Napoléon: les grands événements militaires: L'Espagne, 1808-1812.



L’intervention napoléonienne en Espagne, depuis ses origines et jusqu’à la fin, fut marquée par la crise politico-institutionnelle dont deux coups d’État au bilan inégal emportèrent la majeure partie des institutions fondamentales de l’Ancien Régime. Cette situation vit s'ouvrir une porte menant à un changement dynastique en construisant un embrouillamini institutionnel de caractère révolutionnaire qui entraîna la chute du roi Charles IV, de son fidèle ministre Godoy, la proclamation de Ferdinand VII comme roi d’Espagne, mais, par la même occasion, l’intromission définitive de Napoléon dans les affaires d’Espagne dont le résultat final sera la guerre.


Les préliminaires :

1806


Le premier coup d’État connu comme la « Conspiration de l’Escorial » commença, déjà dans les premiers mois de 1806, à germer dans l’esprit de Ferdinand, alors prince des Asturies. La haine qu’il portait à Emmanuel Godoy, ministre de Charles IV, depuis son accession au pouvoir en 1792, se vit alimentée par les campagnes dénigrant la reine Marie-Louise, par l’appui d’aristocrates désireux de participer au pouvoir et l’inimitié de l’héritier vis-à-vis du roi et de la reine, sournoisement attisée par son précepteur Escóiquiz, homme sans scrupule, finit par réunir les mécontents de toutes classes sociales à former un parti connu sous le nom de « fernandino ».

En mai 1806, la mort prématurée de la princesse Maria Antonia de Bourbon-Deux-Siciles, cousine germaine du prince et première épouse, laissa Ferdinand comme porte-drapeau d’une opposition qui voyait en lui l’espoir d’une nouvelle orientation pour la politique espagnole, un peu comme un messie, le seul capable de renverser Godoy et forcer l’abdication de Charles IV. Au début et jusqu’en octobre 1806, le parti « fernandino » se maintint au niveau de la satire grossière et de la diffamation, bien entendu, fomentées et payées par le prince des Asturies.

Due aux contacts et négociations secrètes que Godoy entretenait avec la Grande-Bretagne dans le but de faire entrer l’Espagne dans une coalition antinapoléonienne, la victoire de Jena face aux Prussiens fit abandonner à Godoy ses velléités, mais, par la même occasion, il perdit la confiance de Napoléon et se trouva, ainsi, dans une situation de faiblesse dont Ferdinand profita. Vu la tournure que prenait la situation délicate de Godoy, Ferdinand décida que le temps était venu pour s’affronter définitivement à lui, et, pour arriver à ses fins, le Prince des Asturies fit de tout pour paraître, face au gouvernement français, comme le plus qualifié des substituts afin d’obtenir l’appui de Napoléon.

Ref:
ESPAÑA, el infierno de Napoleón
Emilio de Diego
La esfera de los libros 2008

MEMORIAS DE GODOY
Enrique Rúspoli
Publié par Anthos


MANUEL GODOY
Emilio La Parra
Circulo de lectores

Conspiraciones de El Escorial y Aranjuez
Enrique Giménez López

LA CRISIS DE EL ESCORIAL 1807
Professor Luis navarro Garcia
Universidad de Sevilla



1807



Lors des premiers mois de 1807, la situation se dégrada davantage :
- Le premier motif eut comme excuse les différents existants entre Godoy et l’entourage de Ferdinand au moment de trouver une nouvelle épouse pour l’héritier. Pendant que Godoy postulait pour sa belle sœur María Luisa de Bourbon y Vallabriga, de son côté Escóiquiz, le précepteur du prince héritier, tirait les ficelles afin que l’élue soit une princesse Bonaparte pouvant, ainsi, établir des liens plus étroits et même familiaux avec Napoléon, et, pour arriver à ses fins, en juin 1807, Escóiquiz rencontra l’ambassadeur français François de Beauharnais. Dans cette proposition de mariage, Napoléon vit la possibilité d’unir à Ferdinand sa nièce Charlotte, fille de Lucien, et, avec des intentions dilatoires, avoir pression sur l’héritier de la Couronne d’Espagne.

