Les acteurs: Mademoiselle George.


Mademoiselle George (1787-1867). Comédienne.




Marguerite Joséphine Wiemer, surnommée Mademoiselle George, naît le 23 février 1787 à Bayeux. Elle est la fille de Jean Martin (dit George) qui, après avoir été maître-tailleur et premier fifre au régiment de Lorraine, fonda une troupe théâtrale. La mère de Mademoiselle George, Marie-Madeleine Verteuil, interprétait avec talent les rôles de soubrette..
La troupe de son père resta à Bayeux jusqu'en 1794. Ensuite nous la retrouvons à Amiens où naîtra Louise-Charlotte-Elisabeth (1796-1878), également comédienne.

Les premières apparitions sur scène de Mademoiselle George se situent dans sa tendre enfance. C'était dans la troupe de son père et ses prestations dans "Les Deux Petits Savoyards", "Paul et Virginie", "Le Jugement de Paris" en firent une attraction.
Mademoiselle Raucourt, célèbre tragédienne de cette époque, de passage à Amiens, fait la connaissance de Mademoiselle George en octobre 1801 et apprécie son talent et sa beauté. "J'en ferai un bel oiseau de tragédie", dit-elle. Elle obtient l'accord du père de la jeune Mademoiselle George et l'emmène à Paris, où après lui avoir enseigné le répertoire classique, elle la fait rentrer à la Comédie Française le 28 novembre 1802 (7 frimaire an XI). Elle n'avait pas encore seize ans, Mademoiselle George interprète le rôle de Clytemnestre dans "Iphigénie en Aulide" devant le Premier Consul et Joséphine. Certains acteurs jaloux font tout pour l'interrompre, mais elle tient tête à cette cabale et assume son rôle jusqu'à la fin.
Elle reçoit les compliments de Bonaparte.

D'une grande sensibilité, sa voix était chaude avec un joli timbre et pleine de puissance. Elle a un physique superbe : une taille élevée, un corps harmonieux, une chevelure brune, un regard plein de flamme.

Lucien Bonaparte, en grand connaisseur, l'apprécie énormément.

Talma, enthousiasmé, encourage sa carrière.

Elle interprète de grands rôles : Emilie dans "Cinna" (28 décembre 1802), Phèdre dans la pièce de ce nom (16 février 1803), Hermione dans "Andromaque" (1er juillet 1803).
La critique la couvre de louanges : "Elle a prouvé que si sa figure peut inspirer l'amour, son talent sait aussi l'exprimer ; elle a ravi tous les suffrages."

Elle a une liaison avec Lucien Bonaparte qui lui offre un beau nécessaire en vermeil et cent louis d'or. Mais cette liaison ne dure pas compte tenu de la mésentente entre Napoléon et Lucien, celui-ci doit quitter Paris.
Il est remplacé par le prince polonais Paul Sapiéha. (Il sera aide de camp du prince Poniatowski et chambellan de Napoléon en 1807).
Il loge Mademoiselle George dans un magnifique appartement situé rue Saint-Honoré.
En novembre 1803, nous pouvons lire dans un rapport de police : "Mademoiselle George a fait récemment une grande perte. Le prince Sapiéha est parti pour retourner en Pologne. Il lui donnait, dit-on, cinq mille francs par nuit : fallut-il en diminuer la moitié, cela faisait encore un assez honnête profit"

Bonaparte la remarque. Suite à une invitation, transmise par Constant, son valet de chambre, elle est invitée à Saint-Cloud le 8 juin 1803.
Dans ses Mémoires, rédigés en 1857, Mademoiselle George fait croire qu'elle a cédé au cours de la troisième nuit. Nous apprenons que Napoléon l'appelait Georgina, qu'il était aimable et plaisantait avec elle.
Cependant elle agace Napoléon par ses bavardages où elle évoquait sa liaison...
Après sa liaison avec Bonaparte, elle déclarera avec superbe : "Le Premier Consul m'a quittée pour se faire Empereur."

Elle interprète les pièces de Corneille (Cinna, La Mort de Pompée, Polyeucte, Nicomède, Rodogune) et de Racine (Andromaque, Iphigénie, Phèdre, Barjazet)

Sa vie amoureuse se poursuit avec le financier Ouvrard qui lui offre un appartement, avec Jean-Michel Souriguère, auteur dramatique peu connu, qui a pour lui d'être bel homme.

Le 11 mai 1808, Mademoiselle George doit jouer dans "Artaxercès" de Delrieu. Mais elle a disparu. Elle était sur la route de Strasbourg avec sa dame de compagnie ; en fait il s'agissait d'un danseur de l'Opéra, Louis Duport, déguisé en femme.
Mademoiselle George avait obtenu un passeport de l'ambassade de Russie, au nom de la comtesse de Beckendorff et de sa femme de chambre... ce qui lui permet d'échapper aux nombreuses dettes dont elle était criblée. De plus le comte de Beckendorff lui avait promis de l'épouser.

