Les lieux: Sainte-Hélène 2009

Images et récit de BBea53




C'est avec une émotion grandissante que nous nous trouvions sur le pont avant du RMS Saint-Helena, en compagnie de quelques autres passagers, ce 6 mai vers 6h du matin. Seules quelques lumières, brillant dans l'obscurité encore épaisse à cette heure là, nous signalent la présence d'une terre droit devant nous.
L'aube se lève, le ciel s'éclaircit doucement et apparaît alors la silhouette encore incertaine de l'île, cette énorme et impressionnante masse grise qui va toujours grossissant progressivement à la vitesse du bateau.




Sainte-Hélène ! Nous y sommes enfin ! Après le train, l'avion, le bateau, après les péripéties inhérentes à tout voyage lointain, Sainte-Hélène se mérite, et pour tout passionné de l'histoire de notre Empereur apparaît comme l'ultime récompense. Tout émus que nous soyons, 194 ans après, nous sommes certes bien loin de pouvoir partager ou même seulement appréhender les sentiments que devait ressentir le grand homme en découvrant le lieu de son dernier séjour. Sainte-Hélène ne semble pas sinistre et désolée pour le voyageur qui débarque sous un beau ciel bleu et avec dans son sac de voyage son billet de retour par le bateau suivant.
Immuable Sainte-Hélène, la télévision et internet ont beau avoir débarqué sur l'île, cela n'est guère perceptible qu'aux quelques antennes paraboliques disséminées par-ci, par-là.




Jamestown n'a pas changé d'un iota mais on y sent une activité débordante et inhabituelle, les touristes se répandent dans la rue principale où toujours la même quantité de minuscules « boutiques » attendent le déchargement des containers pour remplir leurs rayons vides, la poste a affiché le panonceau avertissant les « Saints » de l'arrivée du bateau et qu'ils peuvent venir retirer leur courrier, les voitures se croisent, montent et redescendent l'unique rue à un rythme inusité.

Après s'être installés au Consulate Hotel, au charme désuet et confortable, nous partons, à pied, car la voiture louée ne sera là que demain, à l'assaut de la route qui serpente jusqu'aux Briars, ce n'est pas très loin mais sous le soleil de ce début d'après midi la côte est dure, mais à notre arrivée nous n'en comprenons que mieux pourquoi Napoléon apprécia tant le temps qu'il passa dans cette oasis de verdure et de fraîcheur. Le pavillon est fermé, nous n'avons pas prévenu l'office de tourisme et nous reviendrons demain pour le visiter, en attendant nous en faisons le tour, et là surprise... l'Empereur lui-même nous guette par l'une des fenêtres, l'effet est saisissant !




Petite promenade dans le jardin, « l'allée des philosophes », ainsi baptisée lorsque l'Empereur s'y promenait avec Las Cases en discutant, est toujours là mais ne ressemble plus beaucoup à ce qu'elle était alors. Las ! Nous changeons, les choses changent, mais elles perdurent et c'est l'essentiel. Fouler le sol de cette allée où l'Empereur lui-même passa et repassa tant de fois est un rare privilège qu'il faut savoir apprécier.




Le lendemain à la première heure : Longwood House. Là nous avions pris nos précautions et les guides prévenues nous accueillaient avec un groupe de touristes parlant anglais ; nous n'étions que quatre Français sur l'île. A cette période il en vient peu, environ 25 dans l'année. Les guides nous laissèrent donc, tacitement d'accord, déambuler presque à notre guise nous permettant ainsi une solitude, toute relative, propice au recueillement.
De toute façon, et sans fausse modestie, je crois pouvoir affirmer que nous n'avions pas besoin d'explications pour visiter les lieux, même pour une première visite. Tout passionné ayant lu les mémoires des compagnons de la captivité peut sans problème circuler dans les différentes pièces. Passé la salle de billard, difficile de contenir son émotion quand on se retrouve dans le salon devant le petit lit où l'Empereur rendit «Le souffle de vie le plus puissant qui jamais anima l'argile humaine» ( Chateaubriand ), de même dans cette minuscule chambre où il passa tant d'heures à méditer sur sa destinée ! Impossible de résister à l'envie, malgré l'interdiction, de caresser l'intérieur de la baignoire où l'on sait qu'il trouva un peu de réconfort à ses souffrances.
La visite se poursuit, chaque pièce évoque plus d'un souvenir puisé dans l'une ou l'autre de nos lectures, à chaque instant nous croyons le voir surgir dans l'encadrement d'une des portes; l'impression est très forte, presque oppressante.




L'atmosphère des jardins est très différente, nous entendons quelques remarques, « tout compte fait il n'était pas mal logé ici,... c'est charmant... » oui, peut-être aujourd’hui, sûrement pas quand ils arrivèrent sur un plateau aride, désolé, venteux, sans ombre, et dans des baraques infestées de rats ! Tiens d'ailleurs, une petite anecdote : les rats n'ont pas complètement disparu de Longwood, la preuve en photo : empoisonné à la mort aux rats sans aucun doute!!




