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Proclamation de Hudson Lowe - juin 1816.


Document extrait de: NAPOLÉON 1er, prisonnier de Sainte-Hélène d'après les mémoires de Santini par J.Chautard 1854


Proclamation du lieutenant-général sir Hudson-Lowe, gouverneur et commandant en chef, pour l’honorable compagnie des Indes orientales, de l’île Sainte-Hélène, et commandant des forces de S.M. dans ladite île.

En vertu des pouvoirs et de l’autorité qui m’ont été donnés par l’ordre et au nom de S.M. le cinquante-sixième, lesquels m’autorisent à retenir à retenir Napoléon Buonaparte et à le traiter en prisonnier de guerre, en me conformant aux ordres particuliers qui me seraient transmis, de temps en temps, de la main d’un des premiers secrétaires d’État de S.M. pour prévenir l’évasion du susdit Napoléon Bonaparte : tous les biens-aimés sujets de Sa Majesté, ses officiers de terre et de mer, sont requis de prêter main-forte et assistance. Il est fait savoir publiquement que le gouverneur britannique a arrêté, dans la présente session, que le susdit Napoléon Bonaparte serait détenu, et que quiconque aiderait sa fuite subirait la peine capitale. Le gouverneur a également reçu pleins pouvoirs pour régler les rapports journaliers des vaisseaux avec l’île, pendant le temps que Napoléon Bonaparte serait retenu prisonnier.

En conséquence, il est fait connaître publiquement que les différents ordres promulgués jusqu’à présent dans l’île, pour ce qui a rapport à la sûreté du susdit Napoléon Bonaparte, et pour ce qui est d’empêcher toute correspondance ou communications avec lui, ses généraux ou ses domestiques continueront à rester en vigueur.
Il est fait savoir encore qu’après cette proclamation, quiconque enfreindrait les ordres établis pour sa sûreté, « ou entretiendrait une correspondance quelconque avec lui, ses généraux ou ses domestiques », placés, d’après leur propre vœu, dans la même catégorie, ou qui en recevraient leur remettraient des lettres ou paquets, « sans l’autorisation expresse du gouverneur, ou de l’officier commandant alors dans l’île, et tenant la plume en sa place » ; quiconque aura commis l’un des actes ci-dessus « sera considéré comme ayant agi contre les ordres et les intentions expresses des susdit actes du parlement, et sera poursuivi en conséquence. Si, par suite de quelconque infraction aux règles établies pour sa sûreté, ou d’après quelque correspondance entretenue avec lui ou les gens de sa maison, le susdit Napoléon Bonaparte venait à s’évader, ces personnes seraient considérées comme ayant facilité sa fuite, et jugées selon toute la rigueur des lois ».

Il est déclaré en outre que, quiconque aurait connaissance des projets ou menées ayant pour but de faciliter son évasion, et n’en donnerait pas immédiatement connaissance au gouverneur, ou à l’officier commandant à sa place, ou ne ferait pas tous les efforts pour le prévenir, serait considéré comme y ayant pris part, et jugé comme tel.

Tout individu qui recevrait des lettres de Napoléon Bonaparte ou des personnes de sa maison, et qui ne les remettrait pas immédiatement au gouverneur ou à l’officier commandant en sa place, ou qui procurerait au susdit Napoléon Bonaparte, à ses officiers ou domestiques, de l’argent ou tout autre moyen d’évasion, sera considéré comme l’ayant aidé, et jugé comme tel.

Toutes les lettres ou communications pour Napoléon Bonaparte ou sa suite, ou venant de quelqu’un d’eux, soit cachetées ou ouvertes, devront être remises au gouverneur sans perdre de temps, et dans le même état qu’elles auront été reçues.

L’objet de la présente proclamation n’est pas d’autoriser aucune rigueur inutile, mais de donner plus de force à l’exécution des règles jusqu’alors établies, et de prévenir les funestes résultats que pourraient amener l’ignorance et l’imprudence aussi bien que la volonté. Toutes les personnes que leur devoir appelle près du lieu habité par Napoléon et les gens de sa suite, ou qui auraient quelques relations d’affaires avec eux, sont donc prévenues qu’elles recevront des permissions régulières du gouverneur de l’île, et signées. L’acte du parlement ne saurait autoriser aucun traitement violent ou aucune conduite inconvenante envers Napoléon ou les gens de sa maison, tant qu’ils observeront les défenses que leur ont imposées les lois et les instructions du gouvernement de Sa Majesté.

Donné à James-Town, dans l’île Sainte-Hélène, le 28 juin 1816.


