Les acteurs: Flahaut.



Dès sa naissance au Louvre, le 21 avril 1785, le destin mit sa marque sur cette existence peu commune. Officiellement fis de Charles François Flahaut de La Billarderie, maréchal de camp, il était en fait le fils de Talleyrand. Sa mère, Madame de Souza, fut une romancière célèbre, d'une grande beauté, et avait la grâce de ces grandes dames des dernières années du XVIIIe siècle. Son père officiel ayant été guillotiné à Arras en 1794, son enfance se passa en émigration à Londres, puis en Suisse avant de revenir à Paris en 1797. Elevé dans l'entourage de Barras et Talleyrand, il entra, avec l'aide de ce dernier, au Ministère de la Marine en septembre 1799, puis obtint d'être pris malgré, son jeune âge, dans les hussards de la Garde Consulaire en mars 1800. Lié à la famille Bonaparte, il fit avec Louis la campagne de Marengo et l'accompagna en Prusse, fut nommé sous-lieutenant et aide de camp de Murat en octobre 1802, devint intime de Hortense de Beauharnais et amant de Caroline Murat en septembre 1804. Il n'avait pas vingt ans.

Beau, ayant reçu une excellente éducation, fort doué pour le chant et la danse, il fut la coqueluche de la gente féminine de l'Empire, à tel point que dans les salons, lorsqu'il chantait et dansait, les dames montaient sur des chaises pour l'entendre et le voir...

Mais Flahaut était également très brave.

En 1805, il fit la campagne d'Ulm avec Murat, fut promu capitaine en février 1806, combattit à Iéna et à Auerstaedt, participa à la fameuse poursuite de l'armée prussienne jusqu'en Pologne, fut promu chef d'escadron en janvier 1807 et, passé au 13e chasseur, prit part aux batailles d'Eylau et de Freiedland. En juillet 1807 il était officier de la Légion d'honneur. Désigné pour l'armée d'Espagne, il devint, en mars 1808, aide de camp de Berthier, chargea à Somo Sierra, repartit pour l'Autriche et combattit à Wagram.
En mai 1809, il fut nommé colonel, en août de la même année il était baron; il n'avait pas vingt-cinq ans.

Hortense, toujours, amoureuse de lui, et séparée de Louis Bonaparte, le retrouve à Plombières en juin 1810 et noue avec lui une liaison presque officielle. Le 15 septembre 1811, elle accoucha clandestinement d'un fils, qui sera le célèbre duc de Morny.
Napoléon, irrité de cette liaison, envoya Flahaut en mai 1812, inspecter l'armée autrichienne que Schwartzenberg devait conduire en Russie.
Pendant la campagne de Russie, Flahaut va se distinguer à Ostowno et à la Bérézina où il fait preuve d'un grand courage, comme le prouve cette anecdote : lors de la bataille de la Bérézina, impassible, il franchit la rivière à cheval à plusieurs reprises dans le cadre de ses fonctions d'aide de camp. Il croise le jeune Lariboisière, fils du général d'artillerie, qui est vivement ramené en arrière par un feu ennemi terrible. Le jeune Lariboisière, ni beau, ni élégant, n'aimait pas les aides de camp, et Flahaut en particulier. "Où allez-vous donc, dis Flahaut, l'ennemi n'est pas ici, il est là". Lariboisière va répondre, lorsqu'un vieil officier le devance et réplique avec humeur : "Vous êtes bon, vous, il fait chaud là-bas et ce n'est pas vous qui allez!" "Je vous demande pardon, dit Flahaut, je vais vous y conduire." Rassemblant son cheval comme pour la parade au Carrousel, il prend la tête des canonniers, les mène sur le terrain et ne quitte la batterie que quand elle a démonté les canons ennemis. " Jamais plus, ajoutai Lariboisière, je n'ai souffert qu'on critique devant moi Monsieur de Flahaut".
Il repassa également la Bérézina pour ramener le corps de son ami, Alfred de Noailles, mortellement blessé.

Promu général de brigade, le 4 décembre 1812, il devenait le 26 janvier 1813, aide de camp de Napoléon qui désormais l'estimait. Il n'avait pas vingt-huit ans.

En 1813 il combattit à Leipzig. Le 24 octobre de cette même année, il fut nommé général de division et comte de l'Empire le 11 décembre.
Employé pendant la campagne de France à des négociations avec les Autrichiens En demi-solde à Périgueux sous la première Restauration, il redevint pendant les Cent Jours aide de camp de Napoléon et participa à Waterloo.

Après la défaite, il proposa à la Chambre des Pairs de continuer la lutte et défendit la cause de Napoléon. Le 1er juillet 1815 il combattit à Rocquencourt avec le général Exelmans et se retira sur la Loire.

Ensuite c'est l'exil à Aix les Bains, Genève, Francfort, la Hollande. Puis il se rend en Angleterre en décembre 1815, où il fut reçu dans la meilleure société. Il épousa Margaret Elphinson, fille de l'amiral Keith, riche héritière, le 19 juin 1817. Ils devaient faire un excellent ménage et eurent cinq filles. Après 1830, il revint en France, fut réintégré dans l'armée, replacé à la Chambre des Pairs, aide de camp du duc d'Orléans (1832), ambassadeur à Vienne (1841-1848). Il assista aux obsèques de la Reine Hortense (1838), et au retour des cendres de Napoléon en 1840.

Sous le Second Empire il fut sénateur (1852), ambassadeur à Londres (1864), grand chancelier de la Légion d'honneur (1864).

Il eut le malheur de voir disparaître son fils, le duc de Morny, en 1865, et son épouse.

Il mourut le 2 septembre 1870. Le charmant Flahaut avait quatre-vingt-cinq ans.


© La Bédoyère.






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