Chronologie: l'île d'Elbe, la politique.

Les espions.


Le Marchand d'huile. - « Napoléon empereur de l’île d’Elbe », Robert Christophe


Dans le livre de Robert Christophe, « Napoléon empereur de l’île d’Elbe », un chapitre est dédié aux espions qui pullulaient sur l’île. Parmi tous ceux qui essaient de parfaire leur travail, se trouve le « marchand d’huile ».
N'ayant pas la version française car j'ai lu le livre en italien, et je vous traduirai le passage qui parle de ce professionnel de l’espionnage en Elbe.


Un seul mérite une mention honorable : on l’appelait le « Marchand d’huile » parce que cela était effectivement son métier.
Son passeport disait qu’il avait trente-trois ans, était grand, un peu plus d’un mètre cinquante (sic), visage rond, nez plat, yeux gris et cheveux noirs.
Il se faisait appeler Alessandro Forlí mais rien ne prouve que c’était son vrai nom. Fournissant l’huile pour les militaires, il trouva le moyen de devenir l’ami de Cambronne. Achetant les olives chez Vincenzo Vantini, il parvint à connaître Madame Mère qui vivait dans la maison de ce chambellan. Il réussit à conquérir l’amitié du comte Litta, un riche milanais que Napoléon voyait avec plaisir.
Ses rapports à Mariotti étaient précieux.
Un jour il lui communique que le 1er décembre, l’Empereur demanda à Drouot : « qu’en pensez-vous, général, serait-il trop tôt pour laisser l’île pendant le Carnaval ? » (C’est à dire en février prochain)
Après Noël, rapportant une conversation de palais à propos du Congrès de Vienne, il citera cette phrase de Napoléon : « Je vois qu’il sera nécessaire de se battre à nouveau » :
Un peu plus tard, dans une lettre, il décrit une audience accordée à un groupe d’Allemands : Ils ont supplié l’Empereur d’être sur ses gardes, vu que la Ligue de la Vértu à Portoferraio avait trois sicaires bien travestis avec la charge de l’éliminer.
En bref, mettant bien en évidence les menaces qui poussaient Napoléon à laisser l’île et à reprendre le pouvoir en Italie ou en France, le Marchand d’huile retient très probablement le vol de l’Aigle. Mariotti en avertit Talleyrand à Vienne et Bussigny à Rome. Le prince et l’ambassadeur avertirent le gouvernement de Paris….
Informés par Forlí et par d’autres espions de second ordre, Mariotti ne se contente pas de dépeindre l’état d’âme de Napoléon. Il fournit également les listes de ses visiteurs, surtout les étrangers de renom : nobles prussiens, princes nordiques, comtes italiens, gentilshommes anglais. Sur le livre d’audiences on trouve les noms de lord Douglas, lord Ebrington, lord Bentick et autres pairs du Royaume Uni.

Merci à Diana


Le marchand d'huile, par le Général Bertrand.


Le marchand d'huile au vu des préparatifs de départ de la petite armée impériale et probablement des indiscrétions, aurait tenté de prendre la mer le 25-02 à PORTOFERRAIO pour aller prévenir MARIOTTI mais il y renonça vu le blocus imposé.
Il semble aussi que CAMBRONNE l'ait inscrit sur la liste des départs du 26-02 mais que l'espion prétexta des affaires locales pour se défiler...
Sandro FORLI apparaît aussi dans le roman "les abeilles d'or" de CAHUET... (voir la bibliographie)
Il est clair qu'il dut fréquenter les estaminets locaux tels l'auberge BONROUX, le Buono Gusto et l'auberge de Mlle SAVAGE, lieux habituels fréquentés par les militaires à PORTOFERRAIO...
Par contre quand on sait la compétence du commissaire de police Poggi di Talavo, un Corse ami de PONS, lequel furetait partout et certainement dans ces lieux précités, il est étonnant que le marchand d'huile n'ait pas été mis au secret...
CAMBRONNE aussi était très soupçonneux... alors cela arrangeait-il l'Empereur?

Voici une photo que j'ai prise en mai 2005 de l'endroit où se trouvait la taverne Buono Gusto vraisemblablement fréquentée par le marchand d'huile.


Si les murs pouvaient parler, on entendrait les propos des militaires... peut-être pas toujours de "bon goût"?



