Napoléon et sa famille: Joséphine.

Joséphine



Marie Josèphe Rose Tascher de La Pagerie est née le 23 juin 1763 aux Trois-Îlets en Martinique et est décédée le 29 mai 1814 au château de Malmaison à Rueil-Malmaison.
Elle fut
- la première épouse de l’empereur Napoléon Ier de 1796 à 1809
- impératrice des Français de 1804 à 1809
- reine d'Italie de 1805 à 1809.

C'est Napoléon qui l'a appelée Joséphine. Pour l'appeler comme aucun autre homme ne l'avait fait avant lui.



Portraits de Joséphine.


Mémoires intimes de Napoléon 1er par Constant - Mercure de France, 1967 - p.317


L’impératrice Joséphine était d’une taille moyenne, modelée avec une rare perfection : elle avait dans les mouvements une souplesse, une légèreté, qui donnaient à sa démarche quelque chose d’aérien, sans exclure néanmoins la majesté d’une souveraine. Sa physionomie expressive suivait toutes les impressions de son âme, sans jamais perdre de la douceur charmante qui en faisait le fond. Dans le plaisir comme dans la douleur, elle était belle à regarder ; on souriait malgré soi en la voyant sourire… Si elle était triste, on l’était aussi. Jamais femme ne justifia mieux qu’elle cette expression, que les yeux sont le miroir de l’âme. Les siens, d’un bleu foncé, étaient presque toujours à demi fermés par ses longues paupières, légèrement arquées, et bordées des plus beaux cils du monde; et quand elle regardait ainsi, on se sentait entraîné vers elle par une puissance irrésistible. Il eût été difficile à l’impératrice de donner de la sévérité à ce séduisant regard ; mais elle pouvait, et savait au besoin, le rendre imposant. Ses cheveux étaient fort beaux, longs et soyeux ; leur teint châtain clair se mariait admirablement à celui de sa peau, éblouissante de finesse et de fraîcheur Au commencement de sa suprême puissance, l’impératrice aimait encore à se coiffer le matin avec un madras rouge, qui lui donnait l’air de créole le plus piquant à voir.

Mais ce qui, plus que tout le reste, contribuait au charme dont l’impératrice était entourée, c’était le son ravissant de sa voix. Que de fois il est arrivé à moi, comme à bien d’autres, de nous arrêter tout d’un coup en entendant cette voix, uniquement pour jouir du plaisir de l’entendre ! On ne pouvait peut-être pas dire que l’impératrice était une belle femme, mais sa figure, toute pleine de sentiment et de bonté mais la grâce angélique répandue sur toute sa personne en faisaient la femme la plus attrayante.


Et en note, 573. Laure Junot disait :


« Si elle avait eu des dents, je ne dis pas jolies ou laides mais seulement des dents, elle aurait certainement effacé à la cour consulaire bien des femmes qui ne la valaient pas. »




Nodie (cliquez pour voir en grand)



Le couple Beauharnais.



Le couple Beauharnais fut loin d'être toujours idyllique, comme le démontrent ces deux documents:

Lettre d'Alexandre de Beauharnais à Joséphine, après la naissance d'Hortense. Datée du 12 juillet 1783.