- Le second motif fut strictement courtisan, Charles IV concéda à Godoy le traitement d’Altesse Sérénissime, l’équivalant de confirmer ainsi la faveur du roi. Pour Ferdinand et son parti cela fut considéré comme le début d’une conjuration destinée à éloigner le prince héritier de la succession au trône et à nommer Godoy comme régent à la mort de Charles IV. Pour contrecarrer ce que Ferdinand et ses partisans considéraient comme une conspiration contre l’ordre légitime de la succession, le prince des Asturies signa un décret non daté nommant certains de ses partisans à de hautes charges en Castille.

Lors des derniers jours d’octobre 1807, alors que la famille royale se trouvait à l’Escorial, le Roi Charles IV révéla à son entourage le contenu d’un message le mettant au courant d’un plan ignominieux et inédit, ourdi contre Godoy, ayant pour but d’obtenir l’abdication du Roi afin de mettre son fils Ferdinand sur le trône. Le message ajoutait que les conjurés, tous membres de la noblesse, comptaient sur l’approbation du Prince des Asturies qui avait sollicité la protection de l’Empereur. Les informations contenues dans ce message ne s’arrêtaient point là, elles mettaient également en garde sur un éventuel empoisonnement de la reine Marie Louise. Le roi ordonna, alors, la fouille des appartements de son fils où fut découverte la correspondance secrète du Prince avec Napoléon. Ferdinand fut reclus dans ses appartements d’où, les yeux plein de larmes, tout en dénonçant les plus remarquables des conjurés, demanda pardon à ses parents, qui, hélas, lui pardonnèrent.
Les conjurés furent bannis, accusés de haute trahison et condamnés à mort, oui mais, lors du procès les juges furent désignés par le Conseil de Castille dont le président se trouvait être membre du parti « fernandino » et de ce fait, les condamnés furent tout simplement déclarés innocents.

La forme dont se résolut la dénommée conspiration de l’Escorial créa un fort sentiment de méfiance vis-à vis de Charles IV dont le résultat renforça encore davantage la position du parti « fernandino» surtout, en voyant que la majorité des Espagnols soupçonnaient Godoy d’avoir tramé ce complot pour incriminer son rival et le roi l’ayant secondé vit son sort uni à celui de son ministre, en sus, Napoléon fut considéré comme un collaborateur à la juste cause que défendait Ferdinand, c’est-à-dire, terminer définitivement avec Godoy.

Le même jour de la découverte du complot, le 27 octobre 1807, le plénipotentiaire de Godoy, Eugène Izquierdo, et Gérard Duroc représentant Napoléon signaient le Traité de Fontainebleau.

Ref :
HISTORIA DEL LEVANTAMIENTO,
GUERRA Y REVOLUCIÓN DE ESPAÑA (1807 – 1814)
(Tome 2)
José María Queipo de Llano, comte de Toreno
Edition de JM Martínez Valdueza

GUERRA DE LA INDEPENDENCIA
(Tome 2)
Miguel Augustín Principe
Imprenta del siglo
Madrid
1846

