Napoléon: les grands événements militaires: l'Espagne - divers.


Le Traité de Tilsit et la Guerre d'Espagne.


Document vrai ou faux?



Les changements opérés par la force des armes, depuis l’avènement de Napoléon, avaient reçu récemment la sanction des traités à Tilsit. Ainsi que l'Empereur l'annonça au corps législatif lors de l'ouverture de la session de 1807, la face de l'Europe politique était changée. La Russie avait conservé l'intégrité de son territoire, s’était même appropriée quelques districts des États du roi de Prusse, son allié, et ne devait pas tarder à s'emparer de la Finlande; mais ses armées ayant été battues dans toutes les rencontres, elle venait de perdre cette puissance d'opinion toujours croissante depuis Pierre le Grand, qui avait rendu l'impératrice Catherine si redoutable. Observée de près par le corps d'armée français qui occupait le duché de Varsovie et tout le nord de l'Allemagne, elle se trouvait dans l'alternative de subir l'influence de la France ou d'exposer ses provinces à être envahies.
L'empereur Alexandre, dominé par cette considération, approuva les projets de Napoléon sur l'Espagne, et reçut sans doute, en échange de sa condescendance, l'espoir d'agrandir ses États aux dépens de ceux des voisins.

(1)Les volumes sur l'Espagne seront rédigés d'après les papiers puisés aux mêmes sources(1º), et sur les Mémoires inédits du maréchal Jourdan, dont nous avons entre les mains une copie authentique que ce maréchal avait envoyée au roi Joseph avec une lettre qu'on trouvera à sa place chronologique ; et enfin d'après une foule de documents que nous possédons.
Nous devons revenir ici sur le fameux traité secret de Tilsit, publié en 1812 dans la Gazette de Madrid (numéro du 25 août).
En supposant son existence authentique, il serait le véritable point de départ de l'histoire de la guerre d'Espagne depuis 1808. Il prouverait que cette grande entreprise, dont les suites ont été si funestes aux deux pays, n'entrait pas seulement dans les plans de Napoléon, mais était même liée à un système général de partage de l'Europe entre la France et la Russie, système qu'Alexandre aurait alors embrassé dans toutes ses conséquences.

Il est difficile de constater si ce traité a véritablement existé. Si cela était, toute trace de ce document a dû disparaître en 1814, lorsque l'empereur Alexandre habitait à Paris chez M. de Talleyrand, l'un et l'autre ayant le plus grand intérêt à l'anéantir, et rien ne leur étant plus facile. Peut-être les Mémoires du célèbre diplomate français, si jamais ils voient le jour, lèveront-ils le voile. Quoi qu'il en soit, voici les articles de ce traité, vrai ou faux.

Art. 1. La Russie prendra possession de la Turquie européenne, et étendra ses possessions en Asie autant qu'elle le jugera convenable.

Art. 2, La dynastie des Bourbons en Espagne, et la maison de Bragance au Portugal, cesseront de régner. Un prince de la famille Bonaparte succédera à chacune de ces couronnes.

Art. 3. L'autorité temporelle du pape cessera; Rome et ses dépendances seront réunies au royaume d'Italie.

Art. 4. La Russie s'engage d'aider la France de sa marine pour la conquête de Gibraltar.

Art. 5. Les Français prendront possession des villes situées en Afrique, telles que Tunis, Alger, etc. ; et, à la paix générale, toutes les conquêtes que les Français pourront avoir faites en Afrique seront données en indemnité aux rois de Sardaigne et de Sicile.

Art. 6. L'île de Malte sera possédée par les Français, et il ne sera fait aucune paix avec l'Angleterre tant qu'elle n'aura pas cédé cette Ile.

Art. 7. Les Français occuperont l'Egypte.

Art. 8. La navigation de la Méditerranée ne sera permise qu'aux navires et vaisseaux français, russes, espagnols et italiens; toutes les autres nations en seront exclues.

Art. 9. Le Danemark sera indemnisé dans le nord de l'Allemagne par les villes hanséatiques, sous la clause cependant qu'il consentira à remettre son escadre dans les mains de la France.

Art. 10. Leurs Majestés les Empereurs de Russie et de France conviendront ensemble d'un règlement d'après lequel il ne sera permis, a l'avenir, à aucune puissance de mettre en mer des navires marchands, à moins qu'elle n'entretienne un certain nombre de bâtiments de guerre.

Ce traité, disait-on, aurait été signé par le prince Kourakin et le prince de Talleyrand. Ce document curieux a été publié en 1822 dans quelques journaux anglais.
Tout ce que nous pouvons ajouter, c'est que le roi Joseph s'est toujours défendu d'avoir connu son existence.

(1ª) Les livres sur Naples ont été rédigés par nous, d'après les notes et documents trouvés dans les papiers du roi Joseph, d'après la copie du journal de M. Miot, son ministre, et d'après les notes et papiers laissés par M. de Presle, son secrétaire.


MÉMOIRES
ET CORRESPONDANCE
POLITIQUE ET MILITAIRE
Du ROI JOSEPH
Publiés, annotés et mis en ordre
Par A. DU CASSE
Aide de camp de S.A.I le prince Jérôme Napoléon

Extrait:
tome IV - Introduction concernant l'Espagne et annotations en italique de Du Casse

PARIS
PERROTIN LIBRAIRE-ÉDITEUR
11, RUE FORTAINE-MOLIÈRE
-
1857



Situation militaire de l'Espagne face à l'armée française.



..."D'autres, voyant l'Europe entière fléchir sous la puissance de Napoléon, ne pouvaient s'imaginer que l'Espagne se sentit en état de reconquérir ses provinces et son indépendance. La résistance ne pouvait être pour eux que la ruine de leur pays. Cette incertitude se faisait particulièrement remarquer dans les classes supérieures; de sorte que, si les Français avaient eu des forces suffisantes pour occuper toutes les provinces et réprimer les premiers mouvements insurrectionnels, l'effervescence se fut peut-être calmée peu à peu, et la nouvelle dynastie aurait eu des chances pour se fonder. Mais l'Empereur, accoutumé à ne voir la force que dans le gouvernement et les troupes régulières, crut trop facile de conquérir un royaume dont les princes étaient ses prisonniers, et qui n'avait à lui opposer que le simulacre d'une armée. Dans cette persuasion, il se borna à renforcer les trois corps d'armée dont nous avons déjà parlé. Un quatrième corps, aux ordres du maréchal Bessières, porta le total des troupes françaises en Espagne à environ 80 mille hommes. Cette armée, trop peu nombreuse pour soumettre une population de plus de 10 millions d'âmes, déterminée à se défendre, était encore faible par sa composition.
Excepté un détachement de la garde impériale et quelques bataillons suisses, polonais ou italiens, il n'y avait que des bataillons provisoires de conscrits, commandés par des officiers restés longtemps sans emploi.

A cette époque, la totalité des troupes espagnoles, y compris les milices provinciales, s'élevait à peine à 100 mille hommes, nombre dont il fallait défalquer la garnison des places de l'Afrique, des îles Baléares et des Canaries; le corps de la Romana, alors au Danemark comme auxiliaire des Français, et celui sous les ordres de Junot, au Portugal. Il ne restait donc, dans la Péninsule, qu'environ 50 mille hommes de troupes régulières, en y comprenant le corps du camp de Saint-Roch, et les garnisons des places maritimes."

MÉMOIRE ET Correspondance DU ROI JOSEPH
Publiés et annotés et mis en ordre
Par A. DU CASSE
Aide de camp de S.A.I- le prince Jérôme Napoléon
TOME QUATRIEME
PARIS 1854





© Diana.





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