"Si je vous avais écrit dans le premier moment de ma rage, ma plume aurait brûlé le papier et vous auriez cru, en entendant toutes mes invectives, que c'était un moment d'humeur et de jalousie que j'avais pris pour vous écrire; mais il y a trois semaines et plus que je sais, au moins en partie, ce que je vais vous apprendre. Malgré donc le désespoir de mon âme, malgré la fureur qui me suffoque, je saurai me contenir; je saurai vous dire froidement que vous êtes à mes yeux la plus vile des créatures, que mon séjour dans ce pays-ci m'a appris l'abominable conduite que vous y avez tenue, que je sais dans les plus grands détails votre intrigue avec M. de B...., officier du régiment de la Martinique, ensuite celle avec M. d' H...., embarqué à bord du "César", que je n'ignore ni les moyens que vous avez pris pour vous satisfaire, ni les gens que vous avez employés pour vous en procurer la facilité, que Brigitte n'a eu sa liberté que pour l'engager au silence; que Louis, qui est mort depuis, était aussi dans la confidence; je sais enfin le contenu de vos lettres et je vous apporterai avec moi un des présents que vous avez faits.
Il n'est donc plus temps de feindre, et puisque je n'ignore aucun détail, il ne vous reste plus qu'un parti à prendre, c'est celui de la bonne foi. Quant au repentir, je ne vous en demande pas, vous en êtes incapable ; un être qui a pu, lors des préparatifs de son départ, recevoir son amant dans ses bras alors qu'elle sait être destinée à un autre, n'a point d'âme; elle est au-dessous de tous les coquins de la terre.
Ayant pu avoir la hardiesse de compter sur le sommeil de sa mère et de sa grand-mère, il n'est pas étonnant que vous ayez su tromper aussi votre père à Saint-Domingue. Je leur rends justice à tous et ne vois que vous seule de coupable. Vous seule avez pu abuser une famille entière et porter l'opprobe et l'ignominie dans une famille étrangère dont vous étiez indigne.
Après tant de forfaits et d'atrocités, que penser des nuages et des contestations survenus dans notre ménage? Que penser de ce dernier enfant survenu huit mois et quelques jours de mon retour d'Italie? Je suis forcé de le prendre; mais j'en jure par le ciel qui m'éclaire, il est d'un autre. C'est un sang étranger qui coule dans ses veines! Il ignorera toujours ma honte, et j'en fais encore le serment, il ne s'apercevra jamais ni dans les soins de son éducation, ni dans ceux de son établissement, qu'il doit le jour à l'adultère; mais vous sentez bien combien je dois éviter un pareil malheur dans l'avenir.
Prenez donc vos arrangements; jamais, jamais je ne me mettrai dans le cas d'être encore abusé, et comme vous seriez femme à en imposer au public si nous habitions sous le même toit, ayez la bonté de vous mettre au couvent sitôt ma lettre reçue. C'est mon dernier mot, et rien dans la nature entière n'est capable de me faire revenir; j'irai vous y voir dès mon arrivée à Paris, une fois seulement; je veux avoir une conversation avec vous et vous remettre quelque chose. Mais, je vous le répète, point de larmes, point de protestations; Je suis déjà armé contre tous vos efforts, et mes soins seront tous employés à m'armer davantage contre de vils serments aussi faux et aussi méprisables que faux.
Malgré toutes les invectives que votre fureur va répandre sur mon compte, vous me connaissez, Madame, vous savez que je suis bon, sensible, et je sais que, dans l'intérieur de votre coeur, vous me rendrez justice. Vous persisterez à nier, parce que dès votre plus bas âge vous vous êtes fait de la fausseté une habitude; mais vous n'en serez pas moins intérieurement convaincue que vous n'avez que ce que vous méritez. Vous ignorez probablement les moyens que j'ai pris pour dévoiler tant d'horreurs, et je ne les dirai qu'à mon père et à votre tante. Il vous suffira de sentir que les hommes sont bien indiscrets et, à plus forte raison quand ils ont sujet de se plaindre; d'ailleurs vous avez écrit, d'ailleurs vous avez sacrifié les lettres de M. de Be.... à celui qui lui a succédé; ensuite vous avez employé des gens de couleur, qu'à prix d'argent on rend indiscrets. Regardez donc la honte dont vous et moi ainsi que vos enfants allons être couverts comme un châtiment du ciel que vous avez mérité et qui me doit obtenir votre pitié et celle de toutes les âmes honnêtes.
Adieu, Madame, je vous écrirai par duplicata, et l'une et l'autre seront les dernières lettres que vous recevrez de votre désespéré et infortuné mari.
P.S.- Je pars aujourd'hui pour Saint-Domingue, et je compte être à Paris en septembre ou en octobre, si ma santé ne succombe pas à la fatigue d'un voyage jointe à un état si affreux. Je pense qu'après cette lettre je ne vous trouverai pas chez moi, et je dois vous prévenir que vous me trouveriez un tyran si vous ne suiviez pas ponctuellement ce que je vous ai dit."

Il s'en suivit ceci...

Plainte de la vicomtesse de Beauharnais contre son mari. Datée du 8 décembre 1783.

