Les militaires: Leclerc.


LECLERC (Victor-Emmanuel) 1772-1802. Général.




Victor-Emmanuel Leclerc naît le 17 mars 1772 à Pontoise. Il est le troisième fils de Jean-Paul Leclerc, meunier à Pontoise; en fait un riche propriétaire d'immenses moulins et de Marie-Jeanne Musquinet, son épouse. Tous deux appartenaient à la bourgeoisie locale.
Le frère aîné de Victor-Emmanuel Leclerc sera, sous le Consulat et l'Empire, membre du Corps législatif, puis préfet de la Meuse de 1804 à 1813. Son deuxième frère sera général de cavalerie et comte des Essarts.
Le jeune Victor-Emmanuel reçoit une excellente éducation qui lui donnera le goût des choses de l'esprit.

Il s'engage le 22 juin 1791 dans le 2e bataillon de volontaires de Seine-et-Oise, il est élu lieutenant dans ce bataillon le 19 octobre 1791. En 1792, il sert dans la cavalerie, puis revient dans la ligne.

Il est nommé capitaine en 1793 et fait fonction de chef d'état-major de la division La Poype qui participe au siège de Toulon. Il s'y distingue en enlevant d'assaut le mont Faron.

Il est nommé chef de bataillon le 17 décembre 1793. C'est à cette époque que Leclerc et Bonaparte se rencontrent et sympathisent.

Il est employé comme adjudant général, chef de brigade (colonel) à l'armée des Alpes, aux environs du Mont-Cenis (1794-1795). Il fait la première campagne d'Italie avec Bonaparte (1796-1797) où il se fait remarquer par sa bravoure à Lenato, Roveredo et surtout Rivoli. Il est chargé par Bonaparte d'annoncer au Directoire la signature des préliminaires de paix de Leoben et de remettre au gouvernement des drapeaux pris à l'ennemi.

A vingt-cinq ans, le 6 mai 1797, Leclerc est nommé général de brigade.

Fidèlement attaché au général en chef Bonaparte, Leclerc avait une ressemblance physique avec celui-ci.

A son retour de Paris, il retrouve Bonaparte en Italie. Celui-ci lui propose d'épouser sa jeune soeur Pauline. Admirant la beauté de la jeune femme, Leclerc accepte et leur mariage a lieu le 14 juin 1797 dans la chapelle de Mombello, aux environs de Milan. Au cours de cette cérémonie, Bonaparte organise une mémorable excursion au lac de Côme.

Un des amis de Leclerc devait raconter :
- "Je trouvai Leclerc dans son ménage et enivré de bonheur. Amoureux et ambitieux, il y avait de quoi. Sa femme me parut fort heureuse aussi, non seulement d'être mariée à lui, mais aussi d'être mariée..."
Le couple mène une brillante vie mondaine où s'enchaînent fêtes, réceptions et soirées à La Scala.
En novembre 1797, Leclerc devient, sous Brune, chef d'état-major de l'armée d'occupation en Italie.

C'est à cette époque que Pauline met au monde, le 20 avril 1798, un fils qui reçoit les prénoms de Dermide Louis Napoléon. C'est Bonaparte, parrain de l'enfant, qui a choisi le prénom de Dermide qui est celui d'un héros de la Légende d'Ossian, dont le récit l'avait enthousiasmé.

Promu général de division le 26 août 1799, il est envoyé à Lyon afin de réorganiser l'armée d'Italie qui venait d'être vaincue par les Austro-Russes (1799). Ensuite, il joue un rôle majeur dans l'organisation du coup d'Etat des 18-19 brumaire an VIII.

En 1800, il est aux côtés de Moreau au cours de la campagne d'Allemagne. A la tête de sa division, il prend d'assaut la ville de Landshut. Le 24 octobre 1801, il reçoit le commandement en chef de l'expédition de Saint-Domingue, avec le titre de capitaine-général de la colonie. C'est le talent d'organisateur et le talent militaire de Leclerc qui poussent le Premier Consul à envoyer Leclerc à Saint-Domingue.

Pauline accompagne son mari à Saint-Domingue selon le désir de Napoléon. Elle se désole. Elle écrit à Laure Junot, duchesse d'Abrantès :
- "Comment mon frère a-t-il le coeur assez dur, l'âme assez méchante, pour m'exiler au milieu des sauvages et des serpents!"

En 1789, la France possédait la partie occidentale de l'île de Saint-Domingue et l'Espagne la partie orientale. Par le traité de Bâle du 22 juillet 1795, l'Espagne avait cédé à la France la partie orientale.
Après plusieurs années de luttes, le pouvoir était entre les mains de Toussaint-Louverture, général et homme d'Etat qui gouvernait sans trop se soucier de Paris. Inévitablement il entra en conflit avec le Premier Consul. Profitant de la signature des préliminaires de paix avec l'Angleterre (1er octobre 1801), Bonaparte avait décidé de l'envoi d'un corps expéditionnaire, sous le commandement de son beau-frère, le général Leclerc.

Le 14 décembre 1801, 20.000 hommes, soit le contingent principal, dont la plupart avaient fait partie des troupes victorieuses à Hohenlinden (3 décembre 1800), s'embarquent à Brest sur 30 navires à destination de Saint-Domingue.
Le général en chef, Leclerc, son épouse Pauline et leur fils Dermide sont sur l'Océan, le navire-amiral de Villaret-Joyeuse.
Leclerc avait deux aides de camps : le capitaine Louis-Nicolas Marin et son propre frère, plus tard général et comte des Essarts. Un de ses deux secrétaires est Jacques Norvins.

