Chronologie: Waterloo, le 18 juin.

Waterloo



DIMANCHE 18 JUIN 1815
11h35 – 21h00



A moi, chasseurs !
Sauvons l'aigle ou mourons autour d'elle

(Général de brigade Pelet-Clozeau, colonel du 2ème chasseur de la Garde Impériale)




2 décembre 1805 – 18 juin 1815


A Waterloo, le soleil d'Austerlitz
Se coucha sur la route de Sainte-Hélène





WATERLOO ! WATERLOO ! MORNE PLAINE …

Waterloo ! Waterloo ! Morne plaine !
Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,
Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,
La pâle mort mêlait les sombres bataillons.
D'un côté c'est l'Europe, et de l'autre la France !
Choc sanglant ! Des héros Dieu trompait l'espérance
Tu désertais, victoire, et le sort était las.
O, Waterloo ! Je pleure, et je m'arrête, hélas !
Car ces derniers soldats de la dernière guerre
Furent grands; ils avaient vaincu toute la terre.
Chassés vingt rois, passé les Alpes et le Rhin,
Et leur âme chantait dans les clairons d'airain !
Le soir tombait; la lutte était ardente et noire.
Il avait l'offensive et presque la victoire;
Il tenait Wellington acculé sur un bois.
Sa lunette à la main, il observait parfois
Le centre du combat, point obscur où tressaille
La mêlée, effroyable et vivante broussaille,
Et parfois l'horizon, sombre comme la mer.

Soudain, joyeux, il dit: Grouchy ! - C'était Blücher !
L'espoir changea de camp, le combat changea d'âme.
La mêlée en hurlant grandit comme une flamme.
La batterie anglaise écrasa nos carrés.
La plaine où frissonnaient les drapeaux déchirés,
Ne fut plus, dans les cris des mourants qu'on égorge,
Qu'un gouffre flamboyant rouge comme une forge;
Gouffre où les régiments, comme des pans de murs,
Tombaient, où se couchaient comme des épis mûrs,
Les hauts tambours-majors aux panaches énormes,
Où l'on entrevoyait des blessures difformes !
Carnage affreux ! Moment fatal ! L'homme inquiet
Sentit que la bataille entre ses mains pliait.
Derrière un mamelon, la garde était massée,
La garde, espoir suprême et suprême pensée !
-Allons, faites donner la garde, cria-t-il ! –
Et lanciers, grenadiers aux guêtres de coutil,

Dragons que Rome eût pris pour des légionnaires,
Cuirassiers, canonniers qui traînaient des tonnerres,
Portant le noir colback ou le casque poli,
Tous, ceux de Friedland et ceux de Rivoli,
Comprenant qu'ils allaient mourir dans cette fête,
Saluèrent leur Dieu debout dans la tempête,
Leur bouche, d'un seul cri, dit : "Vive l'Empereur !"
Puis, à pas lents, musique en tête, sans fureur,
Tranquille, souriant à la mitraille anglaise,
La garde impériale entra dans la fournaise.
Hélas ! Napoléon, sur sa garde penché,
Regardait et, sitôt qu'ils avaient débouché
Sous les sombres canons crachant des jets de soufre,
Voyait, l'un après l'autre, dans cet horrible gouffre,
Fondre ces régiments de granit et d'acier,
Comme fond une cire au souffle d'un brasier.
Ils allaient, l'arme au bras, fronts hauts, graves, stoïques
Pas un ne recula. Dormez, morts héroïques !
Le reste de l'armée hésitait sur leurs corps
Et regardait mourir la garde. - C'est alors
Qu'élevant tout à coup sa voix désespérée,
La Déroute géante à la face effarée,
Qui, pâle, épouvantant les plus fiers bataillons,
Changeant subitement les drapeaux en haillons,
A de certains moments, spectre fait de fumées,
Se lève grandissant au milieu des armées,
La Déroute apparut au soldat qui s'émeut,

Et, se tordant les bras, cria : Sauve qui peut !
Sauve qui peut ! Affront ! Horreur ! Toutes les bouches
Criaient ; à travers champs, fous, éperdus, farouches,
Comme si quelque souffle avait passé sur eux,
Parmi les lourds caissons et les fourgons poudreux,
Roulant dans les fossés, se cachant dans les seigles,
Jetant shakos, manteaux, fusils, jetant les aigles,
Sous les sabres prussiens, ces vétérans, ô deuil!
Tremblaient, hurlaient, pleuraient, couraient. - En un clin d'œil
Comme s'envole au vent une paille enflammée,
S'évanouit ce bruit qui fut la grande armée,

Et cette plaine, hélas! Où l'on rêve aujourd'hui,
Vit fuir ceux devant qui l'univers avait fui !
Quarante ans sont passés, et ce coin de la terre,
Waterloo, ce plateau funèbre et solitaire,
Ce champ sinistre où Dieu mêla tant de néants,
Tremble encor d'avoir vu la fuite des géants!
Napoléon les vit s'écouler comme un fleuve ;
Hommes, chevaux, tambours, drapeaux; - et dans l'épreuve
Sentant confusément revenir son remords,
Levant les mains au ciel, il dit : - Mes soldats morts,
Moi vaincu! Mon empire est brisé comme verre.
Est-ce le châtiment cette fois, Dieu sévère ?
Alors parmi les cris, les rumeurs, le canon,
Il entendit la voix qui lui répondait : non !

Victor Hugo
Les châtiments





RELATION DE LA BATAILLE DE WATERLOO


In "Victoires conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français – 1792-1815"


Napoléon avait donné, pendant la nuit, les ordres nécessaires pour la bataille du lendemain, bien qu'il doutât encore qu'elle pût avoir lieu. Il pensait que le duc de Wellington et le feld-maréchal Blücher profitaient alors de cette même nuit pour traverser la forêt de Soignes, et se réunir devant Bruxelles ; et il ne se dissimulait point dans cette hypothèse, que la position de I'armée française deviendrait délicate ; que les deux armées ennemies se renforceraient de toutes les troupes qu'elles avaient sur leurs derrières ; qu'il y aurait plus que de la témérité à faire franchir la forêt de Soignes à son armée, pour combattre au débouché des forces plus que doubles, formées et en position ; et cependant, sous peu de semaines, les armées russe, autrichienne, bavaroise, etc. allaient passer le Rhin et se porter sur la Marne ! Le corps d'armée qui leur était opposé en Alsace, ne s'élevait pas à vingt mille hommes ! …

Préoccupé de ces grandes pensées ; Napoléon après s'être entretenu avec ses principaux officiers et leur avoir donné ses instructions, sortit à pied de la ferme du Caillou, à une heure du matin accompagné seulement du général Bertrand, son grand maréchal. Il parcourut la ligne des grands gardes, et vit la forêt de Soignes bordée des feux de bivouacs de l'ennemi. Il put juger par l'étendue de ces feux de la force qu'il avait devant lui. Un profond silence régnait sur les deux lignes ; de part et d'autre, les troupes prenaient un repos que les fatigues des jours précédents avait rendu bien nécessaire. Vers le matin, les rapports des reconnaissances, et deux déserteurs belges confirmèrent qu'aucun mouvement rétrograde n'avait eu lieu dans l'armée ennemie.



Le jour allait paraître, lorsque Napoléon rentra à son quartier général en éprouvant quelque satisfaction de ce que le général en chef anglais était disposé à accepter le combat sur un terrain défavorable, puisqu'il avait derrière lui les défilés de la forêt de Soignes, ce qui rendait la retraite de l'armée anglo-hollandaise presque impossible en cas d'échec ; mais sous un autre rapport, le chef de l'armée française craignait que le mauvais temps ne l'empêchât de profiter de cette détermination de son adversaire.

L'armée ennemie était en bataille sur la chaussée de Charleroi à Bruxelles, en avant de la forêt de Soignes, occupant une ligne de hauteurs, à partir d'un plateau dominant le château de Hougoumont, jusqu'au penchant d'un autre plateau qui couronne les fermes de la Haye et de Papelotte. La droite, composée des première et deuxième divisions anglaises et de la division de Brunswick, s'appuyait à un ravin au-delà de la route de Nivelles ; elle occupait en avant de son front le château de Hougoumont par un détachement ; le centre, composé de la troisième division anglaise et des première et deuxième divisions belges, était en avant du hameau de Mont Saint-Jean ; la gauche de ce centre était appuyée à la chaussée de Charleroi et occupait la ferme de la Haye-Sainte par un détachement. L'aile gauche, composée des cinquième et sixième divisions anglaises et de la troisième division belge, avait sa droite appuyée à la chaussée de Charleroi, sa gauche, en arrière du hameau de la Haye, ayant un détachement entre ce hameau et celui de Smohain, et autre en avant et en arrière de la ferme de Papelotte. Un profond ravin qui, de ce côté, descend vers Ohain, protégeait cette aile gauche. La réserve était à Mont Saint-Jean, intersection des chaussées de Charleroi et de Nivelles à Bruxelles : la cavalerie rangée sur trois lignes, garnissait les derrières de la ligne de bataille de l'armée; dont l'étendue était de deux mille toises environ. Deux petits corps ou détachements, sous les ordres du général Colville et du prince Frédéric des Pays-Bas, étaient postés, le premier près de Tubise, le second à Clabbeck et Braîne-le-Château pour défendre les approches par la route de Mons. Une brigade de cavalerie anglaise occupait en flanqueurs tous les débouchés, depuis le village d'Ohain jusqu'à l'extrême gauche de la ligne. La force totale de l'armée anglo-hollandaise était, ainsi que nous l'avons déjà dit, de plus de quatre-vingt mille hommes dont quinze à dix-huit mille environ de cavalerie.



A huit heures et demie, des officiers d'artillerie, qui avaient parcouru la plaine, annoncèrent au quartier général français que l'artillerie pouvait manoeuvrer, quoique avec quelques difficultés, qui, dans une heure, seraient diminuées. Aussitôt Napoléon monta à cheval, se porta vers la ferme de la Haye-Sainte, reconnut la ligne ennemie et chargea le général du génie Haxo de s'en approcher davantage pour s'assurer s'il avait été levé quelques redoutes ou retranchements. Ce général revint promptement rendre compte qu'il n'avait aperçu aucune trace de fortification Napoléon, après avoir réfléchi quelques instants, dicta l'ordre de bataille que ses aides de camp portèrent aux divers corps d'armée qui étaient sous les armes.

Conformément aux ordres reçus, les troupes se mirent en mouvement sur onze colonnes, destinées, quatre à former la première ligne, quatre la seconde ligne, trois la troisième.

Les quatre colonnes de la première ligne étaient celle de gauche; formée par la cavalerie du deuxième corps (division légère du général Piré) ; la deuxième, par les trois divisions d'infanterie du deuxième corps, sous les ordres des généraux Jérôme Bonaparte, Bachelu et Foy ; la troisième, par les quatre divisions d'infanterie du premier corps, commandées par les généraux N N. Marcognet et Durutte ; la quatrième, par la cavalerie du premier corps (division légère du général Jacquinot).

Les quatre colonnes de la seconde ligne étaient : celle de gauche, formée par les deux divisions du corps de cavalerie du comte de Valmy, commandée par les généraux Lhéritier et Roussel d'Hurbal ; la deuxième, par les deux divisions d'infanterie du sixième corps que commandaient les généraux Simmer et Jeannin ; la troisième, par les deux divisions de cavalerie légère dès généraux Domont et Subervie (la première, attachée au sixième corps, la deuxième, détachée du corps de Pajol) ; la quatrième, par le corps de cuirassiers du général Milhaud formée des deux divisions des généraux Delort et Wathier-Saint-Alphonse.

Les trois colonnes de la troisième ligne étaient : celle de gauche, formée par la division de grenadiers à cheval et de dragons de la garde, commandée par le général Guyot ; la seconde, par les trois divisions de la vieille, moyenne et jeune garde, sous les ordres des généraux Friant, Morand et Duhesme ; la troisième, par la division des chasseurs et lanciers de la garde, commandée par le général Lefebvre-Desnouettes.

L'artillerie marchait sur les flancs des colonnes ; les parcs et les ambulances à la queue.

A neuf heures et demie, les têtes des quatre colonnes de la première ligne arrivèrent sur le terrain où elles devaient se déployer. En même temps, les sept autres colonnes couronnèrent les hauteurs plus on moins éloignées en arrière de la ligne ; les troupes ennemies étaient placées de manière à contempler ce spectacle véritablement imposant ; les trompettes et les tambours se faisaient entendre dans toute la profondeur du terrain, la musique des divers régiments jouait ces airs patriotiques qui avaient tant de fois conduit les Français à la victoire, l'espérance du succès était dans tous les coeurs ; l'ardeur la plus .belliqueuse brillait sur tous les visages.

