Les militaires: Massena.


MASSENA André (1758-1817). Maréchal de France



André Masséna est né à Nice le 6 mai 1758. Son père Jules-César Masséna, ancien soldat, a servi dans le régiment Royal-Italien, et sa mère, Catherine Fabre, est la fille d'un armateur toulonnais. Au moment de la naissance de son fils André, Jules-César Masséna est épicier. Sa famille est originaire du Piémont. Elle s'était établie à Levens, village de la vallée de la Visubie.

André Masséna perd son père à l'âge de six ans, puisque celui-ci décède le 13 décembre 1764. Son enfance n'est pas heureuse. Il est très vivant, pour ne pas dire turbulent... Apprenti chez des parents boulangers, nous le retrouvons deux ans plus tard travaillant dans la fabrique de pâtes de son oncle Augustin à Nice. Ces expériences influenceront son caractère...
Au cours de son adolescence il fréquenta quelques délinquants niçois.

En 1773, il s'embarque à Toulon comme mousse à bord d'un navire marchand. La dure vie de marin ne manquera pas de l'endurcir physiquement et moralement.

Le 8 août 1775, il s'engage dans le régiment Royal-Italien. Assidu au travail, il comble ses lacunes. Ses efforts sont récompensés : il est nommé caporal le 1er septembre 1776, puis sergent le 18 avril 1777.

Il est en garnison durant quatre ans à Toulon. C'est dans cette ville qu'il est reçu dans la loge maçonnique "La Parfaite Union".

Il est sergent-fourrier le 14 février 1783 et adjudant le 4 septembre 1784.
Les grades d'officiers étant refusés aux roturiers en raison des ordonnances du maréchal de Ségur, du 22 mai 1781, Masséna donne son congé le 19 août 1786.

Grâce à un physique avantageux, allié au prestige de l'uniforme, Masséna plaît aux femmes. Energique, il pense et agit rapidement.

Le 10 août 1789, il épouse Rosalie Lamarre, fille d'un maître chirurgien antibois sans fortune.

"L'an mil sept cent quatre-vingt-neuf et le dix du mois d'août, sieur André Masséna, âgé de trente et un ans, fils de défunt Jules-César, négociant, et de feue demoiselle Catherine Fabre, habitant dans cette ville d'une part, et demoiselle Marie-Rosalie Lamarre âgée de vingt- quatre ans, fille du sieur Joseph, maître en chirurgie, et de demoiselle Marie-Anne Aubanel, de cette ville, d'autre part, ont été mariés et ont reçu la bénédiction nuptiale par nous prêtre soussigné de cette église et selon les formes du Concile de Trente, après une publication faite dans cette paroisse. Accordé par M. le général de division le 4 du courant et signé de lui, Montchoisy, major, Court, greffier, d'Allons, lieutenant-colonel audit régiment de Provence.

Présents: le père de l'épouse et la mère. Témoins : Me Louis Dolle, notaire, le sieur Lamarre, notaire, Gautier, Antoine Roux, négociants; Alexandre Roux, bourgeois de la ville de Toulon; Marcel Masséna, oncle d'André, qui ont signé avec les parties.

Ardisson, prêtre vicaire. (Antibes. Archives municipales. Registre des mariages 1789.)"


Il aura quatre enfants avec son épouse. Devant subvenir aux besoins de sa famille, il tient une épicerie à Antibes.
La Révolution survient et Masséna entre dans la Garde nationale où il est élu adjudant-major le 1er février 1791, puis lieutenant-colonel en second au 2e bataillon du Var le 1er février 1792, enfin lieutenant-colonel en premier le 1er août 1792.

Masséna est jacobin, et le restera longtemps. Il réprime une émeute dans son village natal, Levens, puis retourne à Nice où la population s'est révoltée contre les troupes françaises. Masséna est désormais à l'armée d'Italie. Le 17 août 1793, il devient chef de brigade du 51e régiment d'infanterie.