"L'an mil sept cent quatre-vingt trois, le lundi huit décembre, sur les onze heures du matin, nous, Louis Joron, Conseiller du Roi, Commissaire au Châtelet de Paris, ayant été requis, nous nous sommes transporté rue de Grenelle à l'abbaye de Pantémon, ayant été introduit en un parloir, numéroté 3 ayant vue sur la cour, et, où étant, est comparue par-devant nous dame Marie-Rose Tascher de la Pagerie, âgée de vingt ans, créole de la Martinique, épouse de M. Alexandre-François-Marie, vicomte de Beauharnais, capitaine à la suite au régiment de Sarre-Infanterie; demeurant depuis dix à onze jours dans le dit couvent de Pantémon, et auparavant demeurant rue Neuve-Saint-Charles, faubourg Saint-Honoré, en l'hôtel du vicomte de Beauharnais.
Laquelle nous a porté plainte contre le sieur Beauharnais son mari et nous a dit qu'elle a été amenée en France par M. de la Pagerie son père, pour épouser le dit sieur vicomte de Beauharnais, que, le 12 octobre 1779 ils débarquèrent au port de Brest où Mme de Renaudin sa tante, et le dit sieur vicomte de Beauharnais allèrent les rechercher. Les empressements du dit sieur vicomte de Beauharnais annoncèrent sa satisfaction. Le mariage a été célébré le 13 décembre de la même année 1779; les époux ont toujours vécu chez M. le marquis de Beauharnais, père du vicomte, et la jeune femme n'a jamais quitté son beau-père ni sa tante aux soins desquels son mari l'avait confiée.
Cette union qui aurait du réussir n'a cependant pas été sans nuages. La grande dissipation du mari et son éloignement pour sa maison furent pour cette épouse infortunée des sujets de se plaindre à lui-même de son indifférence qu'elle ne méritait point. La dite dame de Beauharnais déclare qu'il a été plus fort qu'elle de ne pas lui en témoigner sa sensibilité. Malheureusement le coeur de son mari était fermé aux impressions qu'elle s'était flattée de lui faire en lui marquant ses craintes.
La naissance d'un fils qu'elle lui donna le 3 septembre 1781 semblait avoir resserré leurs liens. Le vicomte tint à la plaignante compagnie fidèle, jusqu'au rétablissement de ses couches, époque où le goût de sa liberté et d'une volonté absolue le décidèrent à voyager; il partit pour l'Italie le 1er novembre suivant. De retour de ce voyage le 20 juillet 1782, il reçut de la comparante les plus grands témoignages de joie et il parut enchanté de se retrouver avec elle.
Ce bonheur dura peu. Le 10 septembre de la même année, elle eut le chagrin de le voir partir pour un voyage d'outre-mer qu'il avait sollicité avec beaucoup de vivacité. A son départ, M. le vicomte de Beauharnais se flattait de l'espoir de laisser son épouse enceinte. Ayant été obligé par les circonstances de séjourner à Brest, il se félicite d'en apprendre la certitude. En effet, la comparante est accouchée d'une fille, le 10 avril dernier. Jusque là, toutes les lettres que M. le vicomte de Beauharnais lui avait adressées ne respiraient que des sentiments tendres et affectueux. Hélas! pouvait-elle s'attendre que la nouvelle de ses couches servirait de prétexte à son mari pour l'accabler d'injustes reproches par deux lettres, l'une datée du 12 juillet seulement et l'autre datée de Châtellerault le 20 octobre seulement (elle sont toutes deux de 1783). La dite dame vicomtesse de Beauharnais nous a présenté ces deux lettres, lesquelles sont, à la réquisition de la dame vicomtesse de Beauharnais, demeurées cy annexées après avoir été par elle certifiées valables et d'elle signées et paraphées, et de nous commissaire sus-dit.
Lesquelles lettres contenant des imputations les plus atroces où, non content d'accuser la comparante d'adultère, M. le vicomte de Beauharnais la traite encore d'infâme et ajoute qu'il la méprise trop pour vivre désormais avec elle; en conséquence, il lui ordonne de se renfermer dans un couvent et, au cas qu'elle refuse d'exécuter cet ordre, il la menace d'être un tyran.
Observe la comparante que, si ces horreurs n'étaient que l'effet d'un premier mouvement de jalousie, la jeunesse de son mari porterait peut-être à les excuser; mais elles sont tellement réfléchies et imaginées à dessein de secouer un joug qui lui pèse, que, sans vouloir, sur l'innocence de sa femme, s'en rapporter ni à M. le marquis de Beauharnais son père, ni à aucune des personnes respectables qui ont toujours été témoins de son honnêteté, il persiste dans sa résolution de ne plus habiter avec elle, et pour montrer même qu'il la fuit, au lieu de descendre dans l'hôtel dont il est le principal locataire, rue Neuve-Saint-Charles, et dans lequel il habite ordinairement ainsi que Monsieur son père et Madame la vicomtesse de Beauharnais son épouse, il a été se loger ailleurs, observant qu'il est arrivé à Paris le 26 octobre dernier et que jusqu'à ce jour il n'a point encore repris son logement dans l'hôtel.
Il n'est pas possible à la comparante de souffrir patiemment tant d'affronts. Ce serait manquer à ce qu'elle se doit, à ce qu'elle doit à ses enfants, et s'exposer au sort le plus affreux.
A quoi désirant obvier, la dite dame vicomtesse de Beauharnais nous a requis de nous transporter dans le dit couvent où nous sommes, à l'effet d'y recevoir la présente plainte des faits ci-dessus et dépendances dont elle nous a requis, acte que nous lui avons octroyé pour lui servir et valoir ce que de raison, se réservant de former incessamment sa demande en séparation de corps contre le dit sieur son mari, et a signé Tascher de la Pagerie.
Signé : JORON."