Merci à Diana


Bathurst et le budget de Longwood - Les suites, en 1817


Lord Bathurst s’attache à comprimer les dépenses annuelles de Longwood, à les réduire de vingt mille à huit mille livres sterling. Tout d’abord trois des serviteurs attachés à l’habitation : Archambaud, Rousseau et Santini « exclus de Sainte-Hélène » sont renvoyés au Cap, embarqués sur « l’Orontés » qui les dépose à Portsmouth.
L’un des héros obscurs de l’Épopée, Giovanni Natale Santini, ancien voltigeur du 11e léger, est corse, aveuglément devoué à l’empereur. Du golfe Juan à Paris, il accompagna le vol de l’aigle avant d’être du voyage à Rochefort. L’âme fanatique d’un séide habite son corps trapu à la taille courte et musculeuse. Haïssant Lowe d’une haine recuite, il a voulu s’embusquer , le guetter à l’affût, l’abattre d’une balle infaillible. Napoléon a dû le raisonner.
Aussitôt débarqué, il s’abouche avec le colonel Robert Wilson qui aida l’évasion de Lavalette. Celui-ci le met en rapport avec lord Holland, l’un des chefs du parti « whig » à la Chambre Haute. Le résultat de leurs palabres est la publication d’une brochure, qui bouleverse l’opinion britannique. :

L’appel à la nation anglaise sur le traitement éprouvé par Napoléon Buonaparte dans l’île de Sainte-Hélène,
(17) En français et en anglais. Sept tirages furent épuisés en dix jours.

L’Appel a paru le 18 mars 1817. Le jour même, lord Holland interpelle Bathurst « en vue de préserver le caractère du Parlement et du Pays de la tache qu’il encourait si Napoléon Buonaparte était traité d’une manière rigoureuse et sans générosité ».
La réponse du ministre des Colonies a semblé faible, équivoque, « unfair ». L’intervention du marquis de Buckingham le sauve à grand’peine. Victorieux aux Lords, Bathurst reste en mauvaise posture devant le public pour la première fois saisi des plaintes impériales, de leur cri d’outre-tombe.
La motion Holland soulève un bruit énorme. Si tapageur et scandaleux, que son retentissement parvient jusqu’à Rome.

Madame saute sur sa plume : …

Rome, 1er mai 1817.

« Mylord,

« La mère de Napoléon ne saurait mieux témoigner sa reconnaissance pour l’intérêt que vous prenez à mon fils qu’en vous exprimant la surprise qu’elle a éprouvée, en lisant, dans la réponse de lord Bathurst, que personne de sa famille n’a fait parvenir au ministre britannique des lettres pour Sainte-Hélène. Une telle effronterie prouve l’impression qu’a dû faire votre motion et le bien que l’Empereur pourra en ressentir.

« J’ai écrit à mon fils plusieurs fois par le commerce, et entre autres par le canal du banquier Torlonia, qui m’assura de la remise de mes lettres dans les bureaux, plusieurs fois par des seigneurs anglais, qui gracieusement, s’engageaient à les remettre dans les mains des ministres. Mais je ne me souviens que du nom de l’un d’entre eux, lord Lucan, qui promit à mon frère et à moi que mes lettres seraient remises en propres mains à lord Castlereagh par sa fille aînée, à laquelle il les enverrait à son arrivée à Paris. Et depuis la nouvelle année, j’ai remis d’autres lettres au général Mathew.

« Craignant en outre qu’il ne fût pas permis à l’Empereur d’écrire, j’adressai des lettres à Madame la comtesse Bertrand, mais toutes sont restées sans réponse.

Cependant la Providence qui veille à dévoiler le mensonge a permis qu’une dame qui se trouvait à Rome, en février dernier, appartenant, dit-on, à un sous-secrétaire d’État, et, si je ne me trompe, du nom de Hamilton, dit au capitaine de frégate Tower qu’elle avait lu mes lettres à mon fils, qu’on lui avait apportées à sa campagne en Angleterre. D’après l’usage que les ministres en faisaient et la presque certitude que l’Empereur n’avait jamais reçu de mes lettres, je me serais décidée à ne pas donner trop souvent des sujets d’amusement aux ministres, si une mère avait pu renoncer à l’espérance de s’entretenir avec son fils malheureux. La réponse de lord Bathurst à votre motion me décide de chercher tous les moyens possibles pour lui faire parvenir de mes nouvelles.

« Permettez donc que je vous supplie d’envoyer la lettre ci-jointe dans les bureaux de lord Bathurst : aura-t-elle un meilleur sort que les autres ? à moins qu’on ne veuille assujétir une mère à écrire à son fils avec une dureté irréfléchie ? Eh ! que mon fils me croie plutôt morte, mais qu’il ne doute jamais de ma tendresse, de la part que je prends à sa position et de l’espérance de le revoir.

« Cependant, pour ôter toute excuse, j’adresse deux lettres, afin que le ministre choisisse celle qu’il voudra envoyer, dans le cas où vous ne croiriez pas devoir les lui faire parvenir toutes les deux.

« Mylord, votre grand caractère me dispense de vous exprimer les sentiments de mon éternelle reconnaissance, mais je ne puis vous taire que les seuls jours heureux que j’ai passés depuis la captivité de mon fils, sont ceux qui naissent avec l’espérance que je place dans le pouvoir de vos vertus.

« Que lady Holland veuille bien trouver ici l’assurance de sentiments dignes de son cœur ; qu’elle ne cesse de prendre intérêt à mon fils.

« Madame »


MADAME MÈRE A.Augustin-Thierry - Éditions Albin Michel - juin1939



Merci à Diana




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