Les agents secrets - Georges Blond, Les Cent-Jours, p.88


Les polices française, anglaise, autrichienne, toscane et vaticane avaient leurs agents chargés de surveiller Napoléon. Talleyrand avait nommé consul de France à Livourne un certain Mariotti, ancien officier corse exclu de l’armée, ennemi acharné de Napoléon. Mariotti introduisit à l’île d’Elbe un personnage demeuré mystérieux, désigné dans les Mémoires et rapports du temps sous l’appellation du Marchand d’huile. Insinuant, le Marchand d’huile noua relations jusque dans le milieu des officiers et dans celui des fonctionnaires. Mariotti transmettait ses rapports à Joubert, alors intérimaire de Talleyrand, délégué au Congrès de Vienne.

Hormis le Marchand d’huile, les agents envoyés sur l’île par les différentes polices antinapoléoniennes étaient au-dessous du médiocre. Sans signes de reconnaissance entre eux, ils se filaient les uns les autres, se prenant mutuellement pour des agents de Napoléon. En outre, indifférents à toute idéologie et mal payés, ils se contentaient le plus souvent de recueillir des ragots dont ils nourrissaient leurs rapports, en les corsant dans l’espoir d’obtenir un meilleur salaire. Lors de la visite de Marie Walewska, presque tous rapportèrent, conformément à la rumeur qui courut dans l’île, que c’était l’Impératrice que Napoléon avait reçue. Trois mois plus tard, les plus désireux de se faire valoir, revenant sur le sujet, ajoutaient à leurs rapports que l’Impératrice était repartie enceinte.

Nombre d’agents de l’Empereur étaient, eux aussi, rétribués, mais sans lésine. Leur employeur connaissait le coût d’une bonne police. En outre, une conviction, une foi dans le destin d’un homme, les animait. A partir de leur travail efficace, le souverain provisoire de l’île d’Elbe ne cessa pas de recevoir des informations précises et valables sur l’état de l’opinion en France et sur ce qui se tramait contre lui au Congrès de Vienne.



L’évasion se décide - Georges Blond, Les Cent-Jours, p.99


Dans les premiers jours de décembre, un inconnu débarque à Porto Ferrajo, est introduit sans délai auprès de l’Empereur, reste deux heures avec lui, retourne à bord du navire qui l’a apporté, lequel fait voile aussitôt. Visite mystérieuse et commentée. Quelques-uns sauront plus tard qu’il s’agissait d’un émissaire de Meneval venu dire que la décision de déporter Napoléon avait été prise à Vienne, définitivement.
« De ce jour, écrira Peyrusse, le caractère de Sa Majesté s’était modifié. Sa parole était brève, son humeur visible. L’arrivée de ce personnage et ce changement moral donnaient aux suppositions en cours une consistance alarmante. »
On voit, quelques jours plus tard, Napoléon plus détendu. Des familiers l’entendent causer avec un grenadier :
« Eh bien, grognard, tu t’ennuies
- Non, Sire, mais je ne m’amuse pas trop.
– Tu as tort, il faut prendre le temps comme il vient. »
Et, lui mettant une pièce d’or dans la main, Napoléon s’éloigna en chantonnant Ça ne durera pas toujours, une de ses rengaines favorites.
La même semaine, Napoléon demande à Pons, par écrit, un rapport sur les moyens d’organiser une flottille expéditionnaire. « Une flottille expéditionnaire ! C’était dire : « Je veux partir. » Je rédigeai le rapport et Sa Majesté, faisant appel à ma vertu républicaine, me recommanda un silence absolu. »



La rédaction des proclamations de mars 1815 - Georges Blond, Les Cent-Jours, p.105


Un subterfuge employé dans les Mémoires de Sainte-Hélène a souvent fait écrire que ces proclamations, datées pour la postérité « Golfe Juan, premier mars », ont été dictées la veille à bord de l’Inconstant, dans une sorte d’élan sublime, alors que le brick arrivait en vue de la côte française.
Non.
Les premiers exemplaires imprimés de ces proclamations se trouvent dans les archives des Affaires étrangères. Ils ne portent pas la mention de Golfe Juan ni du ler mars, et on lit en bas : A Porto Ferrajo, chez Broglie, imprimeur du Gouvernement. Les trois textes, imprimés secrètement dans la nuit du 25 au 26 février, ont été rédigés dans la journée et la soirée du 25.
Chaque mot est pesé.

Pour lire les proclamations.







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