Chronologie: Malmaison.

25 juin 1815.


Joséphine manque...


Napoléon quitta l’Élysée vers midi pour se rendre à la Malmaison

J’allai le recevoir avec un sentiment de douleur, en songeant que ce même lieu qui l’avait vu au plus haut point de la gloire et du bonheur, le revoyait aujourd'hui au dernier degré de l’infortune, car il n’y retrouvait pas même son amie d’autrefois, si tendre et si dévouée. Moi, la fille de cette amie, je ne pouvais lui offrir que quelques soins et je sentais avec chagrin mon insuffisance. Je lui fit part de tous mes arrangements qu’il approuva et je le laissai seul en le priant de me faire appeler quand il aurait besoin de moi.

Le soir même, les frères de l’Empereur, le duc de Bassano, M. Lavallette, vinrent le voir ; je restai dans mon salon avec tous les officiers de sa maison et de la mienne ; nous n’étions occupés qu’à chercher quelque moyen de le sauver. Les jeunes officiers qui n’avaient pas voulu le quitter assuraient que les royalistes devaient l’enlever et ils se préparaient à la défense. Trente hommes des dragons de la Garde, restés en dépôts, encore blessés et à demi armés, MM Gourgaud, de Montholon, de Montaran, l’aide de camp de service, et M. de Las Cases, chambellan, quatre officiers d’ordonnance et le jeune page Sainte-Catherine d’Audiffredi, jeune Américain parent de ma mère, M. de Marmol, mon écuyer, voilà quelle était notre force militaire.(x) Mais ces messieurs me rassuraient par le peu de courage qu’ils supposaient aux royalistes et qu’ils s’amusaient à tourner en ridicule. Je me retirai assez tard avec Mme d’Arjuzon ; tous les hommes veillèrent.

Le lendemain de son entrée à la Malmaison, l’empereur m’envoya chercher vers 11 heures ; il se promenait seul dans le jardin ; le temps était superbe ; il me demanda comment je me portais, ce que j’avais fait dans ma soirée, n’attendit pas ma réponse et, avec une expression touchante, il me dit :

« Cette pauvre Joséphine ! Je ne puis m’accoutumer à habiter ce lieu sans elle ! Il me semble toujours la voir sortir d’une allée et cueillir ces plantes qu’elle aimait tant ! Pauvre Joséphine ».

Ensuite, voyant la triste impression que j’en éprouvais, il ajouta :

« Au reste, elle serait bien malheureuse à présent. Nous n’avons jamais eu qu’un sujet de querelle : c’était pour ses dettes et je l’ai assez grondée. C’était bien la personne la plus remplie de grâce que j’aie jamais vue. Elle était femme dans toute la force du terme, mobile, vive et le cœur le meilleur. Faites-moi faire un autre portrait d’elle ; je voudrais qu’il fût en médaillon. »

Je le lui promis.

(x) La garde de Malmaison comprenait, outre le piquet de dragons de la Garde, des grenadiers et chasseurs à pied du dépôt de Reuil.
À Malmaison, outre Gourgaud, il y avait en réalité, six officiers d’ordonnance :
Planat, Saint-Yon, Saint –Jacques, Résigny, Chiappe et Autric.

Extrait des :
MÉMOIRES DE LA REINE HORTENSE
publiés par le Prince Napoléon
Librairie PLON
M.CM.XXVII


Merci à Diana


28 juin 1815


Léon ressemble au Roi de Rome.


Un jour, à midi, l’empereur m’envoya chercher. Il était dans son petit jardin avec un homme que je ne connaissais pas et un enfant qui paraissait avoir de neuf à dix ans. Me prenant à l’écart, l’empereur me dit :

