Chronologie: la campagne de Belgique



Ligny




Bataille de Ligny - gravure à l'eau forte par Gossard d'après Pierre Martinet.




Extrait du carnet de route de PUTIGNY, grognard de l'empire (Merci à Fulub)


Les avant-postes, les bastions avancés sont balayés. Nos baïonnettes rejettent les prussiens sur l'autre rive; nous ne tardons pas à les rejoindre devant ST AMAND.
J'émerge d'un ravin à la tête de ma compagnie, une décharge d'artillerie hurle son chant de mort et me fait m'aplatir contre terre. Je veux me relever pour bondir. L'épaule me brûle, je retombe lourdement sur le sol, mon bras saigne assez peu, mais refuse tout service. Se remettre debout, sans appui n'est pas commode. Ma main droite lâche l'épée. Me voilà sur mes pieds; je la ramasse et rabroue mon lieutenant qui me presse d'aller me faire panser. Il faudrait être fou pour manquer une journée pareille.
Profitant d'un répit, je fais arranger en écharpe ce bras inerte. Le village est pris, perdu, repris. Le régiment se fait sérieusement étriller; mon charitable lieutenant gît, éventré. Mais maintenant, sur toute la ligne, l'ennemi recule à la débandade et le lendemain, sur le champ de victoire, l'Empereur passe le troisième de ligne en revue. Sanglé dans son uniforme bleu des grenadiers de la garde, il semble avoir encore grossi. Sa voix saccadée est bienveillante.
- Voici pour peu de temps un bras en moins à mon service. Mais cela ne t'empêche pas de te servir de l'autre, je te nomme chef de bataillon à la première vacance, et officier de la légion d'honneur.
Ses doigts lâchent l'étoffe de ma manche qu'il pinçait doucement.
Sortant des rangs, un vieux soldat s'avance de deux pas et présente son arme.
- Qu'est-ce que tu veux toi?
- Mon empereur, j'ai dix-neuf ans de service, autant de campagnes, et six fois blessé.
- Pourquoi n'est-il pas gradé?
- Mon Empereur vous pouvez demander à ces messieurs les officiers s'ils m'ont vu reculer sur un champ de bataille.
- On convient volontiers que c'est le plus intrépide du régiment mais qu'il l'est aussi sur la bouteille...
- Tu es caporal et je te donne la CROIX. Tu ne voudras pas la mettre à tremper dans ton vin!
Nous ne pouvions imaginer l'horrible désastre du lendemain: WATERLOO, et que nous ne le reverrions plus...




Extrait d'une composition de Philippoteaux, "Bataille de Ligny". Napoléon descendu du moulin Naveau (Fleurus) d'où il a pu examiner la position de l'ennemi, donne ses ordres d'attaque. Au fond, le village de Ligny.




Georges Blond, Les Cent-Jours, p.279



Les hommes se fusillaient en s’approchant des villages et, arrivés dans les rues, ils se battaient de très près, à coups de fusil et à la baïonnette.
« Ce n’était pas une bataille, a écrit le capitaine Coignet, c’était une boucherie. »

L’artillerie allumait des incendies. Les combattants sentaient l’atroce odeur des corps humains – morts et blessés – en train de griller. Des soldats, leur giberne vide, plus de munitions, trop emmêlés pour s’escrimer à la baïonnette, se tapaient dessus à coups de crosse. Entre les villages et les hameaux, des cavaliers s’affrontaient. On voyait des groupes de chevaux, tous leurs cavaliers perdus, courir affolés de tous côtés. Une chaleur orageuse pesait et le ciel était plein de sombres nuées.

A 6 heures et demie du soir, la bataille durait encore. Le tonnerre des canons se mêlait à celui du ciel, une sourde pluie tombait. La fumée des canons et celle des incendies étaient répandues sur le champ de bataille. L’ennemi reculait, mais résistait encore.

- Faites donner la Garde, dit l’Empereur.

L’artillerie de la Garde, d’abord. Elle concentre son tir sur les batteries prussiennes, puis les grenadiers s’avancent sur Ligny en flammes où des divisions prussiennes tiennent toujours. On voit les bonnets à poil formés en carrés progresser irrésistiblement tandis que sur les flancs de la troupe, les cavaleries s’entrechoquent.

Le vieux Blücher s’est lancé en personne dans la mêlée. Son cheval, frappé d’une balle, s’abat, entraînant Blücher qui reste pris sous lui. Les cavaliers français passent à côté du feld-maréchal sans le reconnaître ; un instant après, la charge prussienne le dégage, on l’extrait de dessous son cheval, il s’éloigne sur la monture d’un sous-officier. Le centre prussien est rompu, l’ennemi commence à battre en retraite, mais l’obscurité se fait.