Les onze colonnes se déployèrent avec une précision et un ordre admirable ; la cavalerie légère du deuxième corps, sur trois lignes, à cheval sur la chaussée de Nivelles à Bruxelles, à peu près à la hauteur du parc de Hougoumont, éclairant par la gauche toute la plaine, et ayant des grand gardes sur Braîne-la-Leud ; sa batterie d'artillerie légère sur la chaussée de Nivelles. Les trois divisions d'infanterie du même corps occupèrent l'espace compris entre la chaussée de Nivelles et celle de Charleroi (c'était une étendue de neuf cents a mille toises) ; la division Jérôme Bonaparte, tenant la gauche près la chaussé de Nivelles et le bois de Hougoumont ; la division Bachelu, la droite qui arrivait à la chaussée de Charleroi, près la ferme de la Belle Alliance ; chaque division était sur deux lignes, la deuxième à trente toises de la première, ayant son artillerie sur le front, et ses parcs en arrière, près la chaussée de Nivelles. La troisième colonne, formée par le premier corps, appuya sa gauche à la Belle-Alliance, sur la droite de la chaussée de Charleroi, et sa droite vis-à-vis les fermes de Papelotte et de la Haye où était la gauche de l'ennemi. Chaque division également sur deux lignes ; l'artillerie dans les intervalles des brigades. La cavalerie de ce corps d'armée qui formait la quatrième colonne se déploya à la droite des divisions d'infanterie, sur trois lignes, observant la Haye, le hameau de Smohain, le château de Frichermont, et jetant des postes sur Ohain pour observer les flanqueurs de l'ennemi ; son artillerie légère était sur sa droite.



La première ligne était à peine formée, que les têtes des quatre colonnes de la seconde ligne arrivèrent au point où elles devaient se déployer. Les deux divisions de grosse cavalerie du comte de Valmy s'établirent sur deux lignes, à trente toises l'une de l'autre, appuyant la gauche à la chaussée de Nivelles, à cent toises de la deuxième ligne du deuxième corps, et la droite à la chaussée de Charleroi ; une des batteries de ce corps prit position sur la gauche, près la chaussée de Nivelles ; l'autre sur la droite, près de la chaussée de Charleroi. La deuxième colonne (sixième corps) se portât à cinquante toises derrière la deuxième ligne du deuxième corps ; elle resta en colonne serrée par division, occupant une centaine de toises de profondeur, le long et sur la gauche de Charleroi, avec une distance de cent toises entre les deux colonnes de division, son artillerie sur son flanc gauche. La troisième colonne (division de cavalerie légère Domont et Subervie) se plaça en colonne serrée par escadron, la gauche appuyée à la chaussée de Charleroi, vis-à-vis le sixième corps, dont elle n'était séparée que par cette chaussée ; son artillerie légère était sur son flanc droit La quatrième colonne (corps de cuirassiers du général Milhaud) se déploya sur deux lignes, à trente toises d'intervalles, et cent toises derrière la deuxième ligne du premier corps, la gauche appuyée à la chaussée de Charleroi, la droite dans la direction de Smohain et Frichermont. Cette colonne occupait une étendue d'environ neuf cents toises ; ses batteries étaient sur sa gauche, près de la chaussée de Charleroi et sur son centre.

Pendant que cette deuxième ligne achevait de se former, les têtes des trois colonnes de la réserve arrivèrent à leurs points de déploiement. La grosse cavalerie de la garde se plaça à cent toises derrière celle du comte de Valmy, en bataille sur deux lignes, à trente toises d'intervalle ; la gauche du côté de la chaussée de Nivelles, la droite du côté de celle de Charleroi, l'artillerie au centre. La deuxième colonne (infanterie de la garde) se déploya sur six lignes, chacune de quatre bataillons, à distance de dix toises l'une de l'autre, à cheval sur la route de Charleroi, et un peu en avant de la ferme de Rossomme ; les batteries appartenant aux différents régiments se placèrent sur la gauche et la droite ; celles à pied et à cheval de la réserve derrière les lignes. La troisième colonne (chasseurs à cheval et lanciers de la garde) se déploya sur deux lignes, à trente toises d'intervalle, à cent toises derrière les cuirassiers du général Milhaud la gauche à la chaussée de Charleroi, et la droite du côté de Frichermont, son artillerie légère sur son centre.

Tout ce grand mouvement était achevé à dix heures et demie ; les troupes étaient à leur position, et le plus profond silence régnait sur ce champ de bataille où tant de victimes allaient bientôt faire entendre les cris déchirants de la douleur, les sombres gémissements qui précèdent une mort violente, les dernières et solennelles paroles de la valeur expirante. L'armée française se trouvait rangée sur six lignes, formait à peu près la figure de six V, ou plutôt six angles très ouverts ; les deux premières d'infanterie ayant la cavalerie légère sur les ailes ; la troisième et quatrième de grosse cavalerie, la cinquième et la sixième de cavalerie de la garde, avec six lignes d'infanterie de la garde, perpendiculairement placées au sommet des six angles, et le sixième corps en colonne serrée ; perpendiculairement aux lignes qu'occupait la garde (l'infanterie de ce corps sur la gauche de la route, et les deux divisions, légères Domont et Subervie sur la droite). Les chaussées de Charleroi et de Nivelles étaient restées libres, pour que l'artillerie de réserve pût arriver rapidement sur les divers points de la ligne.



Napoléon parcourt les rangs ; le plus grand enthousiasme animait tous les soldats ; il donna ses derniers ordres, et vint se placer, à la tête de sa garde, sur les hauteurs de la ferme de Rossomme, où il mit pied à terre. Delà il découvrait les deux armées, et la vue s'étendait fort loin à droite et à gauche du champ de bataille.

Dix divisions d'artillerie, parmi lesquelles trois se composaient de pièces de position du calibre de 12, se réunirent, la gauche, appuyée à la chaussée de Charleroi, sur les monticules au-delà du bâtiment de la Belle-Alliance, et en avant de la division de gauche du premier corps. Elles étaient destinées à soutenir l'attaque de la Haye-Sainte, que devaient faire deux divisions du premier corps et les deux divisions du sixième, dans le temps que les deux autres divisions du comte d'Erlon (Durutte et Marcognet) se porteraient sur les fermes de Papelotte et La Haye. La gauche de l'ennemi devait se trouver tournée par ce mouvement. La division de cavalerie légère du général Domont (attachée au sixième corps) en colonne serrée, et celle du général Jacquinot (premier corps), qui étaient, sur ses ailes, devaient participer à cette attaque, que les deuxième et troisième lignes de cavalerie soutiendraient, ainsi que toute la garde à pied et à cheval. L'armée française, une fois maîtresse de la Haye et de Mont Saint-Jean, coupait la chaussée de Bruxelles et toute la droite de l'armée anglo-hollandaise, où étaient ses principales forces. Napoléon avait préféré tourner la gauche de l'ennemi, plutôt que sa droite : 1° afin de le couper d'avec les Prussiens, qui étaient à Wavre, et de s'opposer à leur réunion, s'ils l'avaient préméditée, et quand même cette préméditation n'aurait pas eu lieu, si l'attaque se fût faite sur sa droite, l'armée anglo-hollandaise repoussée se serait rejetée sur celle des prusso-saxons, au lieu que, faite sur la gauche, elle en était séparée et jetée dans la direction de la mer ; 2° parce que la gauche parut beaucoup plus faible ; 3° enfin, parce que Napoléon attendait d'un moment à l'autre l'arrivée d'un détachement du maréchal Grouchy pour sa droite, et ne voulait pas courir les chances d'en être séparé.

Tandis que tout se préparait pour cette attaque décisive, la division Jérôme Bonaparte, sur la gauche, engagea par ses tirailleurs une fusillade au bois de Hougoumont : le feu devint bientôt plus vif ; l'ennemi ayant démasqué une artillerie nombreuse, le général Reille fit avancer la batterie de la division Foy, et Napoléon envoya au comte Kellermann (comte de Valmy), l'ordre de faire avancer ses douze pièces d'artillerie légère. La division Jérôme enleva deux fois le bois de Hougoumont, et fut repoussé autant de fois : ce bois était défendu par la division des gardes anglaises à pied ; troupe d'élite et d'un grand élan. Le général Foy s'avança au soutien de la division Jérôme ; l'action devint de plus en plus vive et sanglante ; de part et d'autre ont des prodiges de valeur ; l'ennemi engagea une grande partie des troupes de son aile droite ; les gardes anglaises couvrirent de leurs cadavres les bois et les avenues du château, mais non sans faire éprouver aux bataillons français une perte considérable. Enfin, après deux heures d'un combat acharné, les troupes ennemies durent céder à l'impétuosité de leurs adversaires, et elles se retirèrent partie derrière le château, partie derrière le verger, et ensuite dans un jardin creux qui longe le verger. Là, les Français furent arrêtés par le feu qui partaient d'un mur crénelé du jardin, masqué par une haie ; ils redoublèrent d'efforts pour en chasser l'ennemi et emporter le château de vive force ; mais parvenus un moment à forcer une porte de la cour, ils furent repoussés par l'ennemi toute la journée, bien que le château fut entouré de trois cotés et devint la proie des flammes.



Cependant, Napoléon avait confié au prince de la Moskowa la grande attaque du centre. Ce maréchal ayant surveillé et activé tous les préparatifs de ce mouvement, envoya un de ces aides de camp pour dire qu'il était prêt et qu'il n'attendait plus que le signal. Avant de donner, Napoléon voulut jeter un coup d'oeil sur le champ de bataille, et aperçut dans la direction du village de Saint-Lambert un nuage qui lui parut être des troupes ; il demanda au duc de. Dalmatie, major général qui était auprès de lui, s'il ne faisait pas la même remarque : le maréchal dit qu'il croyait voir effectivement une colonne en marche, et qu'il y avait lieu de penser que c'était un détachement du maréchal Grouchy. Dans l'incertitude où se trouvait le chef suprême de l'armée française, il fit appeler le général Domont, et lui ordonna de se porter avec sa division de cavalerie légère et celle du général Subervie pour éclairer sa droite, communiquer promptement avec les troupes qui arrivaient de Saint-Lambert, opérer la réunion si elles appartenaient au maréchal Grouchy, et les contenir si elles étaient ennemies. Ces trois mille hommes de cavalerie n'eurent qu'à faire un à droite par quatre pour être hors des lignes de l'armée ; ils se portèrent rapidement et sans confusion à trois mille toises et s'y rangèrent en potence sur, toute la droite de l'armée.

Peu de temps après ce mouvement, un officier de chasseurs amena un hussard prussien qui venait d'être fait prisonnier par les coureurs d'une colonne volante de trois cents chevaux qui battaient l'estrade entre Wavre et Plancenois ce hussard était porteur d'une lettre que le général Bülow adressait au duc de Wellington pour l'informer de son arrivée par Saint-Lambert, et lui demander des ordres ultérieurs. Interrogé par l'état-major, le prisonnier donna d'ailleurs tous les renseignements désirables. Il dit que la colonne qu'on apercevait vers le village que nous venons de nommer était l'avant-garde du corps de Bülow qui n'avait point donné à la bataille de Ligny, il ajouta, qu'il avait été le matin à Wavre, que les trois autres corps de l'armée prusso-saxonne y étaient campés, qu'ils y avaient passé la nuit du 17 au 18, qu'ils n'avaient aucun Français devant eux, qu'il supposait que les Français avaient marchés vers Plancenois, qu'une patrouille de son régiment avait été dans la nuit jusqu'à deux lieues de Wavre sans rencontrer aucun corps français. Le duc de Dalmatie expédia sur-le-champ la lettre interceptée et le rapport du hussard au maréchal Grouchy en lui réitérant l'ordre de marcher de suite sur Saint-Lambert et de prendre à dos le corps du général Bülow. L'officier porteur de ces dépêches était à peine éloigné d'une demi lieue, quand le général Domont envoya dire que ses coureurs avaient rencontrés des détachements ennemis dans la direction de Saint-Lambert, et qu'il venait d'envoyer dans plusieurs autres directions des patrouilles d'élite pour avoir des nouvelles du maréchal Grouchy et communiquer avec lui.

Napoléon fit ordonner immédiatement au général comte de Lobau, de traverser avec ses deux divisions la chaussée de Charleroi en faisant un changement à droite par division, et de se porter, pour soutenir la cavalerie légère, du côté de Saint-Lambert ; de choisir une bonne position intermédiaire, où il pût, avec dix mille hommes environ (y compris les deux divisions Domont et Subervie), en arrêter trente mille, si cela devenait nécessaire : enfin d'attaquer vivement les Prussiens, aussitôt qu'il entendrait les premiers coups de canon des troupes que le maréchal Grouchy avait pu détacher derrière eux. Ce mouvement fut exécuté sur-le-champ.