(Françoise Wagener - L'impératrice Joséphine).

Merci à Marlène.


Le couple se réconcilie - Bernard Chevallier, Douce et incomparable Joséphine - Payot, 1999



Les liens conjugaux se resserrent. Depuis 1791, Alexandre s’est racheté par une attitude irréprochable de sa mauvaise conduite envers sa femme. Les griefs remontent à des faits qui ont près de dix ans ; il n’y a certainement pas prescription dans l’esprit de Joséphine, mais elle lui a rendu son estime en même temps que sa confiance. Leur réconciliation prélude à leur séparation : le 22 juillet, le nom de Beauharnais figure dans la liste des quarante-cinq prisonniers appelés devant le Tribunal révolutionnaire. Alexandre périt victime de l’odieuse « conspiration des Carmes » inventée de toutes pièces par Barère pour réduire la surpopulation carcérale. Les mots touchants par lesquels il termine sa lettre d’adieu à Joséphine, écrite quelques heures avant de monter à l’échafaud, effacent définitivement les outrages d’ hier.

« Adieu mon amie ; console-toi par mes enfants, console-les en les éclairant, et surtout en leur apprenant que c’est à force de vertus et de civisme qu’ils doivent effacer le souvenir de mon supplice, et rappeler mes services et mes titres à la reconnaissance nationale. Adieu, tu sais ceux que j’aime ; sois leur consolateur, et protège par tes soins ma vie dans leur cœur. Adieu, je te presse, ainsi que mes chers enfants, pour la dernière fois de ma vie contre mon sein. »




Joséphine et Bonaparte.




Voici un portrait de Joséphine, telle que Napoléon l'a rencontrée, près de Mme Tallien:


Joséphine était d'une taille moyenne parfaitement proportionnée. Tous ses mouvements avaient une souplesse nonchalante s'accentuant avec naturel en des poses négligées qui donnaient à toute sa personne une sorte d'exotique langueur. Son teint mat, où transparaissait l'éclat des minces feuilles d'ivoire, prenait une douce animation sous les reflets veloutés de grands yeux bleu foncé, aux longs cils légèrement relevés. Les cheveux, d'un châtain douteux, d'une sorte de nuance fulgurante, s'échappaient en spirales pressées d'un réseau fermé par une plaque d'or, et leurs boucles folles venaient encore ajouter au charme indéfinissable d'une physionomie dont la mobilité était excessive, mais toujours attrayante.
Sa toilette contribuait à compléter l'aspect vaporeux de toute sa personne; sa robe était de mousseline de l'Inde, et son ampleur exagérée traçait autour de son corps des sillons nuageux. Le corsage drapé à gros plis sur la poitrine était arrêté sur les épaules par deux têtes de lion émaillées de noir. Les manches étaient courtes, froncées, sur des bras nus fort beaux, ornés au poignet de deux petites agrafes en or.

Napoléon intime - Arthur Lévy - Ed Nelson - p94



Voir l'acte de mariage


Joséphine et les Bonaparte.


Joséphine et Madame Mère.