Général de brigade le 22 août 1793, il est vainqueur à Castelgineste le 24 novembre 1793. Le 14 décembre 1793, il est au siège de Toulon sous les ordres de La Poype (1758-1851). Le 16 décembre, il prend les forts Lartigue et Sainte-Catherine. Sa brillante conduite, lors de cette journée, lui vaut provisoirement le grade de général de division le 20 décembre 1793, confirmé par le Comité de salut public le 29 août 1794.
Commandant de Toulon du 22 décembre 1793 au 15 janvier 1794. Puis il dirige la division du Tanaro, participe aux combats d'Ormea, de Garession Saorgio, du col de Tende, de Cairo et Dego.

Pour raison de santé, il quitte son commandement le 22 décembre 1794.

En avril 1795, il commande la première division de l'aile droite de l'armée d'Italie. Il est l'auteur du plan qui aboutit à la victoire de Loano, 23-24 septembre 1795.

Et puis c'est la première campagne d'Italie avec Bonaparte... Il fait partie de ces généraux expérimentés qui, en 1796, voient arriver avec scepticisme le "mince mathématicien" protégé de Barras. Il va très vite être impressionné par l'ascendant du jeune général en chef : "Ce bougre, dit-il, après leur première entrevue, il nous aurait presque fait peur." Sous les ordres d'un tel chef, Masséna donne toute sa mesure et "par ses marches aussi rapides que hardies, seconde admirablement les savantes combinaisons de Bonaparte."Il commande l'avant-garde de l'armée d'Italie, composée des divisions Laharpe (1754-1796) et Meynier (1749-1813) à partir du 27 mars 1796. Il est à Montennote le 12 avril 1796, à Dego le 14 avril, prend Cheraso le 25 avril, franchit le pont de Lodi le 10 mai, entre à Milan, occupe Vérone le 3 juin. Il est vainqueur à Lonato le 3 août 1796, il sert à Castiglione le 5 août, à Caldiero le 12 novembre 1796 et à Arcole, 15-17 novembre 1796.
Il prend une part active à la victoire de Rivoli le 14 janvier 1797. Il est à la Favorite le 16 janvier, ce qui lui vaut le surnom d'"Enfant chéri de la victoire" que lui donne Bonaparte.

Il présenta au Directoire les préliminaires de Loeben le 9 mai 1797. Il reviendra en Italie, avec l'accord ratifié, le 12 juillet.

Le 3 février 1798, Masséna remplace Berthier à la tête des troupes qui occupent les Etats du pape. A Rome, il se laisse aller au pillage des trésors des églises et il rançonne de grandes familles romaines. L'armée démunie, sans solde, se mutine. Les commissaires du gouvernement à Rome alertent le Directoire qui remplace Masséna par Gouvion-Saint-Cyr.
Il revient à Antibes et il ne participe pas à la campagne d'Egypte.

Masséna est en disgrâce jusqu'au 2 septembre 1799, date à laquelle il reçoit le commandement de l'armée d'Helvétie à la place de Brune (1763-1815).
L'occupation de la Suisse par la France est mal vue par l'Europe. Masséna va se couvrir de gloire les 25 et 26 septembre 1799 à Zurich.

Après le Coup d'Etat des 18 et 19 brumaire, Masséna ne prend pas position.

Le 23 novembre 1799, il prend le commandement de l'armée d'Italie en remplacement de Championnet qui va mourir du typhus à Antibes.

Le 27 décembre 1800, il est à Nice où il établit son quartier général.

En févier 1800, faute de moyens, il finit par être enfermé dans Gênes. A partir du 5 avril 1800, la ville connaîtra un siège très éprouvant qui dure suffisamment longtemps pour permettre au Premier consul de surprendre l'Autrichien Melas et de le battre à Marengo le 14 juin 1800. Le 4 juin c'est la capitulation devant les Autrichiens avec les honneurs de la guerre.
Bonaparte le félicite, mais Masséna, malgré les avertissements du Premier consul, pille à Milan. Son commandement lui est retiré. Il est invité à revenir à Paris. Menant la belle vie, Masséna va connaître une douce disgrâce. Il a toujours du succès auprès des dames, notamment les belles actrices...