Il était midi, les tirailleurs étaient engagés sur toute la ligne ; mais l'action n'avait réellement lieu que sur la gauche dans le bois et au château de Hougoumont. Du côté de la droite les troupes du général Bülow étaient encore stationnaires ; elles paraissaient se former et attendre que leur artillerie ait passé le défilé. C'est alors que Napoléon envoya l'ordre au prince de la Moskowa de faire commencer le feu de ses batteries, de marcher sur la Haye-Sainte, de s'en emparer, d'y mettre en position une de ses divisions d'infanterie d'attaquer ensuite également les deux fermes de Papelotte et de la Haye, et d'en déposer l'ennemi, afin d'intercepter toute communication entre l'armée anglo-hollandaise et le corps de Bülow. Quatre-vingts bouches à feu firent bientôt de grands ravages dans les rangs de la gauche. Le comte d'Erlon s'avança sous la protection de ce feu terrible ; la tête d'une forte colonne formée des deuxième et troisième divisions de son corps d'armée, et parvint, à la faveur d'un ravin, à couronner la hauteur. Pendant que cette attaque était démasquée, Napoléon vit que l'ennemi ne faisait aucun mouvement sur sa droite La colonne française chargea, sans hésiter, partie de la deuxième division belge qui, déployée en ligne pour occuper plus de terrain ; ne put résister à celte masse formidable et fut repoussée avec perte ; elle se rallia toutefois avec un bataillon de milice, placé en réserve. Dans cet intervalle, une brigade anglaise opposa une vigoureuse résistance, tandis que deux autres régiments de la même nation marchaient à la baïonnette sur le flanc de la colonne française. Cette charge arrêta le mouvement du comte d'Erlon ; le général sir Thomas Picton, commandant la cinquième division anglaise, tomba blessé mortellement. Profitant du moment favorable, la brigade de cavalerie (dragons anglais) commandée par le général Sir Williams Ponsomby, placée en réserve derrière cette partie de la ligne ennemie, entama une charge à fond sur la colonne française, la rompit, lui enleva deux aigles et lui désorganisa sept pièces de canon. Napoléon, témoin de cet échec , ordonna au corps de cuirassiers du général Milhaud, de la deuxième ligne, de s'avancer pour charger la cavalerie anglaise. La brigade du général Travers (division Watier), formée des quatrième et douzième régiments de cuirassiers, d'une part ; les sixième et neuvième de cuirassiers, formant la brigade du général Farine (division Delort) de l'autre ; enfin, le quatrième régiment de lanciers (cavalerie du premier corps), d'un troisième côté, tombèrent à la fois sur les escadrons ennemis, qui, ne pouvant résister à ce choc terrible, furent écharpés et repoussés avec une perte considérable. Les canons furent repris et l'infanterie du comte d'Erlon dégagée et ralliée.

Pendant que ceci se passait à la droite de la chaussée de Charleroi, une autre colonne, formée également des troupes du premier corps, attaquait avec une impétuosité la ferme de la Haye-Sainte. Dans cette lutte longtemps infructueuse, une brigade de la deuxième division du premier corps fit de grandes pertes, mais elle fut renforcée par une partie de la première division, et soutenue par une brigade de cuirassiers du corps de Kellermann. Diverses charges d'infanterie et de cavalerie eurent encore lieu avec plus ou moins de succès ; enfin, après trois heures de combat, la ferme de la Haye-Sainte fut emportée malgré la belle résistance des régiments écossais, et occupée par l'infanterie française ; la deuxième division belge, les cinquième et sixième divisions anglaises avaient été très maltraitées.

Durant cette mêlée opiniâtre, Napoléon parcourut la ligne d'infanterie du premier corps, la ligne de cavalerie du général Milhaud, et celle de la garde placée en troisième ; au milieu de la mitraille, des obus et des boulets. Le général Devaux, commandant l'artillerie de la garde, fut tué aux côtés du chef suprême de l'armée ; le général Lallemand lui succéda et fut blessé peu après.

Le désordre commençait à s'introduire dans le centre de l'armée anglo-hollandaise ; les bagages, charrois, les blessés, voyant les Français s'approcher de Mont Saint-Jean et du principal débouché de la forêt de Soignes, accouraient en foule pour opérer leur retraite. Un grand nombre de fuyards anglais, belges, allemands, qui avaient été sabrés par la cavalerie, se précipitèrent sur Bruxelles. Il était quatre heures ; et, bien que les troupes ennemies tinssent encore, on pouvait croire que la victoire ne tarderait pas être décidée, lorsque le corps de Bülow opéra sa puissante diversion. Dès deux heures le général Domont avait fait prévenir que le général prussien débouchait sur trois colonnes, et que les chasseurs français tiraillaient tout en se retirant devant l'ennemi qui leur paraissait très nombreux. En évaluant ces troupes à quarante mille hommes environ, le général Domont ajoutait que ses coureurs avaient fait plusieurs lieues dans diverses directions sans avoir eu de nouvelles du maréchal Grouchy et qu'ainsi il ne fallait pas compter sur ce dernier. A peu près dans le même temps, Napoléon recevait des détails bien fâcheux. Le maréchal Grouchy, au lieu d'être parti de Gembloux à la petite pointe du jour, comme il l'avait annoncé par sa dépêche, datée de deux heures après minuit, n'avait point encore quitté son camp à neuf heures et demie du matin. L'officier porteur de la dépêche du maréchal, attribuait ce retard au mauvais temps qui avait eu lieu dans la matinée.



Cependant, la canonnade tarda peu à s'engager entre le général Bülow et le comte de Lobau : les troupes prussiennes marchaient en échelons ; le centre en avant ; la ligne de bataille ennemie était perpendiculaire sur le flanc droit de l'armée française, parallèlement à la chaussée de Plancenois à la Haye-Sainte. L'échelon du centre démasqua trente bouches à feu, l'artillerie du sixième corps lui en opposa un pareil nombre. Après une heure de canonnade, le comte de Lobau s'apercevant que ce premier échelon n'était pas soutenu, marcha à lui, l'enfonça et le repoussa à une certaine distance ; mais les deux autres échelons qui paraissaient avoir été retardés par les mauvais chemins, rallièrent le premier, et sans essayer d'enfoncer la ligne française, ils cherchèrent à la déborder par un à gauche en bataille.

Le comte de Lobau, craignant d'être tourné, exécuta sa retraite en échiquier, en se rapprochant de la chaussée de Bruxelles ; les feux des batteries prussiennes doublèrent alors, et l'on compta jusqu'à soixante bouches à feu : les boulets tombaient en avant et en arrière de la Belle-Alliance où se trouvait Napoléon avec la garde. C'était la ligne d'opération de l'armée ; et l'ennemi s'approchait tellement que sa mitraille labourait la chaussée. Napoléon ordonna au général Duhesme, qui commandait les deux divisions de jeune garde, de se porter vers Plancenois sur la droite du sixième corps avec cette infanterie et vingt-quatre bouches à feu de la garde. Un quart d'heure après, cette batterie commença son feu, et comme elle était bien placée et bien servie, elle acquit quelque supériorité sur l'artillerie des Prussiens ; le mouvement de ceux-ci parut arrêté aussitôt que la jeune gardé fut engagée. Toutefois ils continuèrent à prolonger leur ligne par la gauche, débordant la ligne française qui arrivait à la hauteur de Plancenois. Napoléon fit ordonner alors aux seconds régiments de grenadiers et de chasseurs de la vieille garde détacher chacun un bataillon sur Plancenois. Ces troupes, conduites par le général Morand, colonel en premier des chasseurs à pied, chassèrent incontinent les Prussiens de ce village, les poursuivirent jusque sur le plateau de l'autre côté, et eurent même un instant en leur pouvoir deux batteries qu'elles avaient chargées à la baïonnette.

Pendant ce mouvement, le premier régiment de grenadiers (de la garde) se forma en deux carrés, un par bataillon. Le premier fut placé à la droite de la chaussée sur le sommet d'une hauteur dominant le petit chemin qui débouche de Plancenois et vient regagner la grande route. Ce bataillon jeta des tirailleurs sur l'extrême droite du village, pour observer l'ennemi qui cherchait toujours à déborder la ligne du comte de Lobau et de la jeune garde. Le second carré se porta à la gauche de la chaussée sur la hauteur, où s'était d'abord tenu Napoléon et y fut soutenu par une batterie de six pièces de 8 et par les deux compagnies de sapeurs et de marins attachées à la garde.

Il y avait deux heures que le comte d'Erlon s'était emparé des fermes de Papelotte et de la Haye, ayant ainsi débordé la gauche de l'armée anglo-hollandaise et la droite du corps de Bülow. Mais la cavalerie légère du premier corps (division Jacquinot), poursuivant l'infanterie ennemie sur le premier plateau, qui au-delà de la Haye-Sainte, se prolonge à droite et à gauche de la chaussée, avait été ramenée par une cavalerie bien supérieure eu nombre. Le général Milhaud, sur l'ordre du maréchal Ney, gravit alors la hauteur avec ses cuirassiers (divisions Delort et Watier) ; et la division du général Lefebvre-Desnouettes (chasseurs et lanciers de la garde) suivit ce mouvement pour le soutenir. Ceci se passait vers quatre heures et demie ; au moment où l'attaque du quatrième corps prussien était la plus menaçante ; où le général Bülow loin d'être contenu montrait toujours de nouvelle troupes qui étendaient sa ligne sur la droite. La cavalerie ennemie fut repoussée par les braves cuirassiers, par les chasseurs et les lanciers de la garde, aux cris de vive l'empereur ! Poursuivant leurs succès, ils chargèrent les carrés des gardes anglaises, le rompirent et couvrirent le plateau de morts ; mais ils ne purent, en raison du terrain, profiter de tous les avantages de ces charges brillantes. L'ennemi présenta de nouvelles forces en infanterie et en cavalerie. Forcés de rétrograder de quelques pas, les divisions françaises, chargées à leur tour par la cavalerie anglaise, allemande et belge, firent volte face et la contraignirent se mettre sous la protection de son infanterie. Napoléon sentit alors la nécessité de faire soutenir les divisions engagées ainsi prématurément. Il envoya l'ordre au comte de Valmy, qui était toujours en position sur la gauche avec ses deux divisions (celles des généraux Lhéritier et Roussel d'Hurbal) ; de se porter au grand trot sur le plateau pour appuyer les divisions du général Milhaud et celle de Lefebvre-Desnouettes Dans le même moment, le maréchal Ney fit également avancer la division de grosse cavalerie de la garde, sous le ordres du général Guyot. Toute cette cavalerie réunie, après avoir encore enfoncé plusieurs carrés et sabré nombre de fantassins, repoussa à plusieurs reprises les charges des escadrons ennemis.

Les circonstances étaient telles que tout mouvement rétrograde eût compromis l'armée française ; l'intrépide cavalerie dont tous les régiments rivalisaient d'ardeur et de dévouement, dut ainsi affronter la mort la plus imminente, pour se maintenir contre la plus grande partie de l'armée anglo-hollandaise, dont toutes les réserves étaient engagées. Le concours du corps de Bülow qui occupait d'un autre côté une partie des réserves de Napoléon, avait rendu, à l'ennemi toute sa vigueur, et lui faisait redoubler d'efforts pour reprendre le terrain qu'il perdait de temps à autre. Un second renfort allait lui donner les moyens de pousser plus loin ses avantages. Le feld-maréchal Blücher qui avait déjà prévenu le duc de Wellington de son arrivée, s'avançait alors de Wavre par Ohain, à la tête du premier corps de l'armée prusso-saxonne.

En ce moment critique, Napoléon conçut et ordonna une des plus belles et des plus brillantes manœuvres qui aient été exécutées sur un champ de bataille, et qui, si elle eût réussi, devait changer, malgré l'intervention de Blücher, l'issue de cette mémorable journée : c'était un grand changement de front oblique sur le centre, l'aile gauche en avant, exécuté au moyen des bataillons de la garde qui étaient restés en masse derrière la Belle-Alliance et n'avant point encore tiré un coup de fusil. Par cette manœuvre, Napoléon se proposait de renforcer et remplacer les régiments des premier et deuxième corps qui avaient le plus souffert ; de dégager et appuyer la cavalerie trop aventurée sur le plateau au-dessus de la Haye-Sainte ; de porter sur ce plateau la gauche de la nouvelle ligne de bataille dont le centre était en avant de la Belle-Alliance, la droite vers Plancenois et la ferme du Caillou, et qui faisait ainsi face aux deux armées ennemies.

Nous avons dit plus haut, que les deuxièmes régiments de chasseurs et de grenadiers avaient détaché chacun un bataillon sur Plancenois pour appuyer le sixième corps et la jeune garde ; que le premier régiment de grenadiers, formé en deux carrés, avait été placé à la droite de la chaussée, sur une hauteur dominant le petit chemin qui, débouchant de Plancenois, vient regagner la grande route près de la Belle-Alliance. Napoléon envoya le premier bataillon du deuxième régiment de chasseurs à Plancenois, en disant au général Pelet qui le conduisait : «Général, tenez fortement, car vous appuyez tout le mouvement». Par ce moyen, Napoléon crut pouvoir disposer encore des quatre bataillons dont nous venons de parler. Un autre bataillon de la garde qui se trouvait au quartier général de la ferme du Caillou, eut ordre de se porter en avant dans le bois du Chantelet pour former l'extrême droite de la nouvelle ligne.

