Les Limbes des braves.

LE PANTHEON

Ah ! Que le petit tambour eut du succès ! - Devant toute l'armée, en plein soleil, pour étoiler son front d'un rayon de gloire, l'illustre général lui donna vite deux baguettes d'honneur, d'or et d'ivoire, et le certificat dans un tableau.

Partout, dans les journaux, dans les écoles, on le cita pour modèle et pour leçon; son nom franchit la mer et les montagnes, presque jumeau avec celui des plus grands, et même, du petit Tambour d'Arcole, on en fit des images et des chansons.

Puis triomphalement, l'ère martiale, au ronflement des canons, se déploya; du Tage ensoleillé aux mers de glace, l'Aigle sur les nations plana éblouissante, et dans les splendeurs impériales, l'étoile du tambour s'évanouit.

Puis il passa de l'eau au Rhône et l'Empire prodigieux s'écroula tout à coup (qui veut tout avaler doit en pâtir); il passa des rois, petits et grands et le tambour nagea, coque de noix, sur l'engloutissement des souverains...

Or, à Paris, un jour qu'il se promenait, couvert de cicatrices, perclus, les cheveux gris, car il était vieux, et que songeur, en lui-même, il repassait son jeune temps, sa gloire et son désarroi : Quatre-vingt-neuf, ce débordement de sève, la République en branle, la mort du Roi...

De notre Mirabeau la voix tonnante, et montant sur Paris les Marseillais et les clameurs de la Révolution, la levée en masse; et les Anglais, les Allemands, les Russes, pêle-mêle, secoués, repoussés tous à la fois.

Lui-même par le bruit, le son en flamme, perçoit le frémissement vaillant de son tambour. Fais entendre ton rugissement et s'abreuver les hommes à ta saveur, fais chanter les âmes dans l'enthousiasme et tressaillir les coeurs dans ton flamboiement !

Il se revoit oubliant la langueur de l'amour pour aimer son pays à corps perdu, menant ses compagnant à la victoire, au comble des honneurs, conduits par lui, Masséna le Niçois taillant l'histoire et Lannes le Gascon devenant duc.

Roi de Suède, là-haut, Jean Bernadotte; roi de Naples, Murat le Cahorsin et Bonaparte empereur de sa botte foulant nations et rois comme raisins; et lui, pauvre tambour, au combat comme après la fête, toujours devant... Ainsi vont les choses !

Et puis l'oubli, la vieillesse amère, l'éternelle abnégation d'où naît le dégoût, et la gamelle enfin, comme les moines, avec la solitude et le découragement... - Oh ! cria-t-il soudain, la gloire ! Folle ivresse et vain décor !

"Qu'il valait mieux, disait-il, laisser la guerre et sur les bords de la Durance, à Cadenet, aller tranquillement bêcher la terre et me procurer femme et enfants, comme tant d'autres font là-bas, où était le nid, la paix de Dieu, quand j'étais jouvenceau !"

Là, une larme mouilla la joue du vieux conscrit. Pourtant, chemin faisant dans les longues rues à parois hautes et dans le va-et-vient bruyant de Paris, il était arrivé lentement, l'âme malade, au pied du Panthéon éblouissant.

Par là-haut dans les airs, dans le fronton géant alors tout neuf, ressortaient des statues symétriques, et sur la frise, des lettres d'or portaient : "Aux grands hommes, la patrie reconnaissante !". Ce que c'est que le sort !

"- Tambour, hausse la tête ! lui cria un passant. - Celui qui est là-haut, l'as-tu vu ?" Vers le temple qui se dressait magnifique, le vieillard leva son front ébloui... A ce moment, le soleil joyeux secouait sa chevelure d'or sur tout Paris ravi...

Alors le vieux soldat vit avec sa coupole s'élever dans le ciel le Panthéon, et avec son tambour en bandoulière, il se reconnut, lui, l'enfant d'Arcole, là-haut, tout à côté du grand Napoléon.

Ivre de sa folie première, en se voyant si haut, en plein relief, sur les nues, dans la gloire, l'azur et le soleil, il sentit en son coeur un doux gonflement et raide, il tomba mort sur le carreau.

24 juin 1868.

Mistral, "Les Iles d'or", 1889.

Merci à Joker.





EN 1840, LORS DU RETOUR DES CENDRES:


Lannes, Bessières, Poniatowski étaient morts au combat;

Berthier, Brune, Murat, Ney, Mortier avaient été exécutés ou assassinés;

Augereau, Davout, Gouvion-Saint-Cyr, Jourdan, Kellernann, Lefebvre, Masséna, Pérignon, Sérurier, Suchet, Macdonald étaient morts dans leur lit;

Bemadotte était sur le trône de Suède;

Marmont était en exil.

L'aventure du Retour des Cendres de Georges Poisson - BN - Tallandier, 2004 - extrait du chapitre XV.







‘’J'emploie mieux mon temps à aimer qu'à haïr’’
Voilà ce que je retiens de Guillaume Anne-Marie Brune, assassiné le 2 août 1815.

A Brune, VIVAT, VIVAT, SEMPER VIVAT


7 décembre 1815

Triste jour...

"Droit au Coeur, c'est là que l'on tue les Braves."

à Michel Ney, un Brave, un Homme, un Frère.


Eric.


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