Et puis ils arrivaient des Tuileries, de l'Elysée, de leur château ou hôtel particulier parisien...
Enfin les jardins ne furent jamais aussi luxuriants et magnifiques qu'ils le sont aujourd’hui, mais ainsi reconstitués à l'identique des plans conçus par l'Empereur, ils donnent une idée de ce qu'ils devaient être à cette époque. Petite halte sous le Chêne à l'ombre duquel L'empereur dicta une partie de ses mémoires.
Là encore il nous faut avouer que nous ne pûmes résister à la tentation de prélever, avec respect et précaution, quelques graines et boutures, ainsi que quelques menus débris de porcelaine provenant manifestement des pièces brisées par les domestiques et jetées dans les jardins.
Quel vrai napoléonien ne devient-il pas un peu fétichiste sur les lieux ?
En sortant de Longwood il suffit de traverser la route pour se retrouver au cottage des Bertrand. Là tout est différent, contrairement à Longwood qui est superbement entretenu, la maison est abandonnée depuis quelques temps déjà, et si les autorités ne prennent pas de rapides mesures de sauvegarde elle ne va pas tarder à tomber en ruine sous ce climat tropical. Quel dommage ! Quelle tristesse ! L'Empereur y venait fréquemment, c'est de ce perron qu'il regardait avec sa lunette les courses de chevaux organisés par les Anglais. C'est paradoxal mais « grâce » à cet abandon on ressent peut-être encore mieux la tristesse, le désespoir qui étreignait souvent les exilés.




A côté, une ferme, sur l'emplacement de Longwood New House, détruite dans les années 1950.
Cette fois nous avons pu visiter le pavillon des Briars, qui ne consiste qu'en une seule pièce elle aussi reconstituée à l'identique, sauf le sol un peu trop « moderne » à notre goût. Peut-être un peu moins d'émotion ici, ou plus exactement, une autre émotion, plus gaie. Il y fut presque heureux, se soumettant même avec joie aux facéties de la petite Besty, quelques semaines de répit après ces mois terribles et avant l'enfermement de Longwood !
Un seul des petits bassins ronds est encore visible dans les jardins, parfois l'Empereur s'asseyait sur la margelle.




L'après-midi, nous partons sur le site de la tombe. Là des changements par contre. Suite à de très fortes pluies, le terrain devenant quasiment marécageux, le consul M. Martineau, a fait effectuer des travaux qui ne permettent plus d'accéder directement en bas à la tombe ; nous la voyons donc d'en haut. Ces nouvelles dispositions préservent le site et donnent peut-être aussi plus de solennité au lieu, restituant un peu de distance entre le visiteur et l'Empereur. Un petit bémol cependant, je suis un peu déçue car nous sommes sur les lieux le 7 mai, soit deux jours après l'anniversaire de la mort de l'Empereur, pas une fleur ne semble avoir été déposée pour commémorer cette date ! Je regrette de ne pas y avoir pensé auparavant, même un petit bouquet anonyme ne m'aurait pas semblé superflu.




Nous retrouvons le « vrai » chemin, aujourd'hui abandonné, emprunté par le cercueil lors de l'inhumation. L'imagination travaille…




Nous décidons le lendemain de nous rendre au cimetière Saint-Paul afin de rechercher, et de retrouver la fameuse tombe disparue de Cipriani ! Disparue... Il suffit de visiter ce cimetière pour comprendre à quel point ce terme est inapproprié. L'église fut détruite, puis reconstruite plus grande, ce qui déjà entraîna bien sûr la suppression des tombes situées au plus près de l'ancien bâtiment. De plus le terrain est accidenté et les tombes anciennes souvent plus qu'à moitié démolies, les inscriptions sur la pierre plus ou moins tendre et sous ce climat, très humide à cet endroit, sont très souvent partiellement ou totalement effacées, même sur des tombes apparemment beaucoup plus récentes. Nous ne déchiffrons, difficilement, que quelques tombes de cette époque ou pourtant les décès étaient nombreux, suite aux conditions climatiques, aux maladies qu'elles provoquaient et au peu d'efficacité de la médecine. Nous cherchons longtemps, nous repartons découragés mais persuadés désormais que cette tombe est là et tout simplement introuvable. L'Évêque, paraît-il, possède un plan du cimetière. Malheureusement il n'est pas là.




Sainte-Hélène ne se résume pas aux sites napoléoniens. Le lendemain, petite escapade à Sandy Bay. L'accès est difficile mais heureusement le conducteur émérite! L’endroit est d'une beauté exceptionnelle, il y reste comme un peu partout dans l'île de forts vestiges de fortifications et quelques canons. Petite baignade mais manifestement l'endroit est dangereux, le courant très fort provoque des rouleaux puissants. Je n'insiste pas trop, d'ailleurs nous apprenons par la suite que la baignade y est interdite, mais pour une fois je n'ai rien transgressé car aucun panneau ne l'indiquait.




Après avoir visité les Domaines français de Sainte-Hélène nous décidons de voir le plus possible de lieux où s'est rendu Napoléon pendant l'exil. Nous allons donc à Teutonic Hall (Orange Gave) qui était la résidence de Ms Mason à qui l'Empereur rendit plusieurs fois visite. Désolation, ce ne sont plus que ruines. Reste la vue sur Longwood entre autres, magnifique !




