Post-Mortem: le masque mortuaire de Napoléon.


La prise du masque mortuaire de Napoléon est certainement le chapitre le plus mystérieux du post-mortem de l’Empereur. Tous les témoins de cette phase semblent s’être promis de garder le secret concernant cette opération. On pourrait même dire que nous avons à faire à un véritable suspense, dans lequel les personnages embrouillent, à tour de rôle, les faits en créant un scénario tellement inextricable que la vérité ne pourra, semble-t-il, jamais se dévoiler.



Les acteurs.


La scénariste:
Madame Bertrand

Les premiers rôles :
Le docteur Burton
Le docteur Antonmarchi

Les figurants:
Marchand
Le mamelouk Ali
Archambault

L’impromptu:
Le lieutenant Duncan Darrock du 20ème Régiment. Dans la lettre à sa mère il écrit :
« J’entrai quand on prenait le moulage de la tête, mais l’odeur était si horrible que je ne pus rester. Le Docteur Burton le prenait avec le Docteur français. »

Dans les coulisses :
Le comte Bertrand
Le comte de Montholon

Voyons qui est qui dans ce scénario aux contradictions et faux-fuyants multiples.


Madame Bertrand :


C’est elle qui a demandé du plâtre au gouverneur, avant même le décès de l’empereur. N’ayant pu en obtenir. Elle a fait procéder à des essais avec de la poudre produite par le concassage de 150 statuettes. Ce procédé coûteux n’a pas réussi à donner des résultats concluants.
(Docteur François Paoli – Le secret du masque)

Avait-elle déjà programmé un éventuel remodelage du masque, après la mort de l’Empereur, pour en faire un objet de propagande et de culte ?

C’est elle, semble-t-il, qui dérobe ou fait dérober la partie la plus importante du masque, la partie antérieure c'est-à-dire la face.

Les jours qui suivirent l’enterrement de l’Empereur, elle réussit à obtenir du plâtre à dorure, plâtre très fin et raffiné alors qu’on lui avait assuré ne pas en avoir. Serait-ce le début des différentes phases de modifications et rectifications du masque et qui en serait l’auteur ? Dans ce cas-ci aussi il y a une inconnue.


Le Docteur Antonmarchi


Dans ses Mémoires Antonmarchi écrit :

… (Hudson Lowe) « Vous m’avez fait demander du plâtre pour prendre le masque du défunt ; un de mes chirurgiens est fort habile dans ces sortes d’opérations, il vous aidera.»…
Je manquais de plâtre ; madame Bertrand n’avait reçu qu’une espèce de chaux…


Un peu plus loin il écrit :

"J’avais du plâtre, je moulai la figure et procédai à l’autopsie."

L’autopsie eut lieu le 6 mai.
Le plâtre fabriqué avec le gypse trouvé dans un gisement, calciné puis concassé ne fut prêt que dans l’après-midi du 7 mai et qualifié de plâtre grossier.
Antonmarchi laisserait-il sous-entendre qu’il aurait pris, sans Burton, une empreinte de la face de Napoléon et le 7 mai cette fois avec le docteur Burton ?

Une phrase assez ambiguë et insidieuse dans le texte du livre du Dr. François Paoli peut, elle aussi, semer le doute et troubler le jugement, voyez vous-mêmes :

« Il va falloir maintenant raser à nouveau le visage pour essayer d’obtenir un moulage un peu plus fidèle …»

Un peu plus fidèle. Cela pourrait laisser supposer qu’il y en a un autre pas bien réussi.

Le mystère s'épaissit.


Les figurants.


Parmi les figurants, Saint-Denis, alias Ali, et Marchand ont écrit des mémoires ou souvenirs. Tout ce qui touche la toilette, l’autopsie et les préparatifs post-mortem, sont relatés dans les plus petits détails, mais aucun des deux n’est très loquace en ce qui concerne la prise du masque. Le moulage d’un masque mortuaire n’est pas une opération aussi simple que veut nous le faire croire Antonmarchi et certainement Marchand, Ali et Archambault ont aidé ou ont été présents.

Connaissant le désir des Français de vouloir réaliser un moulage du visage de Napoléon, Hudson Lowe propose l’aide d’un médecin anglais connaissant bien cette technique - ce qui fait soupçonner que les Anglais ont toujours eu le plâtre nécessaire, mais l’avaient nié – cependant, Antonmarchi refuse.

On a vu précédemment qu’il dit avoir du plâtre et avoir pris l’empreinte de la figure de Napoléon avant l’autopsie, c'est-à-dire le 6 mai. Burton qui assiste à l’autopsie ne partira qu’après, à la recherche du gypse et, de plus, tard dans l'après-midi.

Le plâtre fabriqué, en toute hâte, ne sera prêt que le 7 mai dans l’après-midi et, ce ne sera qu’à ce moment là, que Burton et Antonmarchi prendront, enfin, l’empreinte du masque, et cela, juste avant la mise en bière de l’Empereur.

Tout semble plus ou moins clair, mais:

Dans les « Souvenirs de Louis Etienne Saint-Denis (Ali)
réédités en 2000 chez Arléa – Diffusion Seuil,
notre mamelouk Ali écrit, d'une façon un peu ambiguë, ceci :

« Je ne sais pas pourquoi Antommarchi n’a pas publié la partie antérieure de la tête ; il en avait cependant tiré le moule. Ce que je sais, c’est que le docteur, après avoir tiré le moule de la face, a détruit celui-ci... pour qu’il ne fût plus possible d’en avoir d’autres épreuves. »

Cette réflexion donnerait à penser que Antonmarchi n’aurait tiré qu’un seul exemplaire de la matrice et ensuite détruit celle-ci. Or à leur arrivée en Angleterre, les douanes retiennent trois caisses lui appartenant. Celui-ci contacte alors, par écrit William Richard Hamilton, Sous-secrétaire d’Etat au Foreign Office, pour qu’il veuille bien intervenir pour que ses caisses lui soient rendues car, le contenu est de la plus haute importance…

« Antonmarchi et Bertrand semblent avoir eu rapidement satisfaction devant les autorités à Bow Street, et purent mettre en lieu sûr leur précieuse relique, comme le prouve cette note jointe à une caisse déposée chez un certain M. "X" (nom laissé en blanc), et signée du Maréchal, à Londres, à la date du 1er septembre….. »

« Cette caisse renferme un plâtre de la tête de l’Empereur Napoléon fait d’après le masque exécuté à Longwood par le Docteur Antonmarchi. Le comte Bertrand l’a déposée chez « X » afin que si l’original venait à se perdre ou à se briser dans le transport de Londres à Rome, on pût retrouver la copie…. »


L’embrouillamini continue de plus belle.



© Diana



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