Post-Mortem: L'Empereur quitte Sainte-Hélène.



Le cortège funèbre


15 octobre 1840 – Gourgaud - Le retour des cendres - Arléa 2003 - p.58-60



Enfin, vers quatre heures, le cercueil en chêne ayant été fermé, et son enveloppe, moins le couvercle, placée, on porta le cercueil sous une des chèvres à haubans, et, ensuite, l’ayant enlevé, on plaça la voiture en dessous.

Nous craignions tous que le poids ne fût trop considérable. (…)

Enfin, le cercueil placé sur la voiture, on le couvrit d’un riche manteau violet brodé d’or, avec aigles etc., et les quatre chevaux caparaçonnés en noir étant attelés, le cortège se mit en marche pour la ville.

(…)

Le général Bertrand, à la droite de la tête de l’Empereur, tenant un coin. Moi à gauche, tenant l’autre coin. M. de las Cases, à droite des pieds, tenant un coin, M.Marchand à gauche, tenant l’autre.

Pour éviter les accidents dans les descentes rapides que nous avions à parcourir, on avait placé, en arrière du char funèbre, une cinquantaine d’artilleurs qui, au moyen de deux câbles, faisaient effort pour retenir le char.
Ensuite venaient M. De Chabot, le gouverneur, son état-major, Arthur (Bertrand), les officiers Guillet, Doret, Charner, les quatre serviteurs Archambault, Noverraz, Saint-Denis, Pierron. En avant du char, marchait l’abbé, précédé de ses deux enfants de chœur, l’un portant une croix, l’autre un bénitier.

La marche était ouverte par un détachement du 91e régiment d’infanterie, précédé d’une musique simple mais très lugubre.

On arriva à la ville vers quatre heures et demie. La milice de la ville bordait la haie, et le canon du fort High Knoll tirait de minute en minute.

On traversa la ville très lentement, on peut dire majestueusement. Tous les habitants saluaient et portaient sur leur physionomie l’expression de vives et touchantes émotions que leur inspirait la vue de ce cercueil renfermant le corps de ce héros, que plusieurs d’entre nous avaient connu pendant plus de vingt ans !

Les postes anglais devant le palais du gouverneur et à la porte présentaient les armes, face en arrière, ainsi que les factionnaires. Les soldats anglais, tant de la ligne que de la milice, qui faisaient la haie, avaient les mains appuyées sur la crosse de leurs fusils dont le canon s’appuyait sur le sol, les officiers tenaient leur épée, la pointe en bas à deux mains sur la poitrine. Soldats et officiers, tous avaient l’apparence d’une grande affliction.




Relève des Cendres
© Collection privée La Bricole





Sur la Belle-Poule


15 octobre 1840 – Gourgaud - Le retour des cendres - Arléa 2003 - p.60



Après avoir donné à terre les ordres pour enlever le cercueil de dessus le char au moyen de la grue qui existe sur ce point, il (le prince) nous appela pour nous embarquer dans la grande chaloupe. (…)

On descendit rapidement le cercueil sur la chaloupe, et nous reprîmes nos places aux quatre coins du drap mortuaire.
Le prince avait fait hisser un immense pavillon impérial en soie, avec voile de crêpe ; les officiers des trois bâtiments de guerre et les quatre serviteurs s’embarquèrent dans six canots, les deux premiers à la corvette, les deux suivants à la frégate, les deux derniers au brick l’Oreste.

On se mit en route vers la frégate. En ce moment, les trois bâtiments firent trois salves de toute leur artillerie, et tous les matelots montèrent sur les vergues.

(…)

La chaloupe aborda l’équipage à tribord, pendant que les six canots abordaient à bâbord. Le cercueil fut hissé par les soins du maître d’équipage, M. Blanc. Il était six heures et demie. On le conduisit devant l’autel qu’avait fait disposer le prince, entre le mât d’artimon et le cabestan, la tête du côté de l’autel, les pieds dans la direction du grand mât.
Nous reprîmes nos places. Le prince se plaça en tête des officiers, à la hauteur du cabestan, et M.l’abbé fit l’absoute.
Cette cérémonie terminée, on plaça des factionnaires autour du cercueil et de l’autel pour toute la nuit, la grande cérémonie religieuse devant avoir lieu le lendemain. Il serait difficile de bien rendre l’effet causé par tout ce que nous venions de voir.

Enfin nous éprouvions tous la plus vive satisfaction de tenir notre Empereur sous le glorieux pavillon tricolore, pour être ramené en France par un fils de roi, et cela, vingt-cinq ans jour pour jour après son arrivée en vue de l’île où l’avaient conduit la perfidie et la déloyauté anglaises.




Le cercueil sur le pont de la Belle-Poule
© Collection privée La Bricole



Dimanche 18 octobre 1840, à 9 heures, l'ancre est levée.
Vers 17h, Sainte-Hélène est perdue de vue.
"Je ne désire pas la revoir" (Gourgaud)





L'arrivée en France



Monument au Val de la Haye.
© Collection privée La Bricole






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