Napoléon: les grands événements militaires: Somosierra.


Les cavaliers polonais vers Somosierra.




Tableau d'Horace Vernet



En 1807, alors que Napoléon se trouvait à Varsovie, il était escorté par une garde d’honneur provisoire sous les ordres du comte Vincent Krasinski et composée de jeunes gens appartenant à la meilleure classe de la société polonaise. L’éducation, la bonne conduite et le dévouement de ces jeunes Polonais impressionna l’Empereur qui proposa au gouvernement provisoire de Pologne de former un régiment de chevau-légers pour servir dans sa garde. Ce fut le 6 avril 1807 que Napoléon signa le décret de la formation du régiment des chevau-légers dont voici les données :

« Le régiment compte quatre escadrons, de deux compagnies chacun. Chaque compagnie comprend : 1 capitaine, 2 lieutenants en premier, 2 lieutenants en second, 1 maréchal des logis chef, 6 maréchaux des logis, 1 sergent fourrier, 10 brigadiers, 97 soldats, 2 trompettes et 2 maréchaux-ferrants.
L’État-major du régiment comprendrait, outre le commandant du régiment : 2 majors de la garde (Français). 4 chefs d’escadrons, 1 capitaine instructeur de la garde, 2 adjudants (Français), 4 sous-adjudants polonais, 1 porte-étendard, 4 médecins et 15 hommes de différents grades, avec les attributions de vaguemestres, aide-vétérinaires, etc. »

Pour être admis au régiment, les candidats devaient être propriétaires ou fils de propriétaires, avoir pas moins de 18 ans ni plus de 40, l’habillement et l’équipement étaient à leurs frais. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, lors de la charge héroïque de Somosierra, les hommes étaient armés de carabines, de pistolets et de sabres, les lances ne feront leur apparition qu’en 1809, après la bataille de Wagram.

Voici ce que dit Zaluski dans ses Mémoires concernant les lances :
« Dans cette bataille (Wagram), les chevau-légers polonais chargèrent les uhlans autrichiens. Dans la bagarre, plusieurs hommes s’emparèrent des lances de leurs adversaires et en usèrent si adroitement que leurs camarades suivirent leur exemple et s’empressèrent d’en faire autant. Ainsi armés, les chevau-légers, soutenus ensuite par les chasseurs à cheval de la garde, s’emparèrent de 45 canons autrichiens, dispersèrent quatre régiments de cavalerie ennemie et firent prisonnier le prince d’Auersperg. »
« Qu’on leur donne des lances, s’ils savent si bien s’en servir » dit Napoléon à Bessières. »



La mise en place des positions.






Vu les évènements qui s’étaient passés en Espagne, Napoléon décida de se mettre à la tête d’une expédition militaire afin de mater la révolte qui régnait dans la Péninsule. Dans ce but, il recourut à des mesures énergiques pour augmenter la force et améliorer l’effectif de son armée.
Les corps d’armée de Victor, Mortier et Ney, composés de soldats aguerris, viendront d’Allemagne rejoindre de nouveaux corps de troupes récemment formés. Finalement, ces troupes ainsi que tous les approvisionnements indispensables à cette expédition furent réunis à Bayonne.

Voici la composition de cette nouvelle armée comptant 210.000 hommes:
Le 1er corps sous le commandement de Victor,
Le 2ème corps sous les ordres de Soult,
Le 3ème corps sous les ordres de Moncey,
Le 4ème sous ceux de Lefèvre,
Le 5ème commandé par Mortier
Le 6ème sous les ordres de Ney
Le 7ème sous ceux de Gouvion-Saint-Cyr et,
Le 8ème sous ceux de Junot,
La réserve de cavalerie commandée par Bessières et la réserve de la garde par Walter.

Cette nouvelle armée franchit la frontière espagnole à la fin octobre 1808, Napoléon arriva à Bayonne seulement le 1er novembre et retrouvera ses troupes à Vitoria le 5.

Pour faire face à cette armée, il y avait du côté espagnol quatre armées, :
- l’armée de Biscaye commandée par le général Block – entre 40 à 50.000 hommes
- l’armée d’Extrémadure sous les ordres du général Belveder – 15 à 20.000 hommes
- l’armée aragonaise sous le commandement de Palafox – avec 20.000 hommes
- l’armée d’Andalousie aux ordres de Castaños – entre 30 à 40.000 hommes
- en plus, couvrant Madrid - 10.000 hommes
- en Catalogne le général Vivès bloquant Barcelone commandait entre 30 à 40.000 hommes
- et venant du Portugal, sous le commandement de Moore – 30.000 hommes

Face à des troupes d’élite, le grand problème rencontré par les forces espagnoles était le défaut d’unité de commandement, l’absence d’un général en chef qui sache se faire obéir et diriger les efforts communs vers un but déterminé, ainsi qu’un contingent peu aguerri, qu’on fera se déployer sur une ligne très étendue en se massant principalement aux deux extrémités affaiblissant, ainsi, leur centre ce dont Napoléon profita au maximum.

