Chronologie: après Waterloo: le 20 juin 1815.


Laon


Les derniers jours de l'Empire - H Lachouque - Arthaud, 1965. (p.35)



Vers 6 heures du matin, les Laonnais qui passent sur le rempart du nord (rempart Saint-Rémy), aperçoivent sur la route de Marle, droite pendant quatre lieues, une masse d’hommes, insolite à cette heure. Elle se déplace lentement ; on distingue bientôt des soldats en débandade. L’éveil est donné faubourg de Vaux ; alerte à la Garde nationale. Ce sont des fantassins, des cavaliers démontés, désarmés, déchirés, boueux, sanglants, blessés, affamés, consternés. « Tout est perdu, disent-ils, l’armée a été détruite hier soir près de Bruxelles… »

Arrivé un peu avant eux avec des gendarmes, quelques voitures, un groupe de combattants, le général Radet commence à les rallier, par armes, corps d’armée, régiments. Voici un officier de dragons, couvert de boue. Il met pied à terre devant la maison de poste située au carrefour des routes de Reims et de Marle ; une porte cochère s’ouvre sur chacune d’elles et donne dans la cour, entourée de constructions à un étage : écuries, auberge, granges, etc. « L’Empereur me suit de près, dit l’officier au sieur Lecat, maître de poste ; il s’arrête ici ; préparez-vous à le recevoir. »

Quelques instants plus tard, une calèche en mauvais état s’arrête. Napoléon en descend et, comme la grille est fermée, il se dirige vers la maison
« Vos soldats se sauvent », lui dit un passant.
Très fatigué, tour à tour abattu et nerveux, il est accueilli par Radet ; un détachement de la Garde nationale rend les honneurs.
« Sire, dit le commandant, nos frères et nos enfants sont dans les places fortes, mais disposez de nous ; nous sommes prêts à mourir pour la patrie et pour vous… » Fort ému, Napoléon le remercie vivement et soulève son chapeau devant quelques personnes arrêtées dans la cour et criant « Vive l’Empereur ! »
« Cela déchirait le cœur », écrit un témoin.






Etat d'âme de Napoléon en route vers Paris


Les derniers jours de l'Empire - H Lachouque - Arthaud, 1965. (p.38)



Une foi géante, personnelle l’animait, voici vingt ans, il était seul à croire en lui quand personne n’y croyait encore ; l’an dernier il était seul à croire quand personne n’y croyait plus. La confiance dans sa fortune, la foi dans son étoile qui l’avaient animé en préparant son départ de l’île d’Elbe et soutenu pendant le « vol de l’Aigle » semblent l’avoir abandonné peu après son arrivée à Paris. Il sent alors qu’il n’est plus secondé avec le zèle ardent et dévoué auquel il était accoutumé ; que sa femme et son fils l’abandonnent ; que l’Europe est contre lui et la France, mal préparée à repousser l’attaque. Il est gêné par les entraves constitutionnelles qu’il s’est laissé imposer, doit compter avec un parlement hostile, des royalistes acharnés, des Jacobins rêvant de 1793, des libéraux frondeurs. Avant de partir en campagne, il eut de tristes pressentiments… Entré dans son cabinet et le voyant assoupi, le ministre de la Marine Decrès attendait son réveil lorsque, d’un bond, l’Empereur se dressa et, pensant qu’il était seul, dit : « … Et puis, cela ira comme ça pourra… » Peu après, il a quitté Paris en y laissant Fouché.







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