Conspiraciones de El Escorial y Aranjuez
Article de Enrique Giménez López




Le traité de Fontainebleau

1807



Au début du XIXe siècle, les guerres napoléoniennes se déroulaient en Europe et la France, sous le commandement de Napoléon qui combattait l’Alliance des puissances monarchiques du continent. Décidé à envahir l’Angleterre, l’empereur pensa à un stratagème afin d’attirer la flotte anglaise, ainsi que l’espagnole vers le Canal de la Manche et de là les pousser vers les côtes américaines, et profiter de l’absence des forces navales ennemies pour envahir l’Angleterre. C’était compter sans l’Amiral Nelson qui, ayant deviné les intentions de Napoléon, surprit la flotte française, le 25 octobre 1805, en face du Cap Trafalgar et lui infligea une importante déroute laissant la flotte anglaise maîtresse de l’Atlantique, alors que précédemment la flotte de guerre espagnole dominait ces eaux.
Après le fracas de la tentative d’invasion de Grande-Bretagne, Napoléon décréta le « Blocus Continental » interdisant le commerce des produits britanniques sur le continent européen. Le Portugal, traditionnel allié de l’Angleterre, refusa de respecter le blocus et Napoléon décida son invasion. Pour arriver à ses fins, il lui était indispensable de transporter ses troupes terrestres à travers l’Espagne. Pour réussir cette invasion la France et l’Espagne signèrent, le 27 octobre 1807, en tant qu’alliés, le Traité de Fontainebleau qui stipulait l’invasion militaire conjointe franco-espagnole du Portugal et, de ce fait, permettre le passage des troupes françaises sur le territoire espagnol.
Bien sur ce traité avait des clauses intéressantes pour les signataires car, conforme au traité, une fois le Portugal envahi, celui-ci sera divisé en trois zones :
- La partie nord (Porto et l’Entre Minho et Douro) serait remise comme Règne Septentrional de Lusitanie au roi d’Etrurie, Charles Louis 1er de Bourbon, neveu de Ferdinand VII compensant ses territoires italiens livrés à Napoléon.
- La zone du centre (Beiras, Trás-os-Montes et Extremadure portugaise) serait réservée pour un éventuel échange, avec l’Angleterre, concernant Gibraltar et l’île de Trinidad se trouvant sous la juridiction britannique.
- La zone sud (Alentejo et Algarve) passerait à Godoy et sa famille comme Principauté des Algarves.
Quant aux colonies, leur division entre la France et l’Espagne, sera laissée en suspend pour un accord postérieur.
Les conséquences de Traité de Fontainebleau auront, par la suite, de dramatiques répercussions surtout pour l’Espagne, mais également pour la France, sans oublier le Portugal.

Ref :
HISTORIA DEL LEVANTAMIENTO,
GUERRA Y REVOLUCIÓN DE ESPAÑA (1807 – 1814)
(Tome 2)
José María Queipo de Llano, comte de Toreno
Edition de JM Martínez Valdueza

GUERRA DE LA INDEPENDENCIA
(Tome 2)
Miguel Augustín Principe
Imprenta del siglo
Madrid
1846



Retombées du Traité de Fontainebleau

1807: première invasion du Portugal.



Le 18 octobre 1807, neuf jours avant la signature du Traité de Fontainebleau, le 1er Corps d’Observation de la Gironde, commandé par le général de division Jean-Andoche Junot, traversait, déjà le fleuve Bidassoa et entrait en Espagne.
- Le premier Corps d’Observation de la Gironde, dénommé pour cette campagne, Armée du Portugal se composait de 26.533 hommes, soldats d’infanterie, cavaliers, artilleurs, ouvriers, trains et génie :

- La 1er Division d’Infanterie commandée par le général de division Henri-François Delaborde, se composait de la première et la deuxième Brigade d’Infanterie de ligne comptant 8.471 hommes.

À continuation, le reste de l’armée française destinée au Portugal, allait rejoindre Junot, suivant le même itinéraire que celui-ci avait emprunté auparavant, c’est-à-dire, par Burgos, Valladolid et Salamanque.

Ces renforts étaient composés de :

- La 2ème Division d’Infanterie légère, sous le commandement du général de Brigade Louis Henry Loison, avec 8.296 fantassins,
- La 3ème Division d’Infanterie avec 6.196 hommes sous les ordres du Général de division Jean-Pierre Travot,
- La Division de Cavalerie commandée par le général de division Françoise Estéphane de Kellerman comprenait 2.151 cavaliers de la première et deuxième Brigade de dragons.
- L’artillerie comprenant 38 pièces et 211 voitures d’artillerie et commandée par le général de brigade baron Albert-Louis-Valentin Taviel.

L’invasion du Portugal était définitivement en marche. Le 12 novembre, Junot et l’Armée du Portugal, quittaient Salamanque, devant se réunir avec les forces espagnoles du général Juan Carrafa, en principe, à Ciudad Rodrigo. Un changement de plans de dernière minute, ainsi qu’une situation climatique déplorable entraînèrent une suite de contretemps qui contrecarrèrent la rencontre des deux armées qui, finalement, eut lieu, le 17 novembre 1807, à Alcantara dans la province de Caceres.
Entre le 19 et le 20 novembre les deux armées passèrent la frontière et envahissaient le Portugal.

