Chronologie: les abandons, trahisons, départs.


Constant


Mémoires de Mademoiselle AVRILLION Première femme de chambre de l'Impératrice Joséphine
LE TEMPS RETROUVE - Mercure de France


Constant qui, de jockey, de Madame Bonaparte était successivement parvenu à la place de premier valet de chambre de l’Empereur, et que Sa Majesté avait comblé de bontés, Constant se conduisit d’une manière qui mérite d’être rapportée. L’empereur ayant à sa disposition quelques centaines de mille francs, débris de sa grande fortune, désira les mettre à l’abri des événements ; après en avoir distribué une partie entre les personnes qui consentaient à le suivre, et parmi elles il avait compris Roustan et Constant, qui reçurent, l’un 50.000 francs, et l’autre 25.000, il mit le reste en dépôt entre les mains de plusieurs serviteurs dévoués. Constant se trouva, par suite de ces arrangements, dépositaire de 100.000 francs.

La veille du départ, l’Empereur, voulant réunir les sommes qu’il avait ainsi disséminées, demanda à Constant les 100.000 francs, dont il l’avait chargé ; celui-ci les rendit : mais comme il s’était figuré que cette somme était un don de l’Empereur, et non pas un dépôt, il manifesta vivement son mécontentement devant M. Pailard, qui était de service, se plaignant que Sa Majesté lui eut repris ce qu’elle lui avait donné quelques jours avant ; il ajouta que son intention n’était plus de suivre l’Empereur, comme il l’avait résolu d’abord. Toutefois Constant demanda le secret à M. Pailard, fit emporter les effets qu’il avait au château, et le soir venu, après avoir assisté, comme de coutume, au coucher de l’Empereur, il lui remit la montre de voyage et la clef du secrétaire de Sa Majesté, et lui fit ses adieux.

Vers minuit, l'Empereur, qui ne dormait pas, fit demander Constant ; M. Pailard, à qui Sa Majesté communiqua ses ordres, eut l’air de le faire chercher ; il envoya même un exprès à la campagne, situé à peu de distance de Fontainebleau ; mais l’exprès revint, en annonçant qu’on n’avait pas trouvé M. Constant, et que sa chambre était dégarnie d’effets. L’Empereur alors devina la vérité ; il dit à M. Pailard : « Monsieur, je vous somme sur l’honneur de me dire toute la vérité », et celui-ci rapporta à sa Majesté la conversation qu’il avait eue avec Constant.

L’Empereur fut accablé de tant d’ingratitude….

Merci à Diana.



M.Yvan


Mémoires de Mademoiselle AVRILLION Première femme de chambre de l'Impératrice Joséphine
LE TEMPS RETROUVE - Mercure de France


M. Yvan, qui devait tout à sa Majesté, qui avait reçu le titre de baron de l’Empire, qui avait été nommé chirurgien en chef de l’hôtel des Invalides, M. Yvan, le jour où l’Empereur ressentit une indisposition si violente qu’on l’attribua généralement au poison, mandé près de l’Empereur, et le voyant dans cet état, ne songea plus au devoir que lui imposait la reconnaissance ! Abandonnant Sa Majesté aux souffrances qu’elle ressentait encore, il descendit dans la cour, enfourcha le premier cheval qu’il trouva, et regagna Paris en toute hâte ; il aima mieux reprendre son poste aux Invalides, que de consacrer désormais ses soins et ses services à la grandeur déchue, et de suivre l’Empereur dans sa retraite.

Merci à Diana.



Mamelouk Roustan


Mémoires de Mademoiselle AVRILLION Première femme de chambre de l'Impératrice Joséphine
LE TEMPS RETROUVE - Mercure de France


Roustan, dont la conduite à cette époque fut digne de rivaliser avec celle de Constant, était un des serviteurs les plus favorisés de Sa Majesté. Ce Mameluk, que l’Empereur avait acheté en Egypte, joignait à ses fonctions celle d’arquebusier de Sa Majesté ; c’était lui qui chargeait son fusil à la chasse. En voyage il couchait auprès de la porte de la chambre de l’Empereur, et, dans l’occasion, faisait le service de valet de chambre.

Roustan était un homme sans aucune espèce d’éducation, mais d’un caractère très doux, et qui avait semblé jusque-là d’un dévouement aveugle à l’Empereur : aussi son changement subit excita-t-il une vive surprise. Il avait plus de crédit que bien des grands personnages de la Cour ; il avait obtenu pour lui un bureau de loterie, et recevait souvent de bonnes gratifications.

Roustan quitta Fontainebleau en emportant les 25.000 francs dont l’Empereur l’avait gratifié, et tous les effet qui lui appartenaient ; il avait, quelques jours avant, obtenu un congé de vingt-quatre heures, pour faire ses adieux à sa femme : c’est alors qu’il fit dire qu’on ne devait plus compter sur lui et qu’il ne pouvait suivre l’Empereur. Sa Majesté, en apprenant cette nouvelle, se contenta de hausser les épaules : c’était tout ce que méritait une pareille conduite.

Merci à Diana.



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