Enrichi grâce à ses revenus élevés... et à ses rapines, il achète le château de Rueil, propriété qui avait appartenu à Richelieu. Il l'aménagea luxueusement et fréquenta ses voisins, Napoléon et Joséphine, résidant au château de la Malmaison.

Le 19 mai 1804, il est élevé à la dignité de maréchal de France à la 5e place de la première promotion. Le 2 février 1805 il est fait grand aigle de la Légion d'honneur et chef de la 14e cohorte.

La France se retrouve en guerre en raison de la troisième coalition. Masséna reçoit le commandement en chef de l"armée d'Italie. Il prend Vérone le 18 octobre 1805, mais la bataille indécise de Caldiero le 30 octobre 1805, au cours de laquelle il combat le sabre à la main, ne lui permet pas de rejoindre les armées austro-russes écrasées par Napoléon à Austerlitz.

Le 11 décembre 1805, le maréchal Masséna reçoit le commandement du 8e corps de la Grande Armée. Il part pour l'Italie commander l'armée de Naples, sous l'autorité supérieure de Joseph Bonaparte. Il prend Capoue, entre à Naples le 28 décembre 1805 et fait capituler Gaète, le 21 février 1806. Il combat avec succès les bandes d'insurgés en août 1806. Hélas, il détourne des fonds destinés à l'armée.

Il reçoit le commandement du 5e corps de la Grande Armée. Napoléon ne l'emploie pas pour les campagnes de Prusse et de Pologne. Admirant les réels talents militaires de Masséna, Napoléon porte un jugement sévère sur sa propension au vol : "Il met le désordre partout, il n'a point l'élévation nécessaire pour conduire des Français. Il est entièrement adonné à l'amour de l'argent, c'est là le seul mobile de sa conduite!"

Malgré tout, Masséna reçoit le 24 avril 1808 le titre de duc de Rivoli. Le 23 février 1809, il commande le 11e corps de l'armée d'Allemagne. Le 21 avril 1809, il bat les Autrichiens à Landshut, débloque Passau le 26 avril et prend la citadelle d'Ebersberg le 3 mai 1809. Il se couvre de gloire, les 21 et 22 mai 1809, à la bataille d'Essling au cours de laquelle il donne de sa personne.

Les 5 et 6 juillet 1809, à Wagram, alors qu'il était blessé aux jambes en raison d'une chute de cheval, il assure son commandement à bord d'une calèche. Il résiste aux soldats autrichiens de Kollerwrath et Klenau. Il rentre en France en novembre 1809 et retrouve son château de Rueil. Le 30 octobre 1809, il reçoit le titre de prince d'Essling. Il en recevra les lettres patentes correspondantes le 31 janvier 1810.

Bien malgré lui, il doit accepter le 17 avril 1810 le commandement de l'armée du Portugal, en remplacement de Junot (1771-1813). Napoléon compte sur les talents militaires de Masséna pour vaincre Espagnols et Anglais dans la péninsule ibérique. Il quitte Paris le 29 avril 1810 et prend son commandement le 10 mai 1810. Il y aura une mésentente totale avec le maréchal Ney qui est placé sous ses ordres.

Les premiers temps, Masséna rencontre le succès : il prend Ciudad-Rodrigo le 10 juillet 1810, Almeida le 28 août, il est repoussé par Wellington à Busaco le 27 septembre. Il oblige les Anglais à se replier derrière les lignes de Torres Vedras qu'il ne peut forcer malgré un blocus de cinq mois (d'octobre 1810 à mars 1811).

Le 7 mai 1811, ayant déçu Napoléon, il est rappelé en France. Touché dans son amour-propre, Masséna rejoint son château de Rueil et occupe son temps en inventoriant ses richesses...