Ref :
Ordre de bataille de l’armée du Portugal
Article de Wikipédia

Un impreso desconocido de Federico Moretti
Biblioteca de Catalunya
Invasion de Portugal
Article de: Josep Mª Mangado i Artigas




Malgré le manque d’opposition des forces lusitaniennes, l’avance des troupes franco-espagnoles se vit ralentie par la carence en vivres et le mauvais temps, cependant, malgré ces contretemps, l’avant-garde de Junot arriva à Castello Branco le 20 novembre. Il entra à Abrantés le 24 novembre et, peine arrivé, Junot envoya les troupes espagnoles de Carrafa en direction d’Oporto. Le lendemain, Junot, pour obéir aux ordres de l’empereur, quittait Abrantés et à marche forcée, se dirigea vers Lisbonne. La fatigue, la pénurie de vivres, le froid et les pluies ininterrompues épuisèrent les troupes et furent meurtrières pour les hommes.

Alors que Junot continuait sa rapide marche vers la capitale portugaise, le 29 novembre, après deux jours d’attente d’un vent favorable, la douzaine de navires portugais, escortés par la Marine britannique, put, enfin, lever l’ancre et prendre la mer emportant vers le Brésil la famille royale, 10.000 courtisans et bureaucrates, des bagages replets d’archives, documents, bibliothèques complètes, collections d’art, et riches possessions de la famille Bragance, sans oublier, bien sur, une grande quantité d’or et d’argent.
Le lendemain, 30 novembre, Junot fit son entrée dans Lisbonne.

Pendant que se déroulaient tous ces évènements, d’autres contingents de troupes espagnoles se préparaient à envahir le Portugal :
- Le 2 décembre 1807, venant d’Andalousie, le général don Francisco Maria Solano, marquis de Socorro, après avoir divisé en quatre colonnes les troupes qu’il avait sous ses ordres, soit 9.500 fantassins, 150 cavaliers et 12 pièces d’artillerie, commença ses opérations militaires par l’occupation de Campo Maior avec la première colonne.

- Le 3 décembre, la seconde et troisième colonnes traversèrent la frontière s’acheminant vers Élvas et Estremoz, occupant l’Alentejo, partie de l’Estrémadure portugaise sise sur la rive gauche du Tage, et, suivant les ordres reçus, fixèrent leur quartier général à Setúbal avec la majeure partie des troupes. Dès son arrivé, Solano se déplaça à Lisbonne pour s’entretenir avec Soult.

- Le 10 décembre, ce fut par la Galice, que le général Francisco Taranco, à la tête de 6.500 soldats et 12 pièces d’artillerie, entra au Portugal pour entreprendre sa marche vers Oporto afin de se réunir aux troupes du général Carrafa qui y étaient cantonnées. Après avoir traversé le fleuve Minho en embarcations sans rencontrer de résistance, Taranco continua son avancée laissant, au passage, des garnisons dans les villes occupées, c’est-à-dire, Valença, Caminha, Viana et Barcelos.

- Le 13 décembre, malgré les intempéries hivernales, Taranco entrait dans la ville d’Oporto.

Ref :
HISTORIA Politica y Militar
De la Guerra de la Independencia
DE ESPAÑA
D. José Muñoz Maldonado
Tomo I
Madrid: Abril de 1833
Imprenta de D. José Palacios, calle del factor

Article:
Guerra de la Independencia en Extremadura
Par Le Commandant de Réserve d’Infanterie
D : Alvaro Meléndez Teodoro

HISTORIA DEL LEVANTAMIENTO,
GUERRA Y REVOLUCIÓN DE ESPAÑA (1807 – 1814)
(Tome 14)
José María Queipo de Llano, comte de Toreno
Edition de JM Martínez Valdueza






© Diana.





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