Les troisième et quatrième régiments de chasseurs et de grenadiers eurent l'ordre de se porter en avant et de se former en carrés par bataillon à gauche de la chaussée, dans la direction de la Haye-Sainte ; mais cette masse de huit bataillons d'élite, destinée à former la gauche et le marteau de la nouvelle ligne de bataille, ne se composa bientôt plus que de cinq. D'abord Napoléon envoya le second bataillon du troisième régiment de grenadiers à une portée de canon, sur la gauche, pour y observer et contenir l'ennemi, qui prononçât un mouvement de ce côté. Napoléon lui-même s'y porta, et resta momentanément avec ce bataillon ; les quatrième régiments de chasseurs et de grenadiers ayant souffert à la bataille de Ligny, ne purent former chacun qu'un seul bataillon : ces troupes ainsi réduites, ne marchèrent pas avec moins de résolution vers la Haye-Sainte pour attaquer l'ennemi : le maréchal Ney, les généraux Friant et Michel étaient à leur tête. Dans le même temps, le général Reille réunissait tout le deuxième corps en avant du château de Hougoumont, et préparait une attaque de son côté, sur ce qui restait de troupes de la droite ennemie. Le premier bataillon du troisième de grenadiers commença le mouvement, marchant parallèlement à la chaussée, les autres bataillons suivirent dans le meilleur ordre, conservant leur distance.



Cette colonne s'avança ainsi au pas de charge jusqu'au-delà de la Haye-Sainte qu'elle dépassa et laissa sur sa gauche, poussant l'ennemi devant elle, malgré le feu le plus terrible d'artillerie et de mousqueterie. Dans cette charge, le général Friant fut blessé grièvement ; le général Michel, colonel en second des chasseurs, fut tué peu d'instants après. La mort de ce dernier occasionna d'abord un mouvement d'hésitation ; le premier bataillon du troisième régiment de grenadiers ; s'arrêta mais à la voix du général Poret de Morvan, qui le commandait, il se reporta en avant au pas de charge et aux cris de vive l'empereur ! Le maréchal Ney, démonté, marchait l'épée à la main, à la tête de ces grenadiers, les autres bataillons qui suivaient, s‘avançaient comme à la manoeuvre. L'ennemi continua de plier, une première ligne fut percée ; en la dépassant, la garde enleva une forte batterie qui était dételée. La colonne française poursuivant ce beau succès, vint malheureusement tomber sur une seconde ligne ennemie, postée avec de l'artillerie dans des chemins creux ou derrière des obstacles quelconques. Là, se trouvaient reformés et massés les débris des régiments culbutés et sabrés, une ou deux heures auparavant, par la cavalerie française ; les brigades des gardes anglaises, la division de Brunswick et la troisième division belge, commandée par le général Chassé. Pendant que les bataillons français se déployaient à portée de pistolet, un nouveau feu d'artillerie et de mousqueterie emporta la tête de cette colonne et ravagea l'intérieur de ces masses. Au milieu de débris de l'armée anglo-hollandaise, entourée par son feu, elle éprouva le même sort que la redoutable et victorieuse colonne anglaise de Fontenoy Le général Mallet qui conduisait le troisième régiment de chasseurs, les majors Cardinal, Angelet, Agnès, la plupart des commandants de compagnies, tombèrent morts ; presque tous les officiers, furent blessés. Sur un millier d'hommes dont se composait le troisième régiment de chasseurs, il en resta plus de sept cents sur le terrain. Le premier bataillon du troisième de grenadiers ; les bataillons du quatrième régiment de chasseurs et grenadiers eurent plus de mille hommes hors de combat. Ces vaillants et malheureux débris se retirèrent avec ordre au pied de la hauteur ; ils avaient perdu leur force numérique, mais non leur courage. Le capitaine Minal essaya de ramener encore son bataillon sur le plateau, mais il fut repoussé par les troupes qui accoururent de tous côtés. Napoléon se rapprocha en ce moment avec le second bataillon du troisième de grenadiers, et marcha vers l'ennemi pour retire quelques pelotons encore engagés. Le général Guyot, à la tête de sa division de grosse cavalerie de la garde, voulut tenter une dernière charge ; mais ses escadrons furent accablés par le nombre. Le général Jamin, major des grenadiers à cheval, tomba mort, ainsi que plusieurs autres officiers de tout grade. Le général Guyot fut blessé de deux coups de feu, et sa division, ainsi que le reste de la cavalerie française, abandonnèrent bientôt le champ de bataille

Le général Roguer, les généraux Petit et Christiani, majors des grenadiers, s'avancèrent en ce moment avec les bataillons de chasseurs et de grenadiers restés jusqu'alors en avant de la Belle-Alliance. Napoléon voulut avec ce renfort reprendre l'offensive, la grande supériorité de l'ennemi ne le permit pas ; il fallut continuer le mouvement rétrograde, mais non sans combattre ; les vétérans de l'armée française ne cessaient point de faire face à l'ennemi.

Tandis que ceci se passait en avant et en arrière de la Haye-Sainte le feld-maréchal Blücher était arrivé au hameau de la Haye. Le premier corps de l'armée prusso-saxonne, commandé par le général Ziethen, avait culbuté la troupe qui le défendait ; c'était la quatrième division du premier corps. Accablée par des forces aussi nombreuses, elle céda le terrain. La trouée faite, la cavalerie ennemie inonda le champ de bataille. Le général Bülow, rejoint et soutenu par le deuxième corps prusso-saxons, sous les ordres du général Pirch, s'avança plus vivement sur le sixième corps et la jeune garde. Le général Duhesme, commandant ce dernier corps, et le général Barrois, commandant une de ses divisions (tirailleurs de la garde), furent blessés.



Le deuxième bataillon du troisième de grenadiers, détaché sur la gauche, s'était longtemps maintenu ; mais commençant à plier, le deuxième bataillon du premier de chasseurs, commandé par le général Cambronne, se porta de son côté pour le soutenir et couvrir la retraite et le flanc des autres bataillons de la garde. Formé en carré, ce bataillon de chasseurs ne tarda pas à être attaqué et entouré de tous les côtés ; mais il se défendit héroïquement, contint l'ennemi par son feu, tout en marchant en retraite dans le même ordre. Le général Cambronne, atteint d'un éclat d'obus à la tête, fut renversé de son cheval.

Cependant la brigade de cavalerie anglaise, venue d'Ohain avec le feld-maréchal Blücher, s'étant portée sur la chaussée de Charleroi, avait pénétré entre le premier corps et les bataillons de la garde, qui se retirait vers la Belle-Alliance. Ce mouvement acheva de porter le désordre sur le champ de bataille. Le premier corps se mit en déroute complète ; le deuxième, le sixième et la cavalerie suivirent cet exemple. Napoléon, les maréchaux Soult, Ney, les généraux Bertrand, Drouot, Corbineau, Flahaut, Labédoyère, Gourgaud, etc., n'eurent que le temps de se jeter dans le carré commandé part le général Cambronne : ce bataillon avait déjà perdu beaucoup de monde ; ses rangs s'éclaircirent encore ; la nuit et les difficultés du terrain, les forcèrent bientôt à se rompre.

Le général Bülow marchant par sa gauche, continuait à déborder, le champ de bataille. Le sixième corps et la jeune garde étaient culbutés, et la nuit (il était huit heures et demi du soir) augmentait encore le désordre et la confusion ; le feu de l'ennemi était déjà à quatre cents toises sur les derrières, et les chaussées coupées.

Le bataillon de la garde, placé à la ferme du Caillou s'était avancé, comme il en avait reçu l'ordre, dans le bois de Chantelet, pour se mettre en ligne. Il fut attaqué en même temps que les autres par une colonne du corps de Bülow ; mais il empêcha qu'elle n'arrivât sur la grande route où elle aurait pu commettre beaucoup de désordre.

Lorsque le général Pelet, à la tête du premier bataillon du deuxième régiment de chasseurs de la garde, était arrivé au village de Plancenois, il l'avait trouvé occupé par les Prussiens qui en avaient chassé la jeune garde. Il réussit à reprendre ce poste important, s'établit au centre à la croisière des routes qui traversent le village, et s'y maintint jusqu'à la nuit contre les plus violentes attaques de l'ennemi avec ce seul bataillon, et une compagnie de grenadiers détachée auprès de lui. Tour à tour écrasé par l'artillerie, assailli par toutes les rues, il dut faire face de toutes parts : chaque rue, chaque maison, fut défendue avec le dernier acharnement. Les Prussiens ne purent pénétrer ni s'établir sur aucun point ; partout ils furent renversés à coups de baïonnette. A huit heures et demie, le général Pelet apprenant qu'on voyait déjà l'ennemi sur la chaussée de Charleroi ; entre la Belle-Alliance et la ferme de Rossomme, réunit deux cent cinquante hommes qui lui restaient, et se fit jour au travers des Prussiens qui entouraient le village depuis le commencement de cette attaque.

Les deux carrés formés par les bataillons du premier régiment de grenadiers étaient placés sur une position à droite et à gauche de la chaussée de Charleroi : ils tinrent longtemps tête à l'ennemi. Le général Petit qui les commandait, fit battre la grenadière pour rappeler tous les soldats de la garde qui étaient entraînés dans le torrent des fuyards que l'ennemi suivait de près ; et dans la crainte qu'il ne pénétrât dans l'intérieur des carrés, on fut obligé de faire feu au risque d'atteindre les hommes poursuivis qui s'y jetaient en désordre. L'obscurité augmentant, Napoléon donna lui-même l'ordre de quitter la position qui n'était plus tenable, en ce qu'elle était débordée des deux côtés. Les deux carrés se retirèrent en bon ordre, le premier bataillon à travers champs, le deuxième, par la grande route, en faisant des haltes fréquentes pour maintenir les faces du carré, et pour donner le temps aux tirailleurs et aux fuyards de les rejoindre.



La nuit était survenue au moment le plus funeste : il ne fut plus possible aux chefs de rétablir l'ordre dans la première confusion et au milieu des ténèbres. Une partie du matériel fortement endommagée, ne pouvait se mouvoir ; le reste fit fausse route et encombra les passages. Le champ de bataille était couvert de cavalerie et d'infanterie prussienne, qui poursuivait les débris de l'armée. Le comte de Lobau, avec quelques centaines d'hommes de son corps, cherchant en vain à arrêter l'ennemi, et lui disputant avec opiniâtreté chaque morceau de terrain, fut fait prisonnier.

Napoléon ne put faire sa retraite qu'à travers champs ; infanterie, cavalerie, tout était pêle-mêle. L'état-major gagna la petite ville de Gennapes : là, Napoléon espérait rallier un corps d'arrière-garde; mais le désordre était tel, que tous les efforts inimaginables devinrent impuissants. Il ne restait plus qu'un faible espoir dans la division Girard (du deuxième corps), qui avait été laissée sur le champ de bataille de Ligny et à laquelle le major général duc de Dalmatie avait envoyé l'ordre de se porter aux Quatre-Bras pour soutenir la retraite.

Il était près de dix heures du soir lorsque le duc de Wellington et le feld-maréchal Blücher se rencontrèrent à la Belle-Alliance, bâtiment qui, situé sur une éminence et s'apercevant de loin, avait servi de direction aux troupes prusso-saxonnes. Les deux chefs se saluèrent mutuellement comme vainqueurs, et s'embrassèrent en présence des officiers de leur état-major.

L'armée anglo-hollandaise, après une lutte aussi longue et aussi opiniâtre que celle qu'elle venait de soutenir, laissa aux troupes prusso-saxonnes le soin de poursuivre les débris de l'armée française. Déjà les vainqueurs avaient en leur pouvoir près de cent bouches à feu et six mille prisonniers parmi lesquels se trouvaient les généraux Cambronne et comte de Lobau. La cavalerie légère des Prussiens n'était arrêtée que par les pièces abandonnées, les caissons, les bagages et les débris de toute espèce qui encombraient la chaussée principale et les chemins de traverse.

La chaussée de Charleroi est très large ; elle suffisait pour la retraite de l'armée française. Le pont de Gennapes est de même largeur ; cinq ou six files de voitures peuvent y passer de front ; mais dès l'arrivée des premiers fuyards, les parcs qui s'y trouvaient s'étaient barricadés, en plaçant sur la chaussée des voitures renversées, de manière à ne laisser qu'un passage de trois toise. Aussi la confusion fut épouvantable à ce défilé. La petite ville de Gennapes est d'ailleurs située dans un fond ; les premières troupes ennemies qui poursuivaient l'armée arrivèrent à onze heures du soir sur les hauteurs dominantes, et parvinrent facilement à désorganiser une poignée de braves qui s'y étaient ralliés, et elles pénétrèrent dans la ville ; tout ce qui s'y trouvait prit la fuite .

