Chronologie: les Cent-Jours.


L’Europe contre Napoléon.



Georges Blond, Les Cent-Jours - P.184



Le 9 mars 1814, les coalisés marchant sur Paris avaient signé à Chaumont un traité, auquel l’Angleterre avait adhéré, stipulant que leur alliance devait durer jusqu’à la défaite totale de Napoléon.
Le 13 mars 1815, à Vienne, les mêmes puissances avaient renouvelé leur résolution en mettant Napoléon hors la loi. Comme si ces textes ne suffisaient pas, le traité de mars 1814 venait d’être solennellement renouvelé le 25 mars 1815 par le Congrès :

« Les Hautes Autorités s’engagent à concerter tous leurs efforts contre Napoléon et contre tous ceux qui se seraient ralliés à sa faction, afin de les mettre hors d’état de troubler à l’avenir la tranquillité de l’Europe et la paix générale. »
Les armes ne seraient déposées que d’un commun accord. Chaque puissance convenait de tenir en campagne au moins 150 000 hommes. Dans un article secret et séparé, l’Angleterre recevait le droit, ou de fournir son contingent ou de payer, au taux de 30 livres sterling par jour pour chaque homme d’infanterie. Des hommes d’Etat britanniques étaient cependant partisans d’une conscription. Une chose était claire en tout cas : quoi que fasse ou dise ou promette Napoléon, et même s’il devait être plébiscité par la France entière, l’Europe ne voulait pas de lui.




Napoléon et la dictature.



Georges Blond, Les Cent-Jours - P.209



« J’ai fait une faute en ne prenant point la dictature, a dit Napoléon à Montholon, à Sainte-Hélène. Le peuple me l’offrait lorsqu’il m’accompagnait aux cris frénétiques de « A bas les prêtres ! A bas les nobles ! » Les souvenirs de ma jeunesse m’effrayèrent. Je ne vis de frein possible aux rancunes populaires que dans le règne des idées constitutionnelles et libérales. »

Madame de Staël a porté – mais plus tard, sachant ce qui était arrivé – un jugement sur cette attitude de Napoléon et sur ce que son entourage a voulu de lui :
« C’était une niaiserie. Du moment qu’on reprenait Bonaparte, il fallait lui déférer la dictature. Autrement, la terreur qu’il inspirait, la puissance qui résultait de cette terreur n’existaient plus. »

Napoléon lui-même, parlant de tel ou tel, s’en est expliqué :
« Je n’ai pas voulu être le roi d’une Jacquerie… Je vois bien ce qu’il eût fallu pour agiter les masses…. J’aurais dû peut-être coiffer le bonnet rouge, mais le bonnet rouge ne m’irait guère. Je ne serais plus ce que j’ai été. Et puis, je suis trop vieux. «

Quarante-six ans.
L’héritier de la Révolution a peur de la Révolution ; et aussi doute de lui-même. Il se détourne de cette tentation du bonnet rouge. Il va écouter des hommes à qui il n’aurait pas, deux ans plus tôt, accordé une seconde d’attention. Il va tendre l’oreille vers ce bourdonnement qui monte des assemblées. Le tigre échappé de sa cage et que l’ennemi extérieur voit encore avec crainte va patauger dans les sables mouvants du libéralisme.




Réactions à l'Acte additionnel.



Georges Blond, Les Cent-Jours - P.217



Les bonapartistes :
Ces concessions libérales sont déplorables. L’Empereur transige avec la monarchie. Nous ne le reconnaissons plus. Sa faiblesse le perdra.

Les jacobins :
Nous attendions tout autre chose après les promesses de Lyon. La nouvelle constitution est antirévolutionnaire. La pairie outrage l’égalité. Nous retrouvons la Charte royale.

Les libéraux :
Chaque article est un piège qui prépare le despotisme. L’Empereur a le droit de dissoudre la Chambre des Représentants et l’élection du président doit être approuvée par lui. Et il revient aux mesures de confiscation ! Bonaparte n’a pas changé. Il est toujours l’homme de Brumaire, l’autocrate de 1811.

(…)

Pendant presque toute la durée des Cent-Jours, s’est produit en France, surtout à Paris, un phénomène jamais vu auparavant, ni après. On l’appela la « brochuromanie ». Les brochures, le plus souvent, n’exprimaient que des opinions personnelles et leur tirage était faible, mais elles circulaient. Elles échappaient à toute espèce de censure ; du 25 mars ou 20 juin, il s’en est publié plus de huit cents. « La Benjamine » leur fut une pâture. Le plus grand nombre la condamnait et même injuriait Napoléon. Dans l’une d’elles parut, sous la signature d’A. de Salvanoy, un article disant que Napoléon « avait voulu se donner l’étrange satisfaction d’avoir un trône pour cercueil ». Mot qui fut, lui aussi, beaucoup répété.

La quantité de papier imprimé ou manuscrit que le temps qui passe laisse à disposition des historiens ne doit pas faire illusion. Les trois quarts des Français, en 1815, ne savaient pas lire. Ces analphabètes ne connaissaient l’Acte additionnel que très vaguement et ce texte tant commenté les laissait froids. Ce qui les remuait davantage, c’était la crainte de la guerre.




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