Extrait tiré de l'ouvrage de: A. Augustin-Thierry: MADAME MÈRE Éditions Albin Michel, 1939

Le 26 brumaire, dans une lettre à son frère Joseph, Nabulio écrit :

« La famille ne manque de rien…Je lui ai fait passer argent, assignats, chiffons. Elle est abondamment pourvue de tout. »

Trois semaines après vendémiaire, Napoléon a gravi les derniers échelons. Il est général de division, commande en chef l’armée de l’intérieur, tient en mains, à vingt-six ans, la sécurité du pays. Le voici aux grandes charges : il a toujours été, restera toujours l’homme du clan : À lui de le tirer à sa suite et de le nantir. Fesch, les parents Ramolino, les cousins Arrighi obtiennent des emplois ; Joseph devient consul en attendant mieux, Lucien commissaire des guerres, Louis, pourvu d’une lieutenance, son aide de camp.

« Je ne peux faire plus que ce que je fais pour tous. »

Aussi quelle colère, quelle rage et quelle déception, lorsqu’on apprend que cet ingrat, ce perfide, cet homme sans foi s’est marié, sans avertir personne, le 19 ventôse.

Et pour épouser qui ? – une ci-devant vicomtesse, la veuve d’un guillotiné, une aventurière, une créature vénale, prodigue et désordonnée, ancienne maîtresse de Barras, son aînée de quatre ans, mère d’un grand fils et d’une fille, qui traîne avec soi toute une séquelle de gueux.
C’est un vol qu’on leur fait ; on leur vole leur fils et leur frère ; on le vole au clan…Il s’attachera à une famille nouvelle, il prendra des habitudes différentes, il emploiera pour d’autres son crédit, il perdra le sentiment d’exclusivisme corse, il cessera d’appartenir uniquement aux siens d’être leur agent, leur placeur, leur banquier, leur commissionnaire.

Merci à Diana.



Joséphine en Reine d'Italie - La Malmaison. Photographie de Diana.



Cérémonie du divorce, le 15 décembre 1809


Histoire du Consulat et de l'Empire - A.Thiers - volume 11 - P.346- 349


Le 15 au soir toute la famille impériale se réunit dans le cabinet de l'Empereur aux Tuileries. Étaient présents l'impératrice mère, le roi et la reine de Hollande, le roi et la reine de Naples, le roi et la reine de Westphalie, la princesse Borghèse, le prince Eugène, le chancelier Cambacérès et le comte Regnauld De Saint-Jean-d'Angely, ces deux derniers remplissant les fonctions d'officiers de l'état civil pour la famille impériale. Napoléon, debout, tenant par la main Joséphine qui était en pleurs, et ayant lui-même les larmes aux yeux, lut le discours suivant:

"Mon cousin le prince archichancelier, je vous ai expédié une lettre close en date de ce jour, pour vous ordonner de vous rendre dans mon cabinet, afin de vous faire connaître la résolution que moi et l'Impératrice, ma très-chère épouse, nous avons prise. J'ai été bien aise que les rois, reines et princesses, mes frères et sœurs, beaux-frères et belles-sœurs, ma belle-fille et mon beau-fils, devenu mon fils d'adoption, ainsi que ma mère, fussent présents à ce que j'avais à vous faire connaître.
"La politique de ma monarchie, l'intérêt et le besoin de mes peuples, qui ont constamment guidé toutes mes actions, veulent qu'après moi je laisse à des enfants, héritiers de mon amour pour mes peuples, ce trône où la Providence m'a placé. Cependant, depuis plusieurs années, j'ai perdu l'espérance d'avoir des enfants de mon mariage avec ma bien-aimée épouse l'impératrice Joséphine: c'est ce qui me porte à sacrifier les plus douces affections de mon cœur, à n'écouter que le bien de l'État, et à vouloir la dissolution de notre mariage.
"Parvenu à l'âge de quarante ans, je puis concevoir 1'espérance de vivre assez pour élever dans mon esprit et dans ma pensée les enfants qu'il plaira à la Providence de me donner. Dieu sait combien une pareille résolution a coûté à mon cœur; mais il n'est aucun sacrifice qui soit au- dessus de mon courage, lorsqu'il m'est démontré qu'il est utile au bien de la France.
"J'ai le besoin d'ajouter que loin d'avoir jamais eu à me plaindre, je n'ai au contraire qu'à me louer de l'attachement et de la tendresse de ma bien–aimée épouse. Elle a embelli quinze ans de ma vie; le souvenir en restera toujours gravé dans mon cœur. Elle a été couronnée de ma main; je veux qu'elle conserve le rang et le titre d'impératrice, mais surtout qu'elle ne doute jamais de mes sentiments, et qu'elle me tienne toujours pour son meilleur et son plus cher ami.»