A une heure du matin, Napoléon arriva aux Quatre-Bras, mit pied à terre dans un bivouac, et expédia plusieurs officiers au maréchal Grouchy pour lui annoncer la perte de la bataille, et lui ordonner de faire sa retraite sur Namur. Les autres officiers, envoyés de Gennapes pour prendre la division Girard à Ligny et la mettre en position aux Quatre-Bras, rapportèrent la fâcheuse nouvelle qu'ils n'avaient point trouvée cette division. Le général d'artillerie Nègre était aux Quatre-Bras avec les parcs de réserve ; mais il n'avait qu'une faible escorte. Les soldats du premier et du deuxième corps, qui avaient passé la Sambre sur le pont de Marchiennes, se dirigeaient sur ce pont, et quittaient la chaussée aux Quatre-Bras et à Gosselies, pour prendre la traversée, sans qu'il fût possible de les arrêter, pour former une arrière-garde. Les troupes de la garde, du sixième corps et partie de ceux de cavalerie se retirèrent sur Charleroi. Napoléon envoya son frère Jérôme à Marchiennes, avec ordre de rallier les troupes entre Avesnes et Maubeuge, et de sa personne, il marcha sur Charleroi.

Telle fut à peu près, avec tous ses détails, la funeste et mémorable bataille de Mont Saint-Jean ou de Waterloo.

La perte de l'armée anglo-hollandaise et celle du corps de Bülow, dans cette journée fût plus forte que celle des Français ; et les six à sept mille prisonniers restés entre les mains des vainqueurs, ne compensaient pas les pertes qu'ils avaient éprouvées les jours précédents. Des calculs établis d'après les rapports officiels français, anglais et prussiens, portent la perte totale des Français, depuis le 15 jusqu'au 19, à trente-six mille cinq cents hommes tués, blessés et prisonniers, et celle des alliés à près de cinquante-cinq mille hommes : ce qui donne une différence de vingt-deux mille, en plus du côté de ces derniers.

Nous ne produirons aucune des longues et nombreuses réflexions qui ont été faites sur cette bataille : nous avons mis le lecteur à même de fixer son opinion sur les fautes qui ont été commises, de part et d'autre ; mais nous devons à l'armée française de dire que jamais elle ne montra plus de valeur et de dévouement. Les circonstances de la fin de la journée ont pu seules l'entraîner dans une déroute, que des machinations préparées d'avance devaient rendre plus désordonnée et plus tumultueuse.



Merci à BBea




Effectifs engagés


Armée française



Armée anglo-hollandaise



Armée prussienne




Le dernier carré de la Vieille Garde



Officiers généraux blessés ou tués


Armée française


Tués

BAUDUIN Pierre

général de brigade

DESVAUX de SAINT-MAURICE Jean-Jacques

général de division

DUHESME Guillaume

général de division (mb)

JAMIN (de BERMUY) Jean Baptiste

général de brigade

MICHEL Claude

général de division

Blessés


BACHELU Gilbert

général de division

BARROIS Pierre

général de division

BLANCARD Amable

général de brigade

BONAPARTE Jérôme

général de division, prince

BOURGEOIS Charles

général de brigade

CAMBRONNE Pierre

général de brigade

CAMPI Toussaint

général de brigade

COLBERT-CHABANAIS Louis

général de brigade

DELORT Jacques

général de division

DOMON Jean

général de division

DONOP Frédéric

général de brigade

DUBOIS

général de brigade

DURRIEU Antoine

général de brigade

DURUTTE Pierre

général de division

FARINE du CREUX Pierre

général de brigade

FOY Maximilien

général de division

FRIANT Louis

général de division

GOBRECHT Martin

général de brigade

GUITON

général de brigade

GUYE

général de division

GUYOT Claude

général de division

HARLET Louis

général de brigade

KELLERMAN François Etienne

général de division

LALLEMAND François

général de division

LALLEMAND Henry

général de brigade

LHERITIER Samuel

général de division

MOUTON Georges

général de division

NOGUES Jean-François

général de brigade

PICQUET Cyrille

général de brigade

ROUSSEL d'HURBAL Nicolas

général de division

SIMMER François

général de division

TRAVERS Etienne

général de brigade

WATHIEZ François

général de brigade



Armée anglo-hollandaise


Tués


PICTON Thomas

lieutenant général

PONSONBY William

major général



Blessés


COOKE Georges

major général

DORNBERG William

major général

ORANGE-NASSAU Frédéric

prince des Pays-Bas

PACK Denis

major général

UXBRIDGE

lieutenant général

Armée prussienne


????


ORDRES DE BATAILLE


FRANCE


Napoléon Ier
Empereur des Français
Commandant en personne

Nicolas SOULT, duc de Dalmatie
Maréchal de France
Chef d'état-major

Michel NEY, prince de la Moskowa
Maréchal de France
Commandant les 1er et 2ème corps

Antoine DROUOT
Général de division
Commandant la Garde impériale

Jean Baptiste DROUET d'ERLON
Général de division
Commandant le 1er corps

Honoré REILLE
Général de division
Commandant le 2ème corps

Dominique VANDAMME
Général de division
Commandant le 3ème corps

Maurice GERARD
Général de division
Commandant le 4ème corps

Gérard MOUTON, comte de LOBAU
Général de division
Commandant le 6ème corps

Claude PAJOL
Général de division
Commandant le 1er corps de cavalerie

Rémy EXELMANS
Général de division
Commandant le 2ème corps de cavalerie

François KELLERMANN, comte de Valmy
Général de division
Commandant le 3ème corps de cavalerie

Edouard MILHAUD
Général de division
Commandant le 4ème corps de cavalerie




GARDE IMPERIALE


Général de division DROUOT
(en remplacement du maréchal MORTIER, malade)



Division de grenadiers: Général de division FRIANT
Commandant en second: Général de division ROGUET



1ère brigade (Vieille garde)

1er grenadiers: Général de brigade PETIT 1er et 2ème bataillon
2ème grenadiers: Général de brigade CHRISTIANI 1er et 2ème bataillon

2ème brigade (Moyenne garde)

3ème grenadiers Général de brigade PORET de MORVAN 1er et 2ème bataillon
4ème grenadiers Général de brigade HARLET 1er et 2ème bataillon



Division de chasseurs Général de division MORAND
Commandant en second Général de division MICHEL



1ère brigade (Vieille garde)

1er chasseurs Général de brigade CAMBRONNE 1er et 2ème bataillon
2ème chasseurs Général de brigade PELET-CLOZEAU 1er et 2ème bataillon

2ème brigade (Moyenne garde)

3ème chasseurs Colonel MALLET 1er et 2ème bataillon
4ème chasseurs Général de brigade HENRION 1er bataillon


Division de la Jeune garde Général de division DUHESME
Commandant en second Général de division BARROIS



1ère brigade Général de brigade CHARTRAND

1er tirailleurs Colonel TRAPPIER de MALCOLM 1er et 2ème bataillon
1er voltigeurs Colonel SECRETAN 1er et 2ème bataillon

2ème brigade Général de brigade GUYE

3ème tirailleurs Colonel PAILHES 1er et 2ème bataillon
3ème voltigeurs Colonel HUREL 1er et 2ème bataillon



Division de cavalerie légère Général de division LEFEBVRE-DESNOUETTES



1ère brigade Général de brigade LALLEMAND

Chasseurs à cheval 1er, 2ème, 3ème, 4ème et 5ème escadron

2ème brigade Général de brigade COLBERT-CHABANAIS

Lanciers 1er, 2ème, 3ème, 4ème et 5ème escadron



Division de cavalerie lourde Général de division GUYOT



1ère brigade Général de brigade JAMIN [de Bermuy]

Cuirassiers 1er, 2ème, 3ème, 4ème et 5ème escadron

2ème brigade Général de brigade LETORT

Dragons de la Garde 1er, 2ème, 3èmeet 4ème escadron

3ème brigade Capitaine DYONNET

Gendarmes d'élite


Artillerie de réserve de la Garde impériale



Commandant Général de division DESVAUX de SAINT-MAURICE
Artillerie à pied Général de brigade LALLEMAND
Artillerie à cheval Colonel DUCHAND


1er CORPS


Général de division DROUET

Chef d'état-major Général de brigade DELCAMBRE
Sous-chef d'état-major Adjudant commandant VIALA


DIVISIONS D'INFANTERIE



1ère division Général de brigade QUIOT du PASSAGE
(en remplacement du général de division ALLIX de VAUX, absent)

Chef d'état-major Adjudant commandant GIRAULT
Génie Capitaine EMON

1ère brigade Général de brigade QUIOT du PASSAGE

54ème de ligne Colonel CHARLET 1er et 2ème bataillon
55ème de ligne Colonel MONNERET 1er et 2ème bataillon

2ème brigade Général de brigade BOURGEOIS

28ème de ligne Chef de bataillon SENAC 1er et 2ème bataillon
105ème de ligne Colonel GENTY 1er et 2ème bataillon

Artillerie divisionnaire

20ème compagnie du 6ème d'artillerie à pied : Capitaine HAMELIN
5ème compagnie du 1er train : Capitaine PALEPRAT


2ème division Général de division DONZELOT
Chef d'état-major Adjudant commandant DEVIENNE
Génie Capitaine CHIAPPE

1ère brigade Général de brigade SCHMITZ

13ème léger Colonel GOUGEON 1er, 2ème et 3ème bataillon
17ème de ligne Colonel GUEUREL 1er et 2ème bataillon

2ème brigade Général de brigade AULARD

19ème de ligne Colonel TRUPEL 1er et 2ème bataillon
51ème de ligne Colonel RIGNON 1er et 2ème bataillon

Artillerie divisionnaire

10ème compagnie du 6ème d'artillerie à pied : Capitaine CANTIN
9ème compagnie du 1er train : Capitaine VAILLANT


3ème division Général de division MARCOGNET
Chef d'état-major Adjudant commandant DARSONVAL
Génie Capitaine DAIGREMONT

1ère brigade Général de brigade NOGUES

21ème de ligne Colonel CARRE 1er et 2ème bataillon
46ème de ligne Colonel DUPRE 1er et 2ème bataillon

2ème brigade Général de brigade GRENIER

25ème de ligne Colonel de GROMETY 1er et 2ème bataillon
45ème de ligne Colonel CHAPUZET 1er et 2ème bataillon

Artillerie divisionnaire

19ème compagnie du 6ème d'artillerie à pied : Capitaine EMON
2ème compagnie du 1er train : Capitaine COSQUETERRE


4ème division Général de division DURUTTE
Chef d'état-major Adjudant commandant GORDON
Génie Capitaine PARENTIN

1ère brigade Général de brigade PEGOT

8ème de ligne Colonel RUELLE 1er et 2ème bataillon
29ème de ligne Colonel ROUSSELOT 1er et 2ème bataillon

2ème brigade Général de brigade BRUE

85ème de ligne Colonel MASSON 1er et 2ème bataillon
95ème de ligne Colonel GARNIER 1er et 2ème bataillon

Artillerie divisionnaire

9ème compagnie du 6ème d'artillerie à pied : Capitaine HAMELIN
3ème compagnie du 1er train : Capitaine DRULIN


Artillerie de réserve du corps
Commandant Général de division DESALLE
Chef d'état-major Colonel BERNARD
11ème compagnie du 6ème d'artillerie à pied : Capitaine CHARLET
6ème compagnie du 1er train : Capitaine DIDIER


Corps du génie
Commandant Général de brigade GARBE
Chef d'état-major Colonel BARAILLON
Adjoints Chefs de bataillon MORLAINCOURT et QUELLARD
Lieutenants GRIMOUVILLE et VIEUX




DIVISION DE CAVALERIE


1ère division Général de division JACQUINOT
Chef d'état-major Adjudant commandant LEJEANS

1ère brigade Général de brigade BRUNO

7ème hussards Colonel de MARBOT 1er, 2ème et 3ème escadron
3ème chasseurs Colonel LAWOESTINE 1er, 2ème et 3ème escadron

2ème brigade Général de brigade GOBRECHT

3ème lanciers Colonel MARTIGUE 1er, 2ème et 3ème escadron
4ème lanciers Colonel BRO 1er et 2ème escadron

Artillerie divisionnaire

2ème compagnie du 1er d'artillerie à cheval : Capitaine BOURGEOIS
4ème compagnie du 1er train : Capitaine DAUX


2ème CORPS



Général de division REILLE

Chef d'état-major Général de brigade PAMPHILE-LACROIX
Sous-chef d'état-major Adjudant commandant LECOUTURIER



DIVISIONS D'INFANTERIE


5ème division Général de division BACHELU
Chef d'état-major Adjudant commandant TREFCON
Génie Capitaine LENOIRE

1ère brigade Général de brigade HUSSON

3ème de ligne Colonel VAUTRIN 1er et 2ème bataillon
61ème de ligne Colonel BOUGE 1er et 2ème bataillon

2ème brigade Général de brigade CAMPI

72ème de ligne Colonel THIBAULT 1er et 2ème bataillon
108ème de ligne Colonel HIGONET 1er et 2ème bataillon

Artillerie divisionnaire

18ème compagnie du 6ème d'artillerie à pied : Capitaine DESHAULLES
3ème compagnie du 1er train : Capitaine VALETTE