En janvier 1813, sa santé se dégradant, il passe l'hiver au soleil niçois. Le 14 avril 1813, il est nommé, par décret, commandant de la 8e division militaire à Toulon. Il est maintenu à ce poste par Louis XVIII suite à son ralliement, en avril 1814, à la cause royale. Il devient commandeur de l'ordre de Saint-Louis. Il obtient également du roi des lettres de grande naturalisation en raison du retour du comté de Nice au royaume de Sardaigne.
Lorsque Masséna apprend le débarquement de Napoléon à Golfe Juan, il envoie des troupes contre la petite armée de l'Empereur. L'envoyé de Napoléon qui prend contact avec lui est emprisonné. Il fait paraître cette proclamation :

"Habitants de Marseille, j'ai juré fidélité à notre Roi légitime. Je ne dévierai jamais du chemin de l'honneur. Je suis prêt à verser mon sang pour le soutien de son trône!"

Mais le 11 avril 1815, Masséna convoqué à Paris par Napoléon fait arborer le drapeau tricolore et fait cette déclaration :

"Un évènement aussi heureux qu'extraordinaire nous a rendu le souverain que nous avions choisi : Le Grand Napoléon... Faisons des voeux pour la conservation de ses jours et de sa dynastie!"

Il refuse la proposition faite par Napoléon de servir sur la frontière de l'Est. Il est pair de France le 2 juin 1815.

A la chute de l'Empire, le gouvernement provisoire le charge du commandement de la Garde nationale de Paris du 22 juin au 8 juillet 1815 et le nomme gouverneur de Paris le 3 juillet 1815, mais il est remplacé dès le retour des Bourbons.

Il est désigné pour faire partie du Conseil de guerre devant juger Ney, mais ce Conseil étant déclaré incompétent, il en est soulagé. Objet de soupçons au sujet du retour de Napoléon de l'île d'Elbe, il se trouve contraint à l'inactivité.

Le 4 avril 1817, il meurt à l'âge de cinquante-neuf ans en l'hôtel de Montmorency qu'il louait à Mortier (1768-1835). Ses obsèques ont lieu le 6 avril, en l'église Saint-Thomas-d'Aquin, où sont présents dix maréchaux qui l'accompagnent jusqu’au cimetière du Père-Lachaise. Son épouse lui survivra jusqu'en 1829. Intelligente, elle sut passer sur les frasques de son mari, gérer sa fortune et bien élever ses quatre enfants.

Quel destin prodigieux pour cet enfant qui n'eut pas beaucoup de chance! Sa cupidité fut compensée par ses talents de capitaine plein de courage.

Napoléon dira de lui à Sainte-Hélène :

"Masséna était d'un rare courage et d'une ténacité remarquable. Son talent croissait par l'excès du péril. Vaincu, il était toujours prêt à recommencer, comme s'il eut été vainqueur...."
"C'était un homme très supérieur, qui, par un privilège tout particulier, possédait au milieu du feu une des qualités les plus essentielles à un général d'armée : l'équilibre moral, qui semblait lui naître au milieu du danger... Une audace, un coup d'oeil que je n'ai vus qu'à lui. Il était avide de gloire et ne souffrait pas qu'on le frustrât des éloges qu'il croyait avoir mérités. Il ne trouvait pas que les services qu'il avait rendus devant Mantoue fussent suffisamment appréciés : il réclama !"



Le nom du maréchal Masséna est inscrit au côté sud de l'Arc de Triomphe de l'Etoile.


Sources :

Dictionnaire Napoléon. Jean Tulard. Editions Fayard, 1999.

Dictionnaire Biographique des Généraux et Amiraux Français. Georges Six. Georges Saffroy Editeur, 1934

Dictionnaire des Maréchaux de Napoléon. Jean-Claude Banc. Editions Pygmalion, 2007.

© La Bédoyère.






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