Napoléon ayant cessé de parler, Joséphine, tenant un papier dans ses mains, essaya de le lire. Mais les sanglots étouffant sa voix, elle le transmit. à M. Regnaud, qui lut les paroles suivantes:

"Avec la permission de mon auguste et cher époux, je dois déclarer que, ne conservant aucun espoir d'avoir des enfants qui puissent satisfaire les besoins de sa politique et l'intérêt de la France, je me plais à lui donner la plus grande preuve d'attachement et de dévouement qui ait été donnée sur la terre. Je tiens tout de ses bontés; c'est sa main qui m'a couronnée, et, du haut de ce trône, je n'ai reçu que des témoignages d'affection et d'amour du peuple français.
"Je crois reconnaître tous ces sentiments en consentant à la dissolution d'un mariage qui désormais est un obstacle au bien de la France,
qui la prive du bonheur d'être un jour gouvernée par les descendants d'un grand homme, si évidemment suscité par la Providence pour effacer les maux d'une terrible révolution, et rétablir l'autel, le trône et l'ordre social. Mais la dissolution de mon mariage ne changera rien aux sentiments de mon cœur: l'Empereur aura toujours en moi sa meilleure amie. Je sais combien cet acte, commandé par la politique et par de si grands intérêts, a froissé son cœur, mais l'un et l'autre nous sommes glorieux du sacrifice que nous faisons au bien de la patrie.»

Après ces paroles, les plus belles qui aient été prononcées en pareille circonstance, parce que, il faut le dire, jamais de vulgaires passions ne présidèrent moins à un acte de ce genre, après ces paroles l'archichancelier dressa procès-verbal de cette double déclaration, et Napoléon embrassant Joséphine la conduisit chez elle, et l'y laissa presque évanouie dans les bras de ses enfants. Il se rendit immédiatement à la salle du conseil, où, conformément aux constitutions de l'Empire, un conseil privé était réuni pour rédiger le sénatus-consulte qui devait prononcer la dissolution du mariage de Napoléon et de Joséphine. Le sénatus-consulte rédigé fut porté le lendemain au Sénat.



Détail de la statue de l'Impératrice - Parc de Rueil-Malmaison. Photographie de Diana.




Napoléon et Joséphine après le divorce.


Naissance du Roi de Rome - Mémoires de mademoiselle Avrillion, première femme de chambre de l'impératrice Joséphine - Mercure de France (p.371)


La saint Joseph tombait, comme l’on sait, le 19 de mars, de sorte que, pendant que l’on célébrait à Navarre la fête de l’ancienne Impératrice, la nouvelle Impératrice était en mal d’enfant, et ce fut le lendemain qu’eut lieu la naissance du roi de Rome. En cette circonstance, tout ce qui se passe dans l’esprit d’une femme est inexplicable : l’Impératrice témoigna la joie la plus vive et la plus vraie sur un événement qui fut accueilli par la presque totalité des Français, comme un immense bonheur pour l’Empire. Il n’y avait aucune affectation, aucune arrière-pensée dans la satisfaction qu’éprouvait Sa Majesté. Elle me montra avec une sorte de fierté la lettre que l’Empereur lui écrivit de sa main, et dans laquelle il ajoutait après lui avoir dit : « Ma chère Joséphine, j’ai un fils » ; ces autres mots : «Je suis au comble du bonheur. » « Oui », me dit-elle alors avec une émotion visible, mais qui n’avait point la moindre teinte d’humeur ou de jalousie : « Oui, il doit être bien heureux. » Puis, ayant essuyé une larme qui s’échappait de ses yeux : « Et moi aussi, ajouta-t-elle, je suis heureuse du bonheur de l’Empereur ; heureuse de voir enfin comblés les vœux des Français. Je recueille le fruit de mon douloureux sacrifice, puisqu’il assure la prospérité de la France. »



Dernière entrevue, dernière lettre.