6ème division Général de division prince Jérôme BONAPARTE
Cdt en second Général de division GUILLEMINOT
Chef d'état-major Adjudant commandant HORTODE
Génie Capitaine J. GOSSIERE

1ère brigade Général de brigade BAUDUIN

1er léger Colonel DESPANS-CUBIERES 1er, 2ème et 3ème bataillon
2ème léger Colonel MAIGROS 1er, 2ème, 3ème et 4ème bataillon

2ème brigade Général de brigade SOYE

1er de ligne Colonel CORNEBIZE 1er, 2ème et 3ème bataillon
2ème de ligne Colonel TRIPE 1er, 2ème et 3ème bataillon

Artillerie divisionnaire

2ème compagnie du 2ème d'artillerie à pied : Capitaine MEUNIER
10ème compagnie du 1er train : Capitaine FIVEL



9ème division Général de division FOY
Chef d'état-major Adjudant commandant HUDRY
Génie Capitaine LEROUX-DOUVILLE

1ère brigade Général de brigade GAUTHIER

92ème de ligne Colonel TISSOT 1er et 2ème bataillon
93ème de ligne Chef de bataillon MASSOT 1er, 2ème et 3ème bataillon

2ème brigade Général de brigade JAMIN

100ème de ligne Colonel BRAUN 1er, 2ème et 3ème bataillon
4ème léger Colonel PEYRIS 1er, 2ème et 3ème bataillon

Artillerie divisionnaire

1ère compagnie du 6ème d'artillerie à pied : Capitaine TACON
2ème compagnie du 1er train


Artillerie de réserve du corps
Commandant Général de brigade LE PELLETIER
Chef d'état-major Chef de bataillon BOBILLIER

Directeur du parc Major POIVEL
7ème compagnie du 2ème d'artillerie à pied : Capitaine VALNET
7ème compagnie du 1er train : Capitaine GAYAT


Corps du génie
Commandant Général de brigade de RICHEMOND
Chef d'état-major Colonel DAULLE
Adjoints Chef de bataillon REPECAUD
Capitaines STICKER, LEVAVASSEUR et NOISET
Lieutenant YTHIER


DIVISION DE CAVALERIE



2ème division Général de division BIRE
Chef d'état-major Adjudant commandant RIPERT

1ère brigade Général de brigade HUBER

1er chasseurs Colonel SIMONNEAU 1er, 2ème ,3ème et 4ème escadron
6ème chasseurs Colonel FAUDOAS 1er, 2ème ,3ème et 4ème escadron

2ème brigade Général de brigade WATHIEZ

5ème lanciers Colonel JACQUEMINOT 1er, 2ème et 3ème escadron
6ème lanciers Colonel de GALBOIS 1er, 2ème ,3ème et 4ème escadron

Artillerie divisionnaire

2ème compagnie du 4ème d'artillerie à cheval : Capitaine GRONNIER
2ème compagnie du 5ème train


6ème CORPS


Général de division MOUTON

Chef d'état-major Général de division DURRIEU
Sous-chef d'état-major Colonel JANIN


DIVISIONS D'INFANTERIE


19ème division Général de division SIMMER
Chef d'état-major Adjudant commandant JUCHELEAU de SAINT-DENIS

1ère brigade Général de brigade de BELLAIR

5ème de ligne Colonel ROUSSILLE 1er et 2ème bataillon
11ème de ligne Colonel AUBREE 1er, 2ème et 3ème bataillon

2ème brigade Général de brigade THEVENET

27ème de ligne Colonel GAUDIN 1er et 2ème bataillon
84ème de ligne Colonel CHEVALIER 1er et 2ème bataillon

Artillerie divisionnaire
1ère compagnie du 5ème d'artillerie à pied : Capitaine PARISOT
1ère compagnie du 7ème train : Capitaine LAUDE

Génie
1ère compagnie du 1er bataillon du 3ème génie : Capitaine TOLIOT


20ème division Général de division JEANIN
Chef d'état-major Adjudant commandant LAFLECHE

1ère brigade Général de brigade BONY

5ème léger Colonel CURNIER 1er et 2ème bataillon
10ème de ligne Colonel ROUSSEL 1er et 2ème bataillon

2ème brigade Général de brigade TROMELIN

107ème de ligne Colonel DRUOT 1er et 2ème bataillon

Artillerie divisionnaire

2ème compagnie du 8ème d'artillerie à pied : Capitaine PAQUET
3ème compagnie du 8ème train : Capitaine LANGLOIS


DIVISIONS DE CAVALERIE


3ème division Général de division DOMON
(division appartenant au 3ème corps, mais rattachée au 6ème corps)
Chef d'état-major Adjudant commandant MAURIN

1ère brigade Général de brigade DOMMANGET

4ème chasseurs Colonel DESMICHELS 1er, 2ème et 3ème escadron
9ème chasseurs Colonel DUKERMONT 1er, 2ème et 3ème escadron

2ème brigade Général de brigade VINOT

12ème chasseurs Colonel de Grouchy 1er, 2ème et 3ème escadron

Artillerie divisionnaire

4ème compagnie du 2ème d'artillerie à cheval : Capitaine DUMONT
3ème compagnie du 5ème train


5ème division Général de division SUBERVIE
(division appartenant au 1er corps, mais rattachée au 6ème corps)

1ère brigade Général de brigade Louis Alphonse de COLBERT-CHABANAIS

1er lanciers Colonel JACQUINOT 1er, 2ème, 3ème et 4ème escadron
2ème lanciers Colonel SOURD 1er, 2ème, 3ème et 4ème escadron

2ème brigade Général de brigade MERLIN

11ème chasseurs Colonel NICOLAS 1er, 2ème et 3ème escadron

Artillerie divisionnaire

3ème compagnie du 1er d'artillerie à pied : Capitaine DUCHEMIN


Artillerie de réserve du corps
Commandant Général de division NOURY
Chef d'état-major Major CHAUDON


Génie
Commandant Général de division SABATIER
Chef d'état-major Colonel CONSTANTIN


3ème CORPS DE CAVALERIE


Général de division KELLERMANN

Chef d'état-major Adjudant commandant
Charles Antoine Benoist BATAILLE de TANCARVILLE


11ème division Général de division LHERITIER
Chef d'état-major Adjudant commandant Charles SOUBEIRAN

1ère brigade Général de brigade PICQUET

2ème dragons Colonel PLANZEAUX 1er, 2ème, 3ème et 4ème escadron
7ème dragons Colonel LEOPOLD 1er, 2ème, 3ème et 4ème escadron

2ème brigade Généra de brigade GUITON

8ème cuirassiers Colonel CARAVAQUE 1er, 2ème et 3ème escadron
11ème cuirassiers Colonel COURTIER 1er et 2ème escadron

Artillerie divisionnaire

3ème compagnie du 2ème d'artillerie à cheval : Capitaine de MARCILLAC
3ème compagnie du 2ème train


12ème division Général de division ROUSSEL d'HURBAL

1ère brigade Général de brigade BLANCARD

1er carabiniers Colonel ROGE 1er, 2ème et 3ème escadron
2ème carabiniers Colonel BEUGNAT 1er, 2ème et 3ème escadron

2ème brigade Général de brigade DONOP

2ème cuirassiers Colonel GRANDJEAN 1er et 2ème escadron
3ème cuirassiers Colonel LACROIX 1er, 2ème, 3ème et 4ème escadron

Artillerie divisionnaire

2ème compagnie du 2ème d'artillerie à cheval : Capitaine LEBEAU
4ème compagnie du 2ème train : Lieutenant MAUZAT


4ème CORPS DE CAVALERIE



Général de division MILHAUD

Chef d'état-major Adjudant commandant CHASSERIAU


13ème division Général de division WATIER de SAINT-ALPHONSE

1ère brigade Général de brigade DUBOIS

1er cuirassiers Colonel ORDENER 1er, 2ème, 3ème et 4ème escadron
4ème cuirassiers Colonel HABERT 1er, 2ème et 3ème escadron

2ème brigade Général TRAVERS, baron de JEVER

7ème cuirassiers Colonel RICHARDOT 1er et 2ème escadron
12ème cuirassiers Colonel THUROT 1er et 2ème escadron

Artillerie divisionnaire

5ème compagnie du 1er d'artillerie à cheval : Capitaine DUCHET
8ème compagnie du 1er train


14ème division Général de division DELORT
Chef d'état-major Adjudant commandant LEGAY

1ère brigade Général de brigade FARINE du CREUX

5ème cuirassiers Colonel GOBERT 1er, 2ème et 3ème escadron
10ème cuirassiers Colonel LAHUBERDIERE 1er, 2ème et 3ème escadron

2ème brigade Général de brigade VIAL

6ème cuirassiers Colonel MARTIN 1er, 2ème et 3ème escadron
9ème cuirassiers Colonel BIGARNE 1er, 2ème, 3ème et 4ème escadron

Artillerie divisionnaire

4ème compagnie du 3ème d'artillerie à cheval
Une compagnie du 3ème train


ANGLETERRE – PAYS-BAS



Arthur Wellesley, duc de Wellington
Commandant l'armée anglo-hollandaise

Sir William de LANCEY
Colonel
Chef d'état-major

Frédéric d'Orange
Prince des Pays-Bas
Commandant le 1er corps

Sir Rowland HILL
Lieutenant général
Commandant le 2ème corps

Lord UXBRIDGE
Lieutenant général
Commandant la cavalerie

Sir Thomas PICTON
Lieutenant général
Commandant le corps de réserve



1° CORPS


Frédéric d'Orange, prince des Pays-Bas

Chef d'état-major Major général de CONSTANT-REBECQUE
Adjudant général Major général van der WIJEK
Cdt artillerie Major général GUNKEL


1° division Major général COOKE
infanterie britannique

1° brigade Major général MAITLAND

II/1° Foot Major ASKEW
III/1° Foot Major STEWART

2° brigade Major général BING

II/2° Foot Major WOODFORD
II/3° Foot Major HEPBURN

Artillerie divisionnaire : Lieutenant colonel ADYE

British foot battery, capitaine SANDHAM
King's german legion horse battery (KGL) : major KUHLMANN


3° division Lieutenant général von ALTEN
infanterie britannique
Chef d'état-major Colonel von BERGER

5° brigade Major général ALKETT

II/30° Foot Major BAILEY
II/33° Foot Lieutenant colonel ELPHINSTONE
II/69° Foot Lieutenant colonel MORICE
II/73° Foot Lieutenant colonel HARRIS

2° brigade Colonel OMPTEDA

Kings German Legion
I Light btn Lieutenant colonel BUSSCHE
II Light btn Major BARING
V Line btn Major SCHROEDER
VIII Line btn Lieutenant colonel LINSINGEN

1° brigade Major général KIELMANSEGGE

hanovrienne
Light btn Osnabrück Major BÜLOW
Light btn Grubenhagen Lieutenant colonel WURMB
Light btn Bremen Lieutenant colonel LANGREHR
Light btn Werden Major de SCHKOPP
Light btn Lüneburg Lieutenant colonel KLENCKE
Feld Jäger corps Capitaine von REDEN


Artillerie divisionnaire : Lieutenant colonel WILLIAMSON

British foot battery, capitaine LLOYD
King's german legion 1° Foot battery, capitaine CLEEVES


2° division Lieutenant général de PERPONCHER-SEDLNITZKY
infanterie néerlandaise
Chef d'état-major Colonel van ZUYLEN van NYEVELT

1° brigade Major général van BIJLANDT [allemands, belges]

27° Jaeger Lieutenant colonel GRUNEBOSCH
7° Line Lieutenant colonel VANDENSANDE
5° Militia Lieutenant colonel WESTENBERG
7° Militia Lieutenant colonel SINGENDONCK
8° Militia Lieutenant colonel de JONGH

2° brigade Major général prince de SAXE-WEIMAR [Nassau]

I/2° Capitaine BUSGEN
II/2° Major von NORMANN
III/2° Major HEGMANN
I/28° Lieutenant colonel von DRESSEL
II/28° Lieutenant colonel SCHLEYER
Volunteers Jaegers, capitaine BERGMANN

Artillerie divisionnaire : Major van OPSTAL

Belgian foot battery, capitaine STIEVENAAR
Dutch horse battery, capitaine BIJLEVELD


3° division Lieutenant général CHASSE
infanterie néerlandaise
Chef d'état-major Major van DELEN

1° brigade Colonel DETMERS [belges, allemands]

35° Jager Colonel ARNOLD
2° Line Lieutenant colonel SPEELMAN
4° Line Colonel van MOLENCATE
6° Line Lieutenant colonel van THIELEN
17° Militia Lieutenant colonel van MOLZ WIELING
19° Militia Major BOELLAERDT

2° brigade Major général d'AUBREME [belges, allemands]

36° chasseurs Colonel GOETHALS
3° Line Lieutenant colonel HONNEUX
12° Line Colonel BAGELAAR
13° Line Lieutenant colonel ABERSON
3° Militia Lieutenant colonel van LAWICK van PABST
10° Militia Lieutenant colonel BRADE

