Les lieux: le monument de la paix à Austerlitz


"Je connais un cimetière..."




Dans son journal Aloïs Slovák (1859 – 1930), professeur de lycée et prêtre à Brno, avait noté, vers la fin du XIXème siècle, cette étrange description :

« Je connais un cimetière à la longueur de quatre heures de route et à la largeur de deux. Un cimetière immense où reposent des milliers de défunts. Personne ne décore leurs tombes ni n’allume les bougies, personne n’y vient pour prier… Ce sont les tombes oubliées, celles des morts tombés sur le champ de bataille de Prace ! »

Avec ces simples paroles, et, soutenu par des amis, naquit l’idée de créer et édifier un monument qui rendrait hommage à toutes les victimes de la bataille d’Austerlitz et qui deviendrait le lieu de leur repos éternel.

Le Comité, fondé en 1899 choisit comme lieu, le plus évident pour cet ossuaire, la colline de Prace qui joua un rôle clé dans la bataille d’Austerlitz. Malgré tous ses efforts et l’énergie déployés, le point le plus ardu fut de rassembler des fonds en persuadant, non seulement les amis et le public, mais surtout les différents gouvernements autrichien, français et russe de participer financièrement à la réalisation de ce projet.
En 1901, on put enregistrer les premiers succès qui ne furent, cependant, que partiels :
- Le Ministère de la Guerre russe envoya 13.150 roubles (50.000 couronnes de l’époque), soit la moitié de la somme,
- Le gouvernement autrichien et l’archiduc Frédéric offrirent 2.500 couronnes,
- La France une subvention de 12.222 francs soit environ 11.000 couronnes,
- La ville de Paris alloua 1.000 (900 couronnes de l’époque)
- 30.000 couronnes, soit un tiers de la somme nécessaire furent obtenues par plusieurs collectes publiques, le reste fut obtenu par la vente de cartes postales représentant l’esquisse du monument.

Cependant, malgré les problèmes financiers plus ou moins résolus, d’autres vicissitudes vont apparaître. L’hésitation entre un édifice purement religieux ou un digne mémorial profane sera une des situations à résoudre, sans oublier une autre facette sujette à controverses, le choix du style pour réaliser ce monument.
Nous voici déjà en 1901, Otto Wagner, fameux architecte viennois, refuse poliment de réaliser ce travail et ce ne sera qu’en 1906 qu’un des six projets présentés, en pur style Art Nouveau, par Josef Fanta (1856 – 1954), professeur à l’Université technique de Prague, sera accepté.
Le Comité n’est pas encore au bout de ses peines, il faut que l’idée prenne vraiment corps et que le mémorial soit terminé et, enfin, ouvert au public. Il faudra encore patienter plus de 20 ans.

Les travaux ne commencèrent qu’en 1910, et ce ne sera que deux ans plus tard que l’entreprise Otokar Nekvasil terminera le gros œuvre. Les statues dans la voûte d’entrée de la chapelle furent posées et on prévoyait de consacrer la chapelle en août 1914.
La Première Guerre Mondiale éclata et l’inauguration sera retardée jusqu’en 1923 et, après des travaux de réparations, finalement, le mémorial sera ouvert au public, mais la chapelle ne sera jamais consacrée.
La Deuxième Guerre Mondiale laissera de profondes cicatrices au mémorial et la restauration de ces destructions est toujours entre les mains des spécialistes.




Statues allégoriques représentant la douleur et le chagrin: la mère pleure son fils mort et l'épouse, l'amante ou la fiancée tient à la main une couronne de lauriers, don aux héros, et un rameau de tilleul, symbole du souvenir éternel.
Sur la façade quatre plaques dont trois d'entre-elles portent le même texte, en tchèque, français et allemand commémorant tous les soldats tombés au champ d'honneur, tandis que le texte russe rappelle uniquement ses propres victimes, détail demandé par le gouvernement de Russie lors de l'apport de sa contribution financière pour la construction du mémorial.




Aux quatre coins de la pyramide, 3 statues de hérauts tenant les boucliers de la France, de l'Autriche et de la Russie, pays qui se rencontrèrent à Austerlitz et le quatrième porte le bouclier de la Moravie, pays où eut lieu la bataille et qui en souffrit les conséquences.




Monument aux officiers hongrois morts à Austerlitz



Panorama du champ de bataille




© Diana.







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