Bernard Chevallier, Douce et incomparable Joséphine - Payot, 1999 (p208-209)



Le 30 avril 1812, à onze heures vingt du matin, l’empereur, sans se faire annoncer, arrive à Malmaison en calèche découverte par un temps magnifique, accompagné par le grand maréchal Duroc, le maréchal Mortier, le général Durosnel et trois personnes du service. Joséphine a tout juste le temps de l’accueillir au débouché du petit pont qui ouvre sur le vestibule du château. Les anciens époux s’embrassent tendrement puis font quelques pas dans le jardin, sans chercher à se dérober à la vue des personnes de leurs suites. Qu’ont-ils bien pu se raconter pendant l’heure et demie où ils sont restés ensemble (on sait que l’empereur est parti à exactement une heure moins dix) ? Sans doute l’a-t-il entretenue de son départ imminent pour la campagne de Russie. De retour chez elle, Joséphine laisse éclater sa joie comme après chaque rencontre avec Napoléon mais elle ignore alors qu’elle l’a vu pour la dernière fois.

L’empereur ne reviendra plus à Malmaison parce que Marie-Louise, informée de sa visite malgré les précautions qu’il a prises pour la lui cacher, lui en fait reproche. Désormais, les anciens époux ne correspondent plus que d’une manière épisodique. Leur destin est scellé, jusqu’à cette dernière lettre de l’empereur à Joséphine, écrite depuis Fontainebleau le 16 avril 1814, trois jours après sa tentative d’empoisonnement. « Adieu, ma chère Joséphine, résignez-vous ainsi que moi, et ne perdez jamais le souvenir de celui qui ne vous a jamais oubliée et ne vous oubliera jamais. »



La mort de Joséphine.


Mémoires de Mademoiselle AVRILLON, Première femme de chambre de l’Impératrice Joséphine - Le temps retrouvé - MERCURE DE FRANCE


« Le lendemain, samedi, en dépit de tous les remèdes employés, on vit les traits de l’Impératrice s’altérer sensiblement ; l’oppression allait toujours en augmentant. La couleur pourpre de l’arrière-bouche devint plus foncée ; le pouls se faisait à peine sentir. M. Horau fit appliquer un vésicatoire sur la poitrine, mais il n’y avait plus possibilités de conjurer la mort qui avançait ; dans la nuit, l’état de Sa Majesté s’accrut d’une façon désespérante, sa respiration n’était plus qu’un douloureux sifflement. Ce fut une longue et déplorable agonie jusqu’au dimanche à midi, où l’Impératrice rendit le dernier soupir à l’âge de 52 ans. »

« … Elle était sur son lit. Ses femmes l’avaient changée de linge ; on lui avait mis un peignoir et un bonnet du matin, et l’on avait étendu sur elle un couvre-pied. Jamais la mort n’a plus extraordinairement ressemblé à la vie ; dans cet état, Sa Majesté avait tout à fait l’air d’une personne endormie ; elle était pâle, mais ses traits étaient restés les mêmes ; pas la moindre contraction sur le visage, si ce n’est une légère flexion aux deux coins de sa bouche, qui rappelait avec une incroyable vérité son sourire habituel. »

« L’ouverture du corps de Sa Majesté fut faite par M : Béchard, chef des travaux anatomiques de la Faculté, et par M : le docteur Cadet Gassicourt, en présence de M : Horau. On trouva tout l’intérieur de la trachée-artère dans un état d’inflammation extrêmement prononcé ; la membrane qui tapisse la surface interne de ce conduit était de couleur pourpre et se déchirait facilement ; le milieu de la face antérieure de la cavité du pharynx présentait un point gangréneux large de quatre à cinq lignes ; les bronches, jusque dans leurs dernières ramifications, étaient remplies d’un liquide écumeux et sanguinolent ; les poumons fortement gorgés de sang, étaient parfaitement sains.
Il résultait de tout cela que l’infortunée Joséphine était morte d’une angine gangréneuse. »

Merci à Diana.