Artillerie divisionnaire : Major van der SMISSEN

Belgian foot battery, capitaine LUX
Belgian horse battery, capitaine KRAHMER de BICHIN


2° CORPS


Lieutenant général HILL


2° division Lieutenant général CLINTON
infanterie britannique

1° brigade Colonel de PLAT

Kings German Legion
I Line Btn Major ROBERTSON
II Line Btn Lieutenant colonel von SCHROEDER
III Line Btn Lieutenant colonel de WISSEL
IV Line Btn Major REB

3° brigade Major général ADAM

I/52° foot Lieutenant colonel COLBORNE
71° foot Lieutenant colonel REYNER
II/95° foot Major NORCOTT ou colonel BARNARD

3° brigade Colonel HALKETT

hanovrienne
Landwehr Btn. "Bremenvorde" Lieutenant colonel SCHULENBERG
Landwehr Btn. "Salsgitter" Major von HAMMERSTEIN
Landwehr Btn. "Osnabrück" Major MUNSTER
Landwehr Btn. "Quackenbruck" Major von dem HUNEFOED

Artillerie divisionnaire : Lieutenant colonel GOLD

British foot battery, capitaine BOLTON
King's german legion horse battery, major SYMPHER


4° division Lieutenant général COLVILLE
infanterie britannique

4° brigade Lieutenant colonel Harry MITCHELL

I/23° foot Lieutenant colonel ELLIS
III/14° foot Lieutenant colonel SKELLY TIDY
I/51° foot Major RICE ou lieutenant colonel Hugh Henry MITCHELL

6° brigade Colonel JOHNSTONE

II/35° foot Major McALLISTER
I/54° foot Lieutenant WALDERGRAVE
I/59° foot Colonel AUSTIN
I/91° foot Lieutenant colonel DOUGLAS

6° brigade Major général LYON

hanovrienne
Hannoverian line Btn "Launeberg" Lieutenant colonel BENORT
Hannoverian line Btn "Kalenburg" Major SCHNEHEN
Hannoverian landwehr Btn "Nienburg" Major HOLENFER
Hannoverian landwehr Btn "Hoya" Lieutenant colonel GROTA
Hannoverian landwehr Btn "Bentheim" Major CROUPP

Artillerie divisionnaire : Lieutenant colonel HAWKER

British foot battery, major BROME
Hannoverian foot battery, capitaine von RETTBERG


CORPS DE RESERVE


Lieutenant général PICTON


5° division Lieutenant général PICTON
infanterie britannique

8° brigade Major général KEMPT

I/28° foot Lieutenant colonel BELSON
I/32° foot Major HICKS
I/79° foot Lieutenant colonel DOUGLAS
I/95° foot Lieutenant colonel BARNARD

9° brigade Major général PACK

III/1° foot Major CAMPBELL
42° foot Colonel MACARA, puis major HAMMERTON
I/92° foot Lieutenant colonel CAMERON, puis major MACDONALD

5° brigade Colonel von VINCKE

hanovrienne
Landwehr Btn "Hameln" Major von STRUBE
Landwehr Btn "Gifhorn" Major von HAMMERSTEIN
Landwehr Btn "Hildesheim" Major von RHEDEN
Landwehr Btn "Peine" Major WESTPHALEN

Artillerie divisionnaire : Major HEISSE

Hannoverian foot battery, capitaine BRAUN
British foot battery, major ROGERS


6° division Major général LAMBERT (remplaçant le lieutenant général COLE)
infanterie britannique

10° brigade Major général LAMBERT

I/4° foot Lieutenant colonel BROOKE
1/27° foot Capitaine HARE
I/40° foot Major HAYLAND

4° brigade Colonel BEST

hanovrienne
Landwehr Btn "Osterode" Major REDEN
Landwehr Btn "Münden" Major de SCHMIDT
Landwehr Btn "Luneburg" Lieutenant colonel de RAMDOHR
Landwehr Btn "Verden" Major de DECKEN

Artillerie divisionnaire : Lieutenant colonel BRUCKMANN

British foot battery, capitaine SINCLAIR



Contingent brunswickois : duc de Brunswick, puis colonel OLFERMANN
Chef d'état-major Lieutenant colonel von HEINEMANN

Avant-garde Major von RAUSCHENPLATT

1° brigade Lieutenant colonel von BUTTLAR

Light Btn "Leib" Major von PROSTLER
1° Light Btn Major von HOLSTEIN
2° Light Btn Major von BRANDENSTEIN
3° Light Btn Major EBELING

2° brigade Lieutenant colonel von SPECHT

1° Line Btn Major METZNER
2° Line Btn Major von STROMBECK
3° Line Btn Major von NORMANN

Artillerie divisionnaire : Major MAHN

Brunswick foot battery, major von MOLL
Brunswick horse battery, capitaine von HEINEMANN

Brigade de cavalerie

2° hussard Major von CRAMM
Uhlans Major POTT


Brigade de Nassau Major général von KRUSE
Chef d'état-major Capitaine von MORRENHOFFEN

I/1° infanterie Major von WEYHERS
II/1° infanterie Major von NAUENDORF


Artillerie de réserve britannique : major DRUMMOND

British horse battery, lieutenant colonel ROS
British horse battery, major BEANE
British foot battery, Capitaine MORRISON
British foot battery, capitaine HUTCHESSON
British foot battery, capitaine ILBERT


Artillerie de réserve hanovrienne

Hanovarian foot battery, capitaine von WEIRING
Hanovarian foot battery, capitaine von BRAUN


CORPS DE CAVALERIE


Lieutenant général UXBRIGDE


Division de cavalerie britannique

1° brigade Major général SOMERSET

1° life guard Lieutenant colonel FERRIOR
2° life guard Lieutenant colonel LYGON
Royal horse guard Lieutenant colonel HILL
1° dragoon guard Lieutenant colonel FULLER

2° brigade Major général PONSONBY

1° royal dragoon Lieutenant colonel CLIFTON
2° royal dragoon Lieutenant colonel HAMILTON
6° dragon Lieutenant colonel MUTER

3° brigade Major général DORNBERG

1° KGL dragoon Lieutenant colonel BULOW
2° KGL dragoon Lieutenant colonel de JONQUIERES
23° light dragoon Lieutenant colonel CUTCLIFFE

4° brigade Major général VANDELEUR

11° light dragoon Lieutenant colonel SLEIGHT
12° light dragoon Lieutenant colonel PONSONBY
16° light dragoon Lieutenant colonel HAY

5° brigade Major général COLQUHOUN

7° hussard Lieutenant colonel KERRISON
5° hussard Lieutenant colonel DALRYMPLE

6° brigade Major général VIVIAN

10° hussard Lieutenant colonel QUENTIN
18° hussard Lieutenant colonel MURRAY
1° hussard KGL Lieutenant colonel WISSELL

7° brigade Colonel ARENSCHILD

13° light dragoon Lieutenant colonel DOHERTY
3° hussard KGL Lieutenant colonel MEYER

Brigade Colonel ESTORFF

hanovrienne
Prince Regent Hussard, lieutenant colonel KIELMANSEGGE
Bremen et Verden Hussars, colonel BUSSCHE
Hussard du duc de Cumberland

Artillerie divisionnaire : lieutenant colonel MACDONALD

6 détachements (BULL, SMITH, GARDINER, WHINYATES, MERCE et RAMSAY)



Division de cavalerie néerlandaise

Commandant Lieutenant général de COLLAERT
Chef d'état-major Lieutenant colonel HOYNK van PAPENDRECHT

Cavalerie lourde Major général TRIP

1° carabinier Lieutenant colonel COENEGRACHT
2° carabinier Colonel de BRUJIN
3° carabinier Lieutenant colonel LECHLEITNER

1° brigade Major général de GHIGNY

4° dragons Lieutenant colonel RENNO
8° hussard Lieutenant colonel DAVIVIER

2° brigade Major général van MERLEN

5° dragons Lieutenant colonel de MEREX
6° hussard Lieutenant colonel BEREEL

Artillerie divisionnaire

Demi batterie, capitaine PETTER
Demi batterie, capitaine van PITTIUS
Train, second lieutenant CAMIESE


PRUSSE



Gebhard LEBRECHT von BLUCHER
Commandant l'armée prussienne

Augustus GNEISENAU
Général
Chef d'état-major

Hans von ZIETHEN
Général
Commandant le 1er corps

Georg PIRCH
Général
Commandant le 2ème corps

Johan THIELMANN
Général
Commandant le 3ème corps

Friedrich von BULOW
Général
Commandant le 4ème corps

1° CORPS


Lieutenant général von ZIETHEN

Chef d'état-major Lieutenant colonel von REICHE
S/Chef d'état-major Major von TEDENROTH


INFANTERIE


1° brigade Major général von STEIMETZ

12° infanterie Lieutenant colonel OTHENGRAVEN
(ou 2° d'infanterie de Brandebourg)
24° infanterie Major von LAURENS
(ou 4° Brandebourg)


CAVALERIE


Cavalerie de réserve, Lieutenant général von ROEDER
Chef d'état-major Major GRABEN

1° brigade Major général von TRESKOW II

2° dragons Lieutenant colonel von WOISKY
(ou 1° dragons de la Prusse Occidentale)
5° dragons Lieutenant colonel von WATZDORFF
(ou Régiment de dragons de Brandebourg du prince Guillaume)
4° hussards Major von ENGELHARDT
(ou 1° régiment de hussards silésiens)
3° uhlans Lieutenant colonel von STUTTERHEIM
(ou régiment de uhlans de Brandebourg)


2° CORPS



Major général von PIRCH
(en l'absence du général von KLEIST)

Chef d'état-major Colonel von ASTER
S/Chef d'état-major Major von CLAUSEWITZ


INFANTERIE



5° brigade Major général von TIPPELSKIRSCH

12° infanterie Major von CARDELL
(ou 1° régiment d'infanterie de Poméranie)
25° infanterie Major von PETERSDORFF
(ou Lützen Freicorps Infanterie)
5° infanterie de Landwehr de Westphalie, lieutenant colonel von ROEBEL
(ou Régiment d'infanterie de Landwehr de Paderborn)


6° brigade Major général von KRAFFT

9° infanterie Major von SCHMIDT
(ou régiment d'infanterie Colberg)
26° infanterie Major von REUSS
(ou régiment d'infanterie de l'Elbe)
1° Landwehr d'Elbe, lieutenant colonel von BISMARCK


7° brigade Major général von BRAUSE

14° infanterie Major von MIRBACH
22° infanterie Major von SACK
2° Landwehr d'Elbe, major von RECKOW


CAVALERIE



2° brigade Lieutenant colonel von SOHR

3° hussards Major von KLINCKOWSTRÖM
(ou régiment de hussards de Brandebourg)
5° hussards Major von ARNIM
(ou régiment de hussards de Poméranie)


3° brigade Colonel von SCHULENBURG

4° régiment de cavalerie de Landwehr de la Marche Electorale
Lieutenant colonel von SCHMELING
5° régiment de cavalerie de Landwehr de la Marche Electorale
Major von UCKERMANN



Cavalerie attachée aux brigades d'infanterie

11° hussards Major von ROMBERG
Réserve de cavalerie de Landwehr d'Elbe, lieutenant colonel von REIBNITZ


IV° CORPS

INFANTERIE



Général d'infanterie BULOW von DENNEWITZ

Chef d'état-major Major général von VALENTINI
S/Chef d'état-major Major von RUTS


13° brigade Lieutenant général von HAKE

1° infanterie Colonel von LETTOW
(ou 1° régiment d'infanterie silésien)
2° Landwehr de la nouvelle Marche (Neumark), major von BRAUNSCHWEIG
3° Landwehr de la nouvelle Marche (Neumark), major von SCHMALENSEE


14° brigade Colonel von FUNCK (en l'absence du major général von RIJSSEL)

11° infanterie Major von REICHENBACH
(ou 2° régiment d'infanterie silésien)
1° Landwehr de Poméranie, major von BRANDENSTEIN
2° Landwehr de Poméranie, major von PAWELS


15° brigade Major général von LOSTHIN

18° infanterie Colonel von LOEBELL
(ou 6° d'infanterie de réserve)
3° Landwehr silésien, lieutenant colonel von THILE
4° Landwehr silésien, lieutenant colonel von MASSOW


16° brigade Colonel von HILLER

15° infanterie Colonel von CREILSHEIM
(ou 3° d'infanterie de réserve)
1° Landwehr silésien, major von FISCHER
2° Landwehr silésien, lieutenant colonel von BLANDOWSKI


IV° CORPS

INFANTERIE



Général de cavalerie prince Guillaume de Prusse

Chef d'état-major Major von HEDEMANN


1° brigade Colonel von SCHWERIN

6° hussards Colonel von EICKE
(ou 2° hussards silésiens)
10° hussards Colonel von LEBEDUR
1° uhlans de Prusse occidentale, lieutenant colonel BEIER


2° brigade Lieutenant colonel von WATZDORFF

8° hussards Major von COLOMB


3° brigade Major général von SYDOW

1° cavalerie de Landwehr de la Nouvelle marche, major von SYDOW
2° cavalerie de Landwehr de la Nouvelle marche, major von HASLINGEN
2° cavalerie de Landwehr de la Poméranie, major von BLACKENBURG
1° cavalerie de Landwehr de la Silésie, major von SCHILL


Cavalerie attachée aux brigades d'infanterie

2° cavalerie de Landwehr de la Silésie, major von SCHALLERN
3° cavalerie de Landwehr de la Silésie, major von FALCKENHAUSEN




Merci à Fortune pour cette carte postale.



