Napoléon: les grands événements militaires.



La retraite de Russie.



Adolphe Thiers, Histoire du Consulat et de l’Empire – éd 1856 - Livre 45 - volume 14 – p.508



Napoléon incrimine le Maréchal Davout, conduisant l’arrière-garde lors du début de la retraite de Russie:

Vivant au milieu de la garde, qui tenait la tête de l’armée, qui consommait le peu qu’on trouvait encore sur les routes, et laissait du cheval mort pour ceux qui suivaient, il (Napoléon) ne voyait rien de la retraite et n’en voulait rien voir, car il eût été obligé d’assister de trop près aux affreuses conséquences de ses fautes. Il aimait mieux les nier, et, à deux marches de l’arrière-garde, n’apercevant aucun de ses embarras, il persistait à se plaindre d’elle, au lieu d’aller la diriger.

Ce n’étaient pas de grandes conceptions qu’il eût fallu en ce moment, mais le courage de voir de ses propres yeux tout le mal qu’il avait fait, d’être à cheval du matin au soir pour présider au passage des rivières, au rétablissement des ponts, à l’écoulement de la foule désarmée, pour soutenir de son ascendant l’autorité ébranlée des généraux, pour faire entre eux un partage équitable des difficultés, s’en réserver la plus forte part, mourir de fatigue s’il le fallait, car il n’y avait pas une souffrance, pas un mort dont il ne fut l’auteur, sourire aux visages abattus, calmer les visages furieux, s’exposer même aux emportements du désespoir, car il était possible qu’on en rencontrât de terribles ! Loin de là, Napoléon, non par faiblesse, mais pour se soustraire au spectacle accusateur de cette retraite, ne quittait pas la tête de l’armée, et tantôt à cheval, tantôt à pied, plus souvent en voiture, entre Berthier consterné, Murat éteint, passait des heures entières sans proférer une parole, plongé dans un abîme de réflexions désolantes dont il ne sortait que pour se plaindre de ses lieutenants, comme s’il avait pu faire encore illusion à quelqu’un en blâmant d’autres que lui !






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