Eugène annonce la mort de l'Impératrice à Napoléon. - Bernard Chevallier, Douce et incomparable Joséphine - Payot, 1999 (p 215)


II revient à Eugène la triste mission de prévenir Napoléon, empereur déchu d’un empire renversé, relégué par ses ennemis à l’île d’Elbe, de la mort de l’impératrice :

« Sire, je remplis un devoir bien pénible pour mon cœur. J’ai l’honneur d’informer Votre Majesté qu’avant-hier, à midi, nous avons perdu Vous la meilleure des amies, ma sœur et moi la plus tendre des mères.
« Une maladie maligne et putride a terminé sa vie en quatre jours. Elle est morte avec le courage, le calme et la résignation d’un ange. Tout ce qu’elle nous a dit de Vous dans les derniers moments de sa vie nous a assez prouvé combien elle Vous était sincèrement attachée. »




Confidences de Napoléon à Sainte-Hélène.



Après une audience accordée à Hudson Lowe par Napoléon, voici ce qu’écrit Montholon dans son récit :

« Sir Hudson Lowe dit en sortant de cette audience :
Le général Bonaparte ne se contente pas, à ce qu’il paraît, de s’être créé une France imaginaire, une Espagne imaginaire, une Pologne imaginaire, ainsi que le prouve l’excellent ouvrage de l’abbé Pradt, que je viens de lire ; il veut encore se créer ici une Sainte Hélène imaginaire ! »

Soit pour se distraire du souvenir de cette discussion, soit par l’effet d’un des soubresauts si habituels de ses impressions, l’Empereur ne nous parla que de l’Impératrice Joséphine.

Voici les détails qu’il nous donna :

« Nous vivions comme de vrais bourgeois dans nos rapports mutuels, et nous n’eûmes qu’un même lit jusqu’en 1805, époque à laquelle les événements politiques m’obligèrent de changer mes habitudes et d’ajouter au travail du jour le travail de la nuit. La vie intime est la garantie d’un bon ménage ; elle assure le crédit de la femme, la dépendance du mari, elle maintient l’intimité et les bonnes mœurs.
« Un fils de Joséphine m’eût rendu heureux et eût assuré le règne de ma dynastie. Les Français l’auraient aimé bien autrement que le roi de Rome, et je n’aurais pas mis le pied sur l’abîme couvert de fleurs qui m’a perdu. Qu’on médite, après cela, sur la sagesse des combinaisons humaines ! Qu’on ose prononcer sur ce qui est heureux ou malheureux ici-bas ! Ma pauvre Joséphine ! Elle avait l’instinct de l’avenir quand elle s’effrayait de sa stérilité. À mesure que la fortune s’élevait, ses inquiétudes s’accroissaient. Cependant elle reposait son espoir sur mon adoption d’Eugène, et ce fut la cause de tous ses dissentiments avec mes frères.
« Jamais elle ne me demanda rien pour son fils ; jamais même, par un tact parfait, elle ne me remerciait de ce que je faisais pour lui, tant elle avait à cœur de me convaincre que la fortune politique d’Eugène n’était pas son intérêt à elle, mais le mien propre. Je suis ce qu’elle a le plus aimé dans sa vie, et je le crois tellement, que je suis convaincu qu’elle eut quitté même un rendez-vous d’amour, ajouta-t-il en riant, pour venir me trouver. Montais-je en voiture au milieu de la nuit pour une course lointaine, je la trouvais, à ma surprise établie dans la voiture et m’attendant. J’essayais inutilement de la dissuader de m’accompagner. Elle avait de si bonnes et de si tendres raisons à m’opposer, que, presque toujours, il me fallait céder. En somme, elle m’a constamment donné le bonheur conjugal : aussi lui en ai-je conservé le plus tendre souvenir. »

MONTHOLON
Les Souffrances de Napoléon



Merci à Diana.


A Las Cases, 1816: (Napoléon a dit, p.351)


Joséphine avait donné le bonheur à son mari et s'était constamment montrée son amie la plus tendre, professant - à tout moment et en toute occasion - la soumission, le dévouement et la complaisance la plus absolue.


A Gourgaud, 1817: (Napoléon a dit, p.351)


Joséphine faisait des dettes que j'étais obligé de payer. Je ne l'aurais jamais quittée si elle avait pu avoir un enfant.


Joséphine était une femme des plus agréables. Elle était pleine de grâce, femme dans toute la force du terme, ne répondant jamais d'abord que "non" pour avoir le temps de réfléchir. Elle mentait presque toujours, mais avec esprit. Je puis dire que c'est la femme que j'ai le plus aimée.




Voyez également: les enfants de Joséphine.





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