Arrivée à Saint-Pétersbourg, elle est très bien accueillie par le Tsar Alexandre 1er et la noblesse russe. Elle retrouve des comédiens français comme Mademoiselle Bourgoin. Elle joue au Théâtre Impérial, touche seize mille roubles d'appointements et connaît un grand succès.
Le Tsar lui offre des bijoux dont un somptueux diadème et une plaque de diamants pour la ceinture... Et il devient son amant.

A la suite de son départ précipité de France, elle est condamnée à 3000 francs d'amende, le 13 mai 1808, pour les représentations perdues et le 30 mai, son traitement est rayé des contrôles.

Caulaincourt, ambassadeur de France en Russie, reçoit la consigne suivante de Napoléon, datée du 9 juillet 1808 : "Quant aux acteurs et aux actrices français qui sont à Saint-Pétersbourg, on peut les garder et s'en amuser aussi longtemps qu'on voudra... Si les circonstances se présentent d'en parler, dîtes que pour ma part, je suis charmé que tout ce que nous avons à Paris puisse amuser Sa Majesté."
Dans "Guerre et Paix", Léon Tolstoï évoqua Mademoiselle George quand il voudra peindre la Russie de l'époque napoléonienne : "Mlle George sera l'un des personnages représentatifs de l'influence française, dont s'entretiennent le prince Bolkonski et Pierre Bezoukov".

En 1812, c'est la guerre entre la France et la Russie, les acteurs français se trouvent dans une situation difficile. La bataille de la Moskowa (7 septembre 1812) est considérée par les Russes comme une victoire. L'ordre est donné à la population d'illuminer les maisons. Mademoiselle George refuse. "C'est une bonne Française, dit le Tsar Alexandre 1er, je ne veux pas qu'on l'inquiète."
Mais suite à la désastreuse retraite de Russie, elle quitte Saint-Pétersbourg le 28 janvier 1813 pour la Suède en compagnie de sa sœur et elle est accueillie par Bernadotte, le prince royal de Suède qui lui rend hommage.
Puis nous la retrouvons à Cassel où Jérôme Bonaparte passe une nuit avec elle.

Elle retrouve Napoléon à Dresde, le 19 juin 1813, Napoléon lui fait bon accueil et elle joue avec Talma.
Le 11 août 1813, les comédiens rentrent à Paris. Napoléon fait réintégrer Mademoiselle George dans la troupe de la Comédie Française.
A Paris, elle bénéficie de l'aide de Talma et reprend ses représentations. A vingt-sept ans, elle rayonne de beauté... mais l'embonpoint la guette.

Sous la Première Restauration, elle ne cache pas son bonapartisme. Elle est révoltée par la tentative de quelques jeunes royalistes qui tentent, au moyen d'une corde, de faire tomber la statue de Napoléon qui se trouve sur la colonne Vendôme. A la Comédie Française, elle est du "parti des abeilles" avec Talma et Mademoiselle Mars qui s'oppose au "parti des lys" mené par Lafon et Mademoiselle Bourgoin.
Pendant les Cent-Jours, Mesdemoiselles George et Mars portent des violettes à leur corsage et sur leur chapeau.
Mademoiselle George reçoit une somme de vingt mille francs de Napoléon qui la fait inscrire parmi les membres du Comité de lecture de la Comédie Française.

Sous la Seconde restauration, Mademoiselle George qui avait pris un congé plus long que prévu est exclue de la Comédie Française le 6 mai 1817.
Elle était orgueilleuse, autoritaire et indisciplinée. Elle part jouer à Londres, Bruxelles et revient en France faire une tournée de 1818 à 1820.
Puis elle joue au théâtre de l'Odéon et va devenir la maîtresse de son directeur Charles-Jean Harel (1790-1846)

Mademoiselle George, à partir de 1829, abandonne les grands classiques pour jouer les drames romantiques. Elle obtient un grand succès dans la "Tour de Nesle" de Dumas père, dans "Lucrèce Borgia" et dans "Marie Tudor", deux pièces de Victor Hugo. Celui-ci écrit : "Mademoiselle George passe comme elle veut, et sans effort, du pathétique tendre au pathétique terrible. Elle fait applaudir et elle fait pleurer."
Mais elle commence à vieillir et son embonpoint se développe. Démarche alourdie, visage empâté, ses traits perdent leur noblesse et leur pureté. "C'est assez, cétacé." se moquent certains journaux.

Elle effectue de longues tournées en France et à l'étranger (Italie, Autriche, Russie). Son amant Harel, devenu fou, meurt le 16 août 1846.
Elle donne sa représentation précédant sa retraite, à 62 ans, le 27 mai 1849 au Théâtre italien.
Le duc de Morny lui offre l'occasion de jouer dans "Rodogune" le 17 décembre 1853 à la Comédie française.

Sa carrière de comédienne est terminée. Elle finit ses jours pauvrement à Passy. Elle meurt d'une congestion pulmonaire le 11 janvier 1867, à 79 ans.

Elle fut inhumée au Cimetière du Père-Lachaise, 9ème division, chemin du Père Eternel. C'est Napoléon III qui paya les obsèques.



Sources :
Revue du Souvenir napoléonien n°405
Dictionnaire Napoléon de Jean Tulard




© La Bédoyère.






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