Avant de rejoindre le défilé de Somosierra, différents affrontements eurent lieu et les Espagnols souffrirent de lourds revers, dont leur défaite à Burgos. Malgré cela, la junte d’Aranjuez décida d’envoyer au défilé de la Sierra de Guadarrama ce qui restait de l’armée d’Extrémadure et de celle d’Andalousie, entre 12 à 13.000 hommes, sous le commandement du général Don Benito San Juan.
En premier, le général détacha 3.000 hommes comme avant-garde près de Sepulveda, village se trouvant sur le flanc droit de la marche française, cela dans le but d’arrêter leur mouvement. De plus sachant qu’en cas de défaite la prise du défilé se trouvant à 60 kilomètres de Madrid, ouvrirait aux Français la route de la capitale, il plaça le reste de ses hommes, environ 9.000, aux points les plus stratégiques du défilé, sur la chaîne des montagnes, et au fond du défilé, là où le passage était le plus difficile à forcer.

Prévoyant la résistance qu’il y rencontrerait, Napoléon avait déjà envoyé vers la Sierra de Guadarrama, en premier, la cavalerie sous les ordres de Lasalle et ensuite la Garde, et, le 23 novembre il quitta Burgos pour se rendre à Aranda del Duero.



La charge de Somosierra.







Ce fut le 29 novembre que Napoléon atteignit la Sierra de Guadarrama et installa son quartier général à Boceguillas et non Bazequillas comme rapporté dans le livre. À peine arrivé l’empereur partit faire une reconnaissance des lieux à cheval et d’après les résultats de cette inspection il établit les ordres à donner pour le lendemain.

« Pour la journée du 30 novembre les ordres furent les suivants :

- La division Lapisse devait se porter à droite de la route et s’emparer, à l’aube, de la position de Sepulveda.
- La division Ruffin, en même temps, devait s’emparer du versant nord de la Sierra de Guadarrama jusqu’à la hauteur de Somosierra.
- Le 9ème léger devait marcher à droite de la route
- Le 24ème de ligne à gauche afin de tomber sur les flancs de l’ennemi.
- Le 94ème régiment avec la batterie de six pièces de Sénarmont, devait avancer en colonne sur la route.
- La cavalerie de la Garde suivait ces troupes derrière lesquelles se trouvait Napoléon. »

L’attaque de Sepulveda avait été programmée pour 6 heures du matin espérant pouvoir s’emparer, par surprise, de la place, vers les 9 heures, en profitant du brouillard qui régnait généralement le matin. Se dissimuler de l’ennemi et attaquer au moment où le brouillard commencerait à se dissiper faisait partie des plans de Napoléon qui comptait qu’à cette heure la colonne dirigée vers Somosierra aurait atteint la crête des hauteurs.

Le lendemain, le 30 novembre, dès l’approche de la colonne dirigée vers Sepulveda, les défenseurs de la place prirent la fuite vers Ségovie sans offrir de résistance, tandis que la colonne qui s’avançait sur Somosierra parvint à s’approcher assez près de la position espagnole sans être remarquée. Cependant, contrairement à son habitude, ce jour là le brouillard se dissipa plus tôt et la garnison, en cette position, ne fut pas prise au dépourvu et eut le temps de se mettre sur la défensive. Les détachements qui se trouvaient des deux côtés de la route furent refoulés avec facilité, mais ceux qui se trouvaient sur la position principale reçurent les Français sous une meurtrière grêle de balles.

Pendant ce temps, revenu en arrière vers Boceguillas, le 3ème escadron des chevau-légers de la garde d’honneur protégeait Napoléon alors qu’il faisait une reconnaissance des lieux en attendant les résultats de l’attaque.

Malgré les minutieux préparatifs, différents facteurs rendirent plus ardus que prévu le déroulement du plan de Napoléon pour son infanterie:

- Les difficultés du terrain
- La nécessité continuelle de s’orienter dans un pays montagneux,
- La nécessité de partager les troupes en petites fractions,
- L’impossibilité pour les chefs de tenir, ainsi, leurs hommes bien en main et d’unir leurs efforts pour atteindre le but commun,
- La dispersion du combat et la résistance farouche de l’ennemi se trouvant en positions dominantes faisant dégénérer le combat en longues et meurtrières fusillades.

