Napoléon: les flatteries.


Jamais créature humaine n'a été adulée comme le fut Napoléon. On a reculé pour lui les bornes de l'hyperbole. Seules, les louanges d'un peuple idolâtre, prosterné devant ses dieux, peuvent être comparées aux panégyriques déclamés en l'honneur de l'Empereur.


Voici quelques spécimens des discours de l'époque:



"Oui, c'est véritablement le trône de Charlemagne qui se relève après dix siècles" (Lacretelle aîné).

« Dieu s'est complu à douer ce héros de toutes les grandes qualités » (Monge).

"La terre s'est tue devant Alexandre qui voulait l'asservir; devant Napoléon, la terre, les mers qu'il veut franchir, l'univers qu'il remplit de son nom, parlent hautement de la grandeur de son âme, de la gloire de ses armes, des merveilles de son règne, de la reconnaissance des peuples, comme pour servir de témoins authentiques à l'histoire… » (Jubé)

« L'homme devant qui l'univers se tait est aussi l'homme en qui l'univers se confie. Il est à la fois la terreur et l'espérance des peuples, il n'est pas venu pour détruire, mais pour réparer. »
« L'Empereur est trop accoutumé à vaincre pour que nous le remarquions une fois de plus. Il suffit de dire qu'après quelques marches, il était bien au delà du point où s'arrêta Charlemagne, et que, supérieur à tous les grands hommes qui l'ont précédé, il ne trouva point de Roncevaux." (Fontanes)

«Quel spectacle pour les nations! Les peuples vaincus saluent Napoléon comme un libérateur; et il était réservé à lui seul d' obtenir leur reconnaissance et de mériter leurs bénédictions." (Chaptal)

«Grâce au génie de l'Empereur, l'Europe entière ne formera bientôt qu'une immense famille, unie par une même religion et le même code de lois, et la postérité, qui jouira pleinement de ces avantages, ne prononcera qu'avec admiration le nom du héros, son bienfaiteur.» (La Place, scientifique)

«On ne peut louer dignement Sa Majesté, sa gloire est trop haute; il faudrait être placé à la distance de la postérité pour découvrir son immense élévation. » (Lacépède)

«Quel dieu nous a fait ces loisirs? C'est cet homme extraordinaire qui a rajeuni la France.» (François de Neufchâteau)

«Si un homme du siècle des Médicis ou du siècle de Louis XIV revenait sur la terre, et qu'à la vue de tant de merveilles il demandât combien de règnes glorieux, de siècles de paix il a fallu pour les produire, vous répondriez qu'il a suffi de douze années de guerre et d'un seul homme.» (Molé)

«Napoléon est au delà de !'histoire humaine; il appartient aux temps héroïques, il est au-dessus de l'admiration.» (Séguier)

«Non, Molière, tu ne l'implorerais pas en vain, ce monarque invincible; il entendrait tes plaintes jusque dans le tumulte des camps, et, du haut de son char de triomphe, il te tendrait une main protectrice. Alors ta voix éloquente célébrerait ses bienfaits; dans l'ivresse de ta reconnaissance, tu t'écrierais encore: "Nous vivons sous un prince aussi juste que grand.» La France entière le répéterait avec toi, et tu devancerais l'opinion des siècles à venir.» (Etienne, discours de réception à l'Académie française)

"Le chantre de Napoléon l'aurait représenté, d'après l'histoire, grand au-dessus des rois, tel qu'Homère, d'après la Fable, a représenté Jupiter grand au-dessus des dieux, gouvernant l'univers par l'autorité de sa pensée, toujours prêt à saisir de sa main toute-puissante l'une des extrémités de la chaîne des Destins, si tous ses ennemis ensemble osaient s'attacher à l'autre, et toujours certain de les entraîner tous.» (Raynouard, poète)

«L'invisible Providence a désigné cet empereur pour providence visible à toute la nation." (vicaire général Jalabert à Notre-Dame)

"Qui a jamais fermé tant de plaies, séché tant de larmes, terminé tant de calamités et fait tant d'heureux?" (l'évêque de Vannes)

"Qu'il vive et qu'il commande à la victoire et à la paix, le nouvel Auguste, cet empereur si grand, indépendamment de toutes ses dignités, et qui reçoit des mains de Dieu la couronne» (l'évêque d'Agen)

«Que la terre se taise en ce moment imposant, qu'elle écoute en silence et avec respect la voix de Napoléon.» (l'évêque de Mayence)



Extraits de Napoléon intime de Arthur-Lévy - éd. Nelson - p 394 - 397




Le dédain des grandeurs.


En 1807, on soumet à l'Empereur des modèles et dessins de monnaies avec cette légende: Napoleone protegge l'Italia. En marge du document descriptif, l'Empereur écrit de sa main: "Ce type n'est pas convenable, ce qu'on veut mettre en place de Dieu protège est indécent. »
Ces mots partent bien de la même plume qui écrivait, en 1808, au ministre de la marine: "Je vous dispense de me comparer à Dieu. Il y a tant de singularité et d'irrespect pour moi dans cette phrase, que je veux croire que vous n'avez pas réfléchi à ce que vous écriviez.»

On peut, sans trop se hasarder, affirmer que son faible attachement aux prérogatives impériales fut une des causes directes de sa chute. Plus entiché des honneurs souverains, il aurait pu traiter de la paix et conserver un trône amoindri, il est vrai, mais encore très brillant. Il ne le voulut pas. Il mit sa dignité bien au-dessus de la vanité. A l'appui de cette assertion, voici le passage d'une note remise, au nom de Napoléon, par Caulaincourt, au congrès de Châtillon, en 1814 : « Sa Majesté ne tient pas aux grandeurs; elle n'en achètera jamais la conservation par l'avilissement." Dans une lettre ultérieure, au même ambassadeur, l'Empereur dit: « Vous parlez toujours des Bourbons; je préférerais voir les Bourbons en France, avec des conditions raisonnables, aux infâmes propositions que vous m'envoyez! »


Napoléon intime - éd. Nelson -Arthur-Levy - p399




Illustrations.


Voici une gravure datant semble-t-il d'avant la mort de Napoléon. Ce n'est donc pas cette mort qui déclanchera cet engouement pour le diviniser.
Diana



Une image d'Epinal historique scolaire: défilé des soldats victorieux.



© Collection privée La Bricole.



La propagande.


Un hiver à Paris sous le Consulat (1802-1803) p.35 - Johann Friedrich Reichardt - Tallandier – 2003

L'utilisation de la sculpture, de l'architecture et de la peinture dans la propagande napoléonienne était déjà de rigueur sous le Consulat. Une politique digne de la France et du rôle que Bonaparte entendait jouer dans son histoire se développait irrésistiblement.
Dominique-Vivant Denon (nommé directeur général des Musées en 1802), les architectes Fontaine et Percier et les peintres David, Isabey ou Gros faisaient déjà partie de l'entourage proche de Bonaparte et n'avaient plus grand chose à lui refuser.







Recherche sur le site