(…)

L’armée prussienne se retirait vers le nord d’où son chef espérait pouvoir effectuer sa jonction avec les Anglais. Cette armée n’était pas écrasée. Napoléon avait gagné tactiquement à Ligny, mais son intention stratégique – séparer l’Allemand de l’Anglais, battre l’un et se jeter sur l’autre – avait échoué.





Extrait d'une composition de Philippotaux: fin de la bataille de Ligny - Blücher renversé par la charge des cuirassiers français.




La bataille de Ligny à travers les archives communales.



Ligny était en 1815 un grand village solidement bâti. Il devait compter à l’époque quelque 200 foyers.
Si la bataille du vendredi 16 juin 1815 fut excessivement meurtrière pour les armées françaises et prussiennes, il ne semble pas qu'elle ait fait des victimes parmi la population civile. Les registres communaux n'en font en tous cas aucune mention. Il est vraisemblable que les habitants avaient cherché refuge dans les caves ou avaient gagné les villages voisins à l'arrivée des Prussiens. Par contre, les dégâts matériels furent très importants.

L'administration de l'époque eut le souci de faire dresser très rapidement la liste des dommages. Le 28 juin 1815, 12 jours après la bataille, l'intendant départemental de Sambre et Meuse adressait par voie d'affiches la communication suivante aux administrations communales de son ressort :

« L'intention de S.M. étant de connoître les pertes occasionnées par les derniers événemens, dans les parties du Royaume qui ont été le théâtre des combats, je vous invite, M. Le Maire, à m'adresser sans délai, un état détaillé de ces pertes, conforme au modèle ci-joint. Vous n'y porterez point l'évaluation de celles qui proviennent des réquisitions de vivres, de main d'oeuvre, ou de moyens de transports, ni rien de ce qui concerne le logement ou la nourriture fournis aux militaires, mais seulement la valeur des biens, meubles et immeubles, détruits ou enlevés par l'incendie, pillage et dévastation.
Le travail que S.E. le Commissaire Général de l'Intérieur me demande à cet égard, devant être terminé le plus tôt possible, afin que les secours qu'il plaira à S.M. d'accorder puissent être distribués avec cette promptitude qui en augmente le prix, il sera possible d'évaluer les dommages avec une exactitude mathématique, et il faudra se contenter d'apperçus (sic) mais je vous recommande de veiller scrupuleusement à ce que ces calculs approximatifs soient faits sur un pied modéré ; l'exagération ne serait propre qu'à écarter les secours.
Lorsque ce premier travail sera terminé, je ferai procéder, sur des bases analogues, à une évaluation exacte des pertes éprouvées, afin que les sommes que S.M. aura daigné accorder, d'après le tableau sommaire des dommages qui lui sera soumis, puisent être réparties sans aucun retard. »


Sur le relevé des dommage on trouve cette remarque :

« Les comestibles et boissons ainsi qu'une grande partie du bétail ont été enlevés par les troupes prussiennes les 15 et 16 juin. Les troupes françaises ont, d'après les renseignements, mis le feu à 33 habitations, brisé les meubles, portes et fenêtres, pillé l'argent, linge et effets les 16 et 17 juin. »

250 familles introduisirent une déclaration de dommages.

Dans un échange de lettres, on peut lire la justification suivante :

« Les Prussiens ont commencé à s'établir sur notre plaine le 15 à 8 heures du matin jusqu'au lendemain à 1h, moment de la bataille. Ensuite les Français se sont établis dans la commune vers 8h du soir jusqu'au lendemain à 10h, et, jusqu'au 18 au matin, le village a été traversé par une armée peut-être de 150 à 2000.000 hommes toujours occupés à fouiller partout... enfin un pillage continu. »

Le paiement des dommages de guerre se fit attendre de longs mois.
Le bourgmestre intervint à plusieurs reprises auprès de la commission des secours établie à Bruxelles.
Les indemnités furent liquidées entre le 15 et le 20 juillet 1816. Leur montant total fut d'à peine 8% des dommages causés et la détresse des habitants resta profonde.

Source:
fascicule « Ligny 1815, la dernière victoire »




L'attaque du village de Ligny; cliché d'après une gravure à l'eau forte coloriée, attribuée à G.Böttger senior, éditée par Camp (1816)







Voyez aussi Ligny en images.




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