BULLETIN DE L'ARMÉE



Laon, 20 juin 1815

BATAILLE DE MONT-SAINT-JEAN

A neuf heures du matin, la pluie ayant un peu diminué, le 1er corps se mit en mouvement et se plaça, la gauche à la route de Bruxelles et vis-à-vis le village de Mont Saint-Jean, qui paraissait le centre de la position de l'ennemi, Le 2ème corps appuya sa droite à la route de Bruxelles, et sa gauche à un petit bois, à portée de canon de l'armée anglaise. Les cuirassiers se portèrent en réserve derrière, et la Garde en réserve sur les hauteurs. Le 6ème corps, avec la cavalerie du général Domont, sous les ordres du comte Lobau, fut destiné à se porter en arrière de notre droite, pour s'opposer à un corps prussien qui paraissait avoir échappé au maréchal Grouchy et être dans l'intention de tomber sur notre flanc droit, intention qui nous avait été connue par nos rapports et par une lettre d'un général prussien que portait une ordonnance prise par nos coureurs. Les troupes étaient pleines d'ardeur.

On estimait les forces de l'armée anglaise à 80.000 hommes ; on supposait que le corps prussien, qui pouvait être en mesure vers le soir, pouvait être de 15.000 hommes, Les forces ennemies étaient donc de plus de 90.000 hommes ; les nôtres étaient moins nombreuses.

A midi, tous les préparatifs étaient terminés, et le prince Jérôme, commandant une division du 2ème corps, destinée à en former l'extrême gauche, se porta sur le bois dont l'ennemi occupait une partie. La canonnade s'engagea ; l'ennemi soutint par trente pièces de canon les troupes qu'il avait envoyées pour garder le bois. Nous fîmes aussi de notre côté des dispositions d'artillerie. A une heure, le prince Jérôme fut maître de tout le bois, et toute l'armée anglaise se replia derrière un rideau. Le comte d'Erlon attaqua alors le village de Mont Saint-Jean et fit appuyer son attaque par quatre-vingts pièces de canon, Il s'engagea là une épouvantable canonnade, qui dut beaucoup faire souffrir l'armée anglaise, tous les coups portaient sur le plateau. Une brigade de la 1e division du comte d'Erlon s'empara du village de Mont Saint-Jean ; une seconde brigade fut chargée par un corps de cavalerie anglaise, qui lui fit éprouver beaucoup de pertes, Au même moment, une division de cavalerie anglaise chargea la batterie du comte d'Erlon par sa droite, et désorganisa plusieurs pièces ; mais les cuirassiers du général Milhaud chargèrent cette division, dont trois régiments furent rompus et écharpés.

Il était trois heures après midi. L'Empereur fit avancer la Garde pour la placer dans la plaine, sur le terrain qu'avait occupé le 1er corps au commencement de l'action, ce corps se trouvant déjà en avant. La division prussienne, dont on avait prévu le mouvement, commence alors à s'engager avec les tirailleurs du comte Lobau, en plongeant son feu sur tout notre flanc droit. Il était convenable, avant de rien entreprendre ailleurs, d'attendre l'issue qu'aurait cette attaque. A cet effet, tous les moyens de la réserve étaient prêts à se porter au secours du comte Lobau et à écraser le corps prussien lorsqu'il se serait avancé.

Cela fait, l'Empereur avait le projet de mener une attaque par le village de Mont Saint-Jean, dont on espérait un succès décisif ; mais, par un mouvement d'impatience si fréquent dans nos annales militaires, et qui nous a été souvent si funeste, la cavalerie de réserve, s'étant aperçue d'un mouvement rétrograde que faisaient les Anglais pour se mettre à l'abri de nos batteries, dont ils avaient déjà tant souffert, couronna les hauteurs de Mont Saint-Jean et chargea l'infanterie. Ce mouvement, qui, fait à temps et soutenu par les réserves, devait décider de la journée, fait isolément et avant que les affaires de la droite fussent terminées, devint funeste. N'ayant aucun moyen de le contremander, l'ennemi montrant beaucoup de masses d'infanterie et de cavalerie, et les deux divisions de cuirassiers étant engagées, toute notre cavalerie courut au même moment pour soutenir ses camarades. Là, pendant trois heures, se firent de nombreuses charges qui nous valurent l'enfoncement de plusieurs carrés et six drapeaux de l'infanterie anglaise, avantage hors de proportion avec les pertes qu'éprouvait notre cavalerie par la mitraille et les fusillades. Il était impossible de disposer de nos réserves d'infanterie jusqu'à ce qu'on eût repoussé l'attaque de flanc du corps prussien. Cette attaque se prolongeait toujours et perpendiculairement sur notre flanc droit. L'Empereur y envoya le général Duhesme avec la jeune Garde et plusieurs batteries de réserve. L'ennemi fut contenu, fut repoussé et recula ; il avait épuisé ses forces et l'on n'en avait plus rien à craindre. C'est ce moment qui était celui indiqué pour une attaque sur le centre de l'ennemi.

Comme les cuirassiers souffraient par la mitraille, on envoya quatre bataillons de la moyenne Garde pour protéger les cuirassiers, soutenir la position, et, si cela était possible, dégager et faire reculer dans la plaine une partie de notre cavalerie. On envoya deux autres bataillons pour se tenir en potence sur l'extrême gauche de la division qui avait manœuvré sur nos flancs, afin de n'avoir de ce côté aucune inquiétude ; Le reste fut disposé en réserve, partie pour occuper la potence en arrière de Mont Saint-Jean, partie sur le plateau, en arrière du champ de bataille qui formait notre position de retraite.

Dans cet état de choses, la bataille était gagnée ; nous occupions toutes les positions que l'ennemi occupait au commencement de l'action ; notre cavalerie ayant été trop tôt et mal employée, nous ne pouvions plus espérer de succès décisifs, Mais le maréchal Grouchy, ayant appris le mouvement du corps prussien, marchait sur le derrière de ce corps, ce qui nous assurait un succès éclatant pour la journée du lendemain. Après huit heures de feu et de charges d'infanterie et de cavalerie, toute l'armée voyait avec satisfaction la bataille gagnée et le champ de bataille en notre pouvoir.

Sur les huit heures et demie, les quatre bataillons de la moyenne Garde qui avaient été envoyés sur le plateau au-delà de Mont Saint-Jean pour soutenir les cuirassiers, étant gênés par la mitraille de l'ennemi, marchèrent à la baïonnette pour enlever ses batteries, Le jour finissait ; une charge faite sur leur flanc par plusieurs escadrons anglais les mit en désordre ; les fuyards repassèrent le ravin ; les régiments voisins, qui virent quelques troupes appartenant à la Garde à la débandade, crurent que c'était de la vieille Garde et s'ébranlèrent : les cris "Tout est perdu ! La Garde est repoussée" ! se firent entendre. Les soldats prétendent même que sur plusieurs points des malveillants apostés ont crié Sauve qui peut ! Quoi qu'il en soit, une terreur panique se répandit tout à la fois sur tout le champ de bataille : on se précipita dans le plus grand désordre sur la ligne de communication : les soldats, les canonniers, les caissons se pressaient pour y arriver ; la vieille Garde qui était en réserve en fut assaillie, et fut elle-même entraînée.

Dans un instant, l'armée ne fut plus qu'une masse confuse, toutes les armes étant mêlées, et il était impossible de reformer un corps. L'ennemi, qui s'aperçut de cette étonnante confusion, fit déboucher des colonnes de cavalerie ; le désordre augmenta ; la confusion de la nuit empêcha de rallier les troupes et de leur montrer leur erreur. Ainsi une bataille terminée, une journée finie, de fausses mesures réparées, de plus grands succès assurés pour le lendemain, tout fut perdu par un moment de terreur panique. Les escadrons de service même, rangés à côté de l'Empereur, furent culbutés et désorganisés par ces flots tumultueux, et il n'y eut plus d'autre chose à faire que de suivre le torrent. Les parcs de réserve, les bagages qui n'avaient point repassé la Sambre, et tout ce qui était sur le champ de bataille, vont rester au pouvoir de l'ennemi. Il n'y a eu même aucun moyen d'attendre les troupes de notre droite ; on sait ce que c'est que la plus brave armée du monde, lorsqu'elle est mêlée et que son organisation n'existe plus.

L'Empereur a passé la Sambre à Charleroi le 19, à cinq heures du matin. Philippeville et Avesnes ont été donnés pour point de réunion. Le prince Jérôme, le général Morand et les autres généraux y ont déjà rallié une partie de l'armée, Le maréchal Grouchy, avec le corps de la droite, opère son mouvement sur la basse Sambre.

La perte de l'ennemi doit avoir été très grande, à en juger par les drapeaux que nous lui avons pris et par les pas rétrogrades qu'il avait fait ; la nôtre ne pourra se calculer qu'après le ralliement des troupes, Avant que le désordre éclatât, nous avions déjà éprouvé des pertes considérables, surtout dans notre cavalerie, si funestement et pourtant si bravement engagée. Malgré ces pertes, cette valeureuse cavalerie a constamment gardé la position qu'elle avait prise aux anglais, et ne l'ont abandonnée que quand le tumulte et le désordre du champ de bataille l'y ont forcée, Au milieu de la nuit et des obstacles qui encombraient la route, elle n'a pu elle-même conserver son organisation.

L'artillerie, comme à son ordinaire, s'est couverte de gloire.

Les voitures du quartier général étaient restées dans leur position ordinaire, aucun mouvement rétrograde n'ayant été jugé nécessaire. Dans le cours de la journée, elles sont tombées entre les mains de l'ennemi. Telle a été l'issue de la bataille de Mont Saint-Jean, glorieuse pour les armées françaises, et pourtant si funeste.


[Extrait du Moniteur du 21 juin 1815]



Napoléon quitte le champ de bataille de Waterloo (scène imaginée)


Le mot de la fin …


Je ne reviens pas de notre défaite ! ... On nous a fait manœuvrer comme des citrouilles. J'ai été, avec mon régiment, flanqueur de droite de l'armée pendant presque toute la bataille. On m'assurait que le maréchal Grouchy allait arriver sur ce point, qui n'était gardé que par mon régiment, trois pièces de canon et un bataillon d'infanterie légère, ce qui était trop faible. Au lieu du maréchal Grouchy, c'est le corps de Blücher qui a débouché !... Jugez de la manière dont nous avons été arrangés ! ... Nous avons été enfoncés, et l'ennemi a été sur-le-champ sur nos derrières ! ... On aurait pu remédier au mal, mais personne n'a donné d'ordres. Les gros généraux ont été à Paris faire de mauvais discours. Les petits perdent la tête, et cela va mal ... J'ai reçu un coup de lance dans le côté ; ma blessure est assez forte, mais j'ai voulu rester pour donner le bon exemple. Si chacun eût fait de même, cela irait encore, mais les soldats désertent à l’intérieur; personne ne les arrête, et il y a dans ce pays-ci, quoi qu'on dise, 50 000 hommes qu'on pourrait réunir; mais alors il faudrait peine de mort contre tout homme qui quitte son poste et contre ceux qui donnent permission de le quitter. Tout le monde donne des congés, et les diligences sont pleines d'officiers qui s'en vont. Jugez si les soldats sont en reste ! Il n'y en aura pas un dans huit jours, si la peine de mort ne les retient ... Si les Chambres veulent, elles peuvent nous sauver ; mais il faut des moyens prompts et des lois sévères ... On n'envoie pas un bœuf, pas de vivres, rien ... ; de sorte que les soldats pillent la pauvre France comme ils faisaient en Russie ... Je suis aux avant-postes, sous Laon; on nous a fait promettre de ne pas tirer, et tout est tranquille ...

Adolphe Marcellin de MARBOT
Colonel du 7e hussard



Photographie de Diana.



© Thinap.


Sources: "Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français, de 1792 à 1815" par une société de militaires et de gens de lettres
Paris : Impr. C.-L.-F. Panckoucke, 1817-1825 - 30 vol. ; in-8
Autres auteurs :
- Beauvais de Préau, Charles-Théodore (1772-1830). Éditeur scientifique
- Tissot, Pierre-François (1768-1854). Fonction indéterminée
- Tardieu, Ambroise (1788-1841). Fonction indéterminée

L'ouvrage, libre de droit, est disponible au téléchargement sur GALLICA (site Internet de la Bibliothèque Nationale de France - ou Bibliothèque François Mitterand : http://gallica.bnf.fr/)




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