Là où la route commence à monter vers le sommet du défilé, il y avait un ruisseau qui la traversait et, en cet endroit, deux canons français avaient pris place luttant en vain contre une artillerie espagnole supérieure. Pendant ce temps, et attendant les ordres, la cavalerie de la garde se trouvait en colonne sur la route, alors que le régiment de chevau-légers polonais se déployait à sa droite. Bien qu’à cet endroit un pli du terrain les protégeait du feu de l’artillerie ennemie, les balles des tirailleurs les atteignaient et cela risquait de se transformer rapidement en un sanglant combat. Napoléon commençait à s’impatienter tout en observant attentivement les péripéties du combat, le terrain qui l’entourait, sans oublier de surveiller l’adversaire. Soudainement, il donna l’ordre à l’escadron de chevau-légers polonais de son escorte de charger immédiatement l’artillerie ennemie qui balayait la route.






Toile peinte par Wojciech Kossak



L’exécution de l’ordre de l’Empereur échut au 3ème escadron de chevau-légers sous les ordres par intérim de Kozietulski, vu que leur commandant Stokowski n’avait pas encore rejoint le régiment. L’escadron se composait de la 3ème compagnie du capitaine Dziewanowski et de la 7ème du capitaine P. Krasinski, effectif qui s’élevait à environ 125 hommes y compris les sous-officiers et autres gradés. Obéissant à l’Empereur, les cavaliers s’élancèrent mais, il semblerait que l’escadron ayant rencontré un obstacle insurmontable avait dû s’arrêter. D’après les vérifications qui se firent postérieurement, la prise de cette position, en effet, aurait dû se faire par le flan et seule l’infanterie aurait pu surmonter cet obstacle. Plus tard, on verra que cette charge de cavalerie était militairement inopportune et impossible, mais, mieux vaut laisser les experts militaires débattre des raisons de ces affirmations.

Malgré cet obstacle, l’ordre de charger fut confirmé et fut irrévocable. Cependant, cette fois, ce fut par une route menant à une redoute armée de seize canons et défendue par vingt bataillons d’infanterie, situés de chaque côté de la route, dont le feu croisé de leurs armes balayait l’accès. À peine l’escadron se fut-il lancé en avant qu’une partie des hommes tombait déjà sous les tirs précis des Espagnols. L’escadron fortement décimé eut un moment d’hésitation, mais, la présence d’esprit des chefs tranquillisa les hommes et l’escadron s’élança en avant dans un impétueux élan. Le commandant eut son cheval tué sous lui et lui-même fut foulé par les sabots des chevaux, mais réussissant à remonter en selle grâce à un cheval ayant perdu son cavalier il continua la charge …un véritable ouragan diront les témoins.
De sa position, Napoléon surveillait la charge et voyant que le feu des Espagnols décimait l’escadron, il envoya, en renfort, une partie de sa Garde et ensuite tout le régiment des chevau-légers polonais, le 1er escadron de Lubienski en tête suivi par la cavalerie de la garde et Napoléon lui-même avec l’infanterie.






Peinture réalisée par Lejeune



La position prise, la cavalerie continua la poursuite des fuyards, s’empara de Buitrago et de la position attenante à ce village.

Le chemin de Madrid était désormais ouvert.

Grâce à la charge, les canons placés au tournant de la route furent pris, les servants sabrés ou dispersés, tandis que le reste s’enfuyait vers le sommet du défilé. Toute cette charge fut l’affaire de quelques minutes, l’adversaire surpris par sa soudaineté et son impétuosité et la vue des fantassins français approchant lui fit perdre définitivement confiance dans la force de leurs positions et la retraite commença, se transformant rapidement en déroute.

Cette charge héroïque de la cavalerie polonaise coûta fort cher en vies humaines, les pertes de l’escadron furent énormes, presque la moitié de son effectif : 57 hommes tués ou blessés, les capitaines Dziewanowski et P. Krasinski, les lieutenants Krzyzanowski, Rowicki et Rudowski tués, parmi les blessés le lieutenant Niegolewski.
Les pauvres contusionnés et écrasés aux pas des chevaux ne seront pas comptés dans cette liste.

Certes, les pertes furent énormes, mais le résultat de la charge est d’appartenir, sans contredit, aux exploits les plus hardis de l’histoire de la cavalerie.



Ref :
LA CHARGE DE CAVALERIE
De SOMO-SIERRA (ESPAGNE)
Par le lieutenant général POUZEREWSKY
Traduit du russe par Dimitry Oznobichine
Ëditeur militaire
Henry CHARLES-LAVAUZELLE
PARIS






© Diana.





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