Mount Plaisant, résidence de M. Doveton, est heureusement toujours habitée et préservée. Il y fit sa dernière promenade le 4 octobre 1820, et y déjeuna sur la pelouse devant la maison, sous les arbres, comme nous l'indique un jeune garçon. Derrière la maison nous admirons d'une terrasse la vue sur Sandy bay que put aussi voir l'Empereur.




Après quelques errements nous réussissons à trouver Maldivia House, à l'extrémité de Jamestown, où Napoléon se rendit et fut également reçu par le propriétaire pendant qu'il résidait aux Briars. Fort aimablement, la propriétaire actuelle nous laisse faire quelques photos de sa maison qui semble encore identique à ce qu'elle devait être en 1815.




Nous montons à l'assaut de High Knoll Fort, mais pas par les 699 marches de l'échelle de Jacob, je crains bien trop le vertige ! La route qui y conduit, comme toutes celles de l'île d'ailleurs, n'est pas facile, le petit fort initial n'est plus accessible car il est englobé dans les fortifications beaucoup plus importantes postérieures à 1821 et des éboulements en interdisent l'accès.




Moment fort de notre séjour, nous nous rendons aux archives de l'île et demandons à voir l'acte de décès de l'Empereur, ainsi que celui de Cipriani, nous photographions bien sûr ces documents sous tous les angles !




Nous retournons au cimetière Saint-Paul pour faire quelques photos en allant à Plantation House, située tout à côté.
L'épouse du gouverneur nous reçoit très aimablement, s'excusant de ne pas parler français, et nous fait elle-même visiter sa demeure. Il ne reste plus grand chose du décor d'époque, chaque gouverneur ayant laissé sa marque, sauf, sans doute, le lustre de la salle à manger, provenant de Longwood House et modifié. C'est ici que les compagnons vinrent dîner après la mort de l'Empereur, lui-même ayant demandé à Bertrand de faire la paix avec H.Lowe après son décès. La table est mise aujourd'hui aussi, le gouverneur et son épouse reçoivent ce soir. Curieuse et émouvante coïncidence.




Petite visite obligée dans le parc à Jonathan, la tortue géante qui aime manifestement se faire caresser et qui bien que très âgée (environ 169 ans) n'a pas connu sir Hudson Lowe.




Sainte-Hélène terre de contrastes s'il en fut ! Nous allons à pied à King and Queen rocks où il y a les vestiges d'un des innombrables postes d'observation crées par H.Lowe. Arrivés après la nouvelle forêt de Gommiers, replantés depuis quelques années dans l'île afin d'y restituer sa flore d'origine, nous laissons la voiture et partons pour une randonnée de plusieurs heures sous un soleil écrasant. Nous devons traverser Prosperous Bay Plain, c'est hallucinant ! Les paysages les plus divers se succèdent, nous traversons un petit ruisseau, à l'extrémité de la vallée de la Nymphe, à l'endroit même où Gourgaud et Napoléon faillirent s'embourber, ensuite nous traversons une plaine "mongole", avant d'arriver dans le cratère d'un ancien volcan et d'en escalader la pente qui nous emmène enfin aux fortifications. Là aussi le point de vue sur l'océan est époustouflant ! De retour nous acceptons avec soulagement l'offre d'un habitant qui nous conduit sur un bon tiers du parcours restant !





Nous montons le lendemain au Pic de Diane, point culminant de l'île. Là la vision de l'île est à 360 degrés. C'est impressionnant tout comme la végétation tellement tropicale et luxuriante, avec ses fougères géantes !
Rester 8 jours sur l'île avec une voiture nous a permis de la visiter en tous sens, de retourner à Longwood une seconde et même une troisième fois, ainsi qu'à la tombe, où décidément la nouvelle végétation faite de bananiers et de plantes tropicales ne me plaît pas vraiment car trop différente de ce qu'elle était en 1821 ou même en 1840, je pense qu'il aurait été assez simple d 'essayer de restituer plus fidèlement le lieu, mais néanmoins l'émotion est toujours intacte.




Pour la beauté voici l'îlot Saint-George




A Jamestown la falaise de gauche est complètement emprisonnée dans un filet à double maillage. Le quai d'embarquement est dominé par cette falaise imposante, et à plusieurs reprises, des éboulements ont détruit des bâtiments administratifs (douane, etc ...)
C'est une entreprise française qui a eu le marché du chantier, et qui a "emprisonné" la colline complètement ainsi que d'autres parties à risques !




Mais voilà, le bateau est revenu, l'heure du départ a sonné, dernière promenade dans Jamestown en attendant l'embarquement, le ciel est à l'unisson il pleut un peu alors que nous avons eu un temps idéal pendant tout notre séjour, petite visite au musée local, thé d'adieu au Consulate. D'adieu ? Non je ne pense pas car nous avons déjà en tête le projet de revenir, qui sait en 2015 ?




© bbea53 et d'Hautpoul, juin 2009.



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