse l'utiliser. Ceci prouve que le journal de Noverraz a été soit retouché après 1840 ou alors est apocryphe. Il faudrait pouvoir voir ce manuscrit de Noverraz et vérifier son authenticité et ses retouches post-1840 éventuelles.

Toutefois, même si le terme créosote n'a existé que depuis 1832, les propriétés de certaines substances étaient connues depuis un certain temps. Par exemple, l'eau de Binelli fut composée à Turin en 1797 par ce docteur et "jouissait d'une grande vogue au commencement de ce siècle somme eau hémostatique". Selon le Dictionnaire Encyclopédique des Sciences Médicales de 1879 (disponible sur Gallica), cette substance était sans doute à base de créosote (sans le savoir, bien entendu). Les produits hémostatiques étaient connus des anatomistes pour leur permettre de conserver des pièces anatomiques. En plus, de Turin à Florence, et de Mascagni à Antommarchi, il n'y a qu'un pas... Pour donner une idée, le même dictionnaire indique (à la définition de "créosote") que, avec une solution de 1000 grammes d'eau et de 10 gouttes de créosote (version concentrée), "un cadavre ou une partie quelconque de cadavre se conserve longtemps avec toutes les propriétés physiques". Ici, on est donc proche des techniques de l'embaumement…

Notons au passage que la créosote était inconnue dans le charbon de bois ou le charbon (elle ne fut identifiée comme telle qu'en 1832) mais elle était néanmoins présente dans de mauvaises situations de combustion. Napoléon, à Ste Hélène, se plaignait souvent des mauvaises odeurs de la combustion du charbon et lui préférait le bois, mais celui ci était de plus en plus rare, donc forcément de plus en plus « vert » (on se servait où on pouvait) ou malpropre à la bonne combustion. C'est donc logique alors, dans une certaine mesure, que Napoléon ait souvent éprouvé des nausées, des douleurs de type hépatite (la créosote agit aussi comme le tanin de vin, à fortes doses), etc. symptômes bien décrits par ailleurs. Voire, elle est carrément cancérigène. Avec les feux de cheminée que l'Empereur demandait sans cesse, et avec du bois qui fumait mal (comme le disait des témoins, de mémoire) et une surdose de chaleur et d'humidité, cette créosote ne devait pas bien agir sur l'organisme de Napoléon. Fut-elle une des causes de ses tourments de santé ? Peut être…

En mai 1821, Antommarchi avait voulu embaumer le corps de Napoléon. Cette opération ne lui fut pas possible. Mauvaise foi anglaise sans doute car il ne faut pas grand-chose pour le faire… Néanmoins, et à la barbe des Anglais, il a peut être utilisé des produits qu'il connaissait et dont il disposait de par ses sciences anatomiques (il était arrivé à Longwood avec des produits d'Europe et demandait souvent tel ou tel produit ou médicament aux médecins anglais depuis son arrivée de 1819). Donc, s'il avait voulu exécuter son désir de conserver au maximum Napoléon, peut être y a t'il réussi avec des moyens du bord et sans embaumement? Comment ? Pour embaumer, il faut grosso modo se débarrasser de tous les liquides du corps, ensuite dessécher le corps. Et, pour retarder la putréfaction au mieux, il faut utiliser des produits antiseptiques sur le corps. Bref, Antommarchi, avec les moyens du bord, peut-il y arriver ? Tout d’abord, à minuit, on lave le corps avec de l’eau aromatique (Marchand pense que c’est de l’eau de Cologne, mais Antommarchi aurait-il ajouté quelque substance antiseptique ?). Enfin 20 heures après le décès, le docteur va peut être se faire aider par… l’autopsie. En effet, lors de l’autopsie, il ouvre tous les viscères qui sont censés recueillir des fluides et les en vide ; ses actions ont aussi pour effet de vider le corps de l’Empereur de son sang comme les témoins pourront le constater (et recueillir des morceaux de drap imbibés de ce sang). A la fin de l’autopsie, et avant de recoudre, il lave l’intérieur du corps… Pourquoi l’intérieur si ce n’est pour conserver les viscères un à un ? Marchand le précise encore une fois : « L’intérieur du corps fut essuyé [donc asséché] et lavé avec une liqueur aromatisée »… Liqueur veut dire un produit un peu plus visqueux qu’une simple eau de cologne. Quel était ce produit ? A mon avis, c’était une préparation d’Antommarchi, peut être de cette eau de Binelli que les anatomistes italiens de cette époque connaissaient bien et qui contient sans doute, sans qu’ils le sachent, de la créosote. Ensuite, Antommarchi lave l’extérieur du corps (sans doute avec la même matière aromatisée) avant que les serviteurs ne l’habillent. Ensuite, on retarde la mise en bière sous prétexte d’attendre pour le plâtre en vue de faire un moule… (Cette attente contredit Antommarchi lui-même qui affirmera dans son livre de 1822 que le masque fut fait avant l’autopsie… alors pourquoi attendre selon lui ?). Ce retard est nettement remarqué et agace les Anglais. Mais, ainsi, le corps vidé de ces liquides est laissé encore plusieurs heures dans la température chaude ambiante : le résultat en serait un début de dessiccation, due à la chaleur de l’air. Et, le clou final, on dispose le corps dans une boite de fer-blanc hermétique. Ce dernier procédé est la phase ultime de la méthode d’embaumement comme décrite dans le même dictionnaire cité plus haut. Bien entendu, Antommarchi n’a pas pu vraiment embaumer le corps mais, vu son intention initiale et sa connaissance de la conservation de pièces anatomiques, aurait-il pu faire fi des obstacles anglais pour aider à cette conservation ?

L’hypothèse peut tenir debout il me semble, et ça expliquerait la conservation observée en 1840 compte tenu que les conditions des procédés d’embaumement étaient presque réunies : vidage du corps de ses liquides, dessiccation à l’air chaud pendant des heures, et conservation dans une étuve de fer-blanc hermétique. Antommarchi était mauvais médecin mais était-il bon anatomiste ?

Merci à Albertuk







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