« Hortense, regardez cet enfant : à qui ressemble-t-il ? »
- « C’est votre fils, Sire, c’est le portrait du roi de Rome. »
- Vous le trouvez ? Il faut donc que ce soit. Moi, qui ne croyais pas avoir le cœur tendre, cette vue m’a ému. Vous paraissez instruite de sa naissance. D’où la connaissez-vous ? »
- « Sire, le public en a beaucoup parlé, et cette ressemblance me prouve qu’il ne s’est pas trompé. »
- J’avoue que j’ai longtemps douté qu’il fût mon fils (1). Cependant je le faisais élever dans une pension de Paris; l’homme qui s’en était chargé m’a écrit pour connaître mes intentions sur son sort; j’ai désiré le voir et, comme vous, sa ressemblance avec mon fils m’a frappé. »
- « Qu’allez-vous en faire ? Sire, je m’en chargerais avec plaisir, mais ne pensez-vous pas que ce serait peut-être donner sujet à la méchanceté de s’exercer contre moi ?. »
- « Oui, vous avez raison. Il m’eût été agréable de le savoir auprès de vous, mais on ne manquerait pas de dire qu’il est votre fils. Lorsque je serai établi en Amérique, je le ferai venir. »

Il rejoignit alors le monsieur qui attendait plus loin. Je m’approchai de cet enfant, beau comme un ange. Je lui demandai s’il était content dans sa pension et à quoi il s’amusait ; il me répondit que depuis quelque temps, lui et ses camarades jouaient à se battre et qu’ils faisaient deux partis : l’un appelé les Bonapartistes et l’autre les Bourbonistes. Je voulus savoir de quel parti il était : « De celui du Roi », me dit-il, et quand je lui demandai le motif, il me répondit : « Parce que j’aime le Roi et que je n’aime pas l’Empereur. » Je jugeai combien il était loin de soupçonner sa naissance et de connaître celui qu’il venait voir. Je trouvai sa position si bizarre que je le questionnai sur la raison qui lui faisait ne pas aimer l’Empereur. « Je n’ai aucune raison, me répétait-il, si ce n’est que je suis du parti du Roi. » L’Empereur nous rejoignit, congédia la personne qui en était chargée (2) et alla déjeuner. Je le suivis et il répétait souvent : « Cette vue m’a ému; il ressemble à mon fils. Je ne me croyais pas susceptible de l’impression qu’il m’a fait éprouver. Sa ressemblance avec mon fils et avec moi vous a donc bien frappée ? » Et tout son déjeuner se passa dans de semblables discours.

(1) Il s’agit du comte Léon, fils d’Éléonore Denuelle de La Plaigne. D’abord confié à Mme Loir, nourrice d’Achille Murat, cet enfant fut ensuite placé en 1812 à la pension Hix, 6, rue Matignon, avec les enfants du baron de Mauvières, son tuteur, beau-père de Meneval.

(2) Las Cases raconte qu’il dit un jour à l’Empereur que la chronique donnait deux aînés au Roi de Rome. « On voulait que tous deux fussent venus à la Malmaison avant notre départ, l’un amené par sa mère, l’autre introduit par son tuteur. »
Si l’on en croit Las Cases, la personne qui accompagnait Léon aurait donc été Joseph Ignace Mathieu de Mauvières, né à Schlestadt le 31 juillet 1754, mort à Paris le 26 juin 1833, notaire à Saint-Forget (Seine-et-Oise) et baron de l’Empire.

Extrait des
MÉMOIRES DE LA REINE HORTENSE
Publié par le Prince Napoléon
Librairie PLON
M.CM.XXVII


Merci à Diana


Elle était française!



Bernard Chevallier, Douce et incomparable Joséphine - Payot, 1999 (p 217-218)


Après l’abdication, juin 1815, à Malmaison.
L’Empereur et le médecin de Joséphine, Claude-Elie Horeau :


« Vous dites qu’elle avait du chagrin… Quel chagrin ? d’où venait-il ?
- De ce qui se passait, Sire ; de la position de Votre Majesté.
- Ah ! Elle parlait de moi, donc !
- Souvent… très souvent…
- Bonne femme ! Bonne Joséphine ! elle m’aimait vraiment, celle-là, n’est-ce pas ? Elle était française !
- Oh ! oui, Sire, et elle vous l’eût prouvé, si la crainte de vous déplaire ne l’eût retenue; au moins elle en avait conçu l’idée.
- Comment cela ? Qu’aurait-elle fait ?
- Elle dit, un jour, qu’impératrice des Français, elle aurait traversé Paris, à huit chevaux, toute sa maison en grande livrée, pour aller vous rejoindre à Fontainebleau, et ne plus vous quitter.
- Elle l’aurait fait, monsieur, elle était capable de le faire ! »




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