Leclerc et ses troupes débarquent le 29 janvier 1802, au moment où Christophe (1767-1820), l'un des généraux de Toussaint-Louverture, incendie le Cap Français. Rapidement, Leclerc lance une puissante offensive qui disloque les forces de Toussaint-Louverture qui résistent avec vigueur, comme au siège de la Crête à Pierrot en mars 1802. Les généraux de Toussaint-Louverture cessent le combat les uns après les autres. Celui-ci négocie sa soumission qui est acceptée le 1er mai 1802. Mais le 7 juin 1802, il est arrêté.
En raison de la chaleur, Leclerc installe son quartier général dans l'île de la Tortue, dans la maison d'un riche bordelais, splendide résidence coloniale noyée dans un jardin paradisiaque.
Leclerc s'efforce de réorganiser la colonie. Mais il se heurte à de grandes difficultés : manque d'argent et de matériel, incurie et corruption des administrateurs, état sanitaire de plus en plus déplorable.

Début août 1802 c'est l'insurrection générale quand la population noire apprend le rétablissement de l'esclavage en Guadeloupe. Les généraux noirs passent à l'insurrection et lancent une attaque générale en septembre 1802. Leclerc avec les quelques milliers de soldats qui lui restent, sauve le Cap Français (Cap Haïtien aujourd'hui).
Courageuse, Pauline abandonne l'île de la Tortue et revient au Cap Français cerné par les rebelles. Aux femmes effrayées, elle réplique :
- "Vous avez peur de mourir vous autres! Mais moi, je suis la soeur de Bonaparte et je n'ai peur de rien!"
Dans une situation désespérée, Leclerc écrit à Bonaparte le 7 octobre 1802:
- "Depuis que je suis ici, je n'ai eu que le spectacle d'incendies, d'insurrections, d'assassinats, de morts et de mourants. Mon âme est flétrie : aucune idée riante ne peut me faire oublier ces tableaux hideux. Je lutte ici contre les Noirs, contre les Blancs, contre la misère et la pénurie d'argent, contre mon armée qui est découragée".

Le 22 octobre 1802, au moment de monter dans sa voiture, Leclerc chancelle, on le ramène à son domicile et le docteur Peyre, son médecin, reconnaît les premiers symptômes de la fièvre jaune. Le 29 octobre 1802, encore lucide, il organise le retour en France de son épouse et de son fils et sa succession au gouvernement de l'île qui sera confié au général Rochambeau.
Dévouée, Pauline reste auprès de son mari, malgré les risques sanitaires et la rébellion. Elle fait preuve d'une tendre sollicitude.
Dans la nuit du 1er au 2 novembre 1802, Leclerc assisté par le chef de brigade Bachelu et le docteur Peyre, expire. Neuf mois se sont écoulés depuis son arrivée sur l'île. Un destin brisé à trente ans!

Selon la tradition corse, Pauline coupa ses cheveux et les mit dans le cercueil.
Le 8 novembre 1802, c'est à bord du Swiftsure, bâtiment capturé aux Anglais, que le corps embaumé est ramené en France. Pauline et leur fils Dermide accompagnent sa dépouille. C'est le général Lauriston qui accueille le navire à Toulon le 1er janvier 1803. La mort de Leclerc est annoncée dans le Moniteur du 17 nivôse an XI (7 janvier 1803). Un hommage exceptionnel lui est rendu sur ordre du Premier Consul. Celui-ci prend le deuil dix jours. Le 20 nivôse an XI (10 janvier 1803), il reçoit les condoléances des grands corps de l'Etat, crêpe au bras et à l'épée, et celles du corps diplomatique.
Le Premier Consul décide que le corps de Leclerc, dans son cercueil de plomb et de bois odorant, sera transféré par la Marine, de Toulon à Marseille, puis acheminé via Lyon sur sa terre de Montgobert dans l'Aisne, où il sera inhumé.
Des cérémonies religieuses à la mémoire du disparu ont lieu dans toute la France. A Lyon le 26 pluviôse an XI (15 février 1803), une cérémonie a lieu à la cathédrale Saint-Jean, devant le corps du défunt, en présence du cardinal Fesch et de Pauline Leclerc.
A Paris, les funérailles officielles sont célébrées au Panthéon, en présence des dignitaires de l'armée et selon le protocole réservé aux généraux en chefs tués à l'ennemi.
Enfin, après avoir été exposé pendant dix jours à la mairie de Villers-Cotterets, la dépouille mortelle de Leclerc est inhumée, le 18 ventôse an XI (9 mars 1803), dans le parc de son château à Montgobert.

Son fils, Dermide, décédé le 14 août 1804, dans la villa Aldobrandini, près de Frascati en Italie, d'une fièvre violente avec convulsions, le rejoindra à Montgobert, en 1807.

A Sainte-Hélène, Napoléon a dit :
- "Le capitaine-général Leclerc était un officier du premier mérite, propre à la fois au travail de cabinet et aux manoeuvres du champ de bataille... Dans l'expédition de Saint-Domingue, il déploya du talent et de l'activité. En moins de trois mois, il battit et soumit cette armée noire qui s'était illustrée par la défaite d'une armée anglaise..."

De son côté, Norvins, qui fut le secrétaire de Leclerc à Saint-Domingue a porté sur lui cette appréciation élogieuse :
- "L'honneur et le devoir furent la règle de toute sa vie".

Son nom est inscrit au côté ouest de l'Arc de Triomphe de l'Etoile.


Sources :

- Dictionnaire Biographique des Généraux et Amiraux Français de la Révolution et de l'Empire. Georges Saffroy, éditeur. 1934.

- Revue du Souvenir Napoléonien

- Dictionnaire Napoléon, Jean Tulard.



© La Bédoyère.



Francois Josèphe Kinson (1771-1839)





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