Les acteurs: Cipriani.

Introduction.


Si le proverbe disant que l’homme heureux n’a pas d’histoire, on peut en déduire que Jean Baptiste Cipriani a dû être l’homme le plus heureux de la terre.

Que sait-on de concret de ce mystérieux majordome de Napoléon ? Comment était-il physiquement car, tout compte fait, il n’y a aucun portrait connu de Cipriani sauf une caricature que beaucoup contestent comme le représentant.

Quand est-il né et où exactement et quels sont ses vrais parents ?
Père inconnu …peut-être fils naturel de Saliceti et sa mère - qui était-elle ?
Le nom de Cipriani qui le lui a donné?
Le jeune Cipriani a été élevé dans la famille des Buonaparte pourquoi ? Peut-être la traditionnelle entraide latine.
Que sait-on vraiment de sa jeunesse, études par exemple ?
Quand s’est-il marié et qui a-t-il épousé?
À un moment donné, il recevra une aide financière conséquente, du cardinal Fesch dit-on, qui lui permettra de fonder une petite compagnie de navigation qui sillonnait la Méditerranée et qui semblait bien se porter économiquement parlant.
Lors du Congrès de Vienne on le reconnaît dans cette ville.
À l’abdication de Napoléon en 1815, il abandonne femme, enfants (que l’on sache, une fille et un garçon) et sa compagnie maritime pour suivre Napoléon en exil à Sainte Hélène en tant que majordome.
Pas particulièrement apprécié par l’entourage de l’Empereur, il meurt de façon très mystérieuse en 1818.
Pendant son agonie Napoléon ne le visitera pas. Lui a-t-on interdit de l’approcher pour éviter une éventuelle contagion ou était-ce vraiment de l’indifférence? Difficile à croire. On dit que l’Empereur sera très affecté par la mort de son majordome et payera une somme non négligeable pour lui offrir une tombe digne d’un ami très cher, tombe qu’on ne réussit plus à trouver.

Considéré par beaucoup comme un traître, un agent double et il meurt empoisonné…QUI a éliminé Cipriani ? Les Anglais ? et si ce ne sont pas les Anglais...QUI de l'entourage de Napoléon ? Et si ce n'est pas lui ? Qui reste dans la course.

Était-il donc si dangereux ? Mais si comme patron de compagnie maritime il avait gardé des contacts avec des compagnies de navigation et complotait avec eux une évasion de l’île peut-être était-il dérangeant?

Cipriani est une énigme, qui a traversé l'histoire de Napoléon et de son temps, revêtant un costume gris muraille.

Qui était-il?
Autre mystère à élucider, si telle chose est possible au jour d'aujourd'hui...


Merci à Diana



On se pose en général beaucoup de questions à propos du personnage de Cipriani mais tous les mystères n'en sont pas forcément. Voici quelques réponses.

Quand est-il né?
1773 (Macé, Dictionnaire historique de Sainte-Hélène)

Qui a-t-il épousé?
Adélaïde Charmant (Garnière, Napoléon à Sainte-Hélène)

Pendant son agonie Napoléon ne le visitera pas. Lui a-t-on interdit de l’approcher pour éviter une éventuelle contagion ou était-ce vraiment de l’indifférence? Difficile à croire.
C'est O'Meara qui l'en dissuada, prétextant qu'une visite de l'Empereur pouvait provoquer chez le malade une syncope fatale.

Il meurt empoisonné…
Voilà une affirmation qui reste à prouver...

Merci à Cyril Drouet


Une explication à l'empoisonnement?

Une épidémie de gastro-entérique foudroyante ou SHU sur l'île en 1818 ?
C'est en tout cas ce que laisse supposer la lettre qui suit et qui pourrait bien tordre le cou aux rumeurs de substitution, d'empoisonnement, j'en passe et des meilleures ...
Voici un lien intéressant au sujet de cette maladie dont nous avons subi une attaque virulente récemment. (2010)

Merci à BBea53


Témoignages.


Mémoires de Marchand - BN Tallandier, 1991 p.184, 185.


A cet affligeant départ (celui de Gourgaud), se joignit, quinze jours après, une mort aussi sensible que regrettable pour toute la colonie. Cipriani venait de mourir, frappé de mort en deux jours ; il succombait à d’affreuses douleurs intestinales qui ne lui donnèrent pas le temps de se reconnaître. L’Empereur lui donna de véritables regrets, et me dit qu’il l’aurait accompagné à sa dernière demeure, si elle eût été dans l’enceinte. Grand nombre des habitants notables de l’île et d’officiers de la garnison se joignirent à toute la colonie française qui le suivit au cimetière de Plantation House. Seul, je restai auprès de l’Empereur en cette triste journée. Le général Gourgaud, qui n’avait point encore quitté l’île, demanda à se mêler au cortège, mais la permission lui en fut refusée.

J’avais beaucoup connu Cipriani à l’île d’Elbe ; il avait alors une jeune femme charmante et deux enfants qu’il avait emmenés avec lui ; j’ai connu ses joies et ses douleurs, et notre amitié de l’île d’Elbe n’avait fait que s’accroître à Sainte-Hélène. Cipriani était Corse, il avait été presque élevé dans la maison de l’Empereur. Il attachait du mystérieux à la mort de sa mère qui, disait-il, avait été trouvée étranglée dans son lit. Devenu jeune homme, il trouva un protecteur dans M. Salicetti, alors en Italie ; il devint intendant de sa maison, et vu sa rare intelligence, reçut des missions délicates dont il s'acquitta avec succès. Il fut bientôt mêlé aux affaires secrètes de la police et serait arrivé à une place éminente sans la mort de son protecteur. Ayant assez d’argent devant lui, il se fit armateur et courut la mer. 1815 le surprit dans cette condition lorsqu’il entra au service de l’Empereur à l’île d’Elbe comme maître d’hôtel. Cipriani professait pour l’Empereur le plus grand attachement, son caractère était fortement trempé, son cœur bon et son âme sensible. Il est mort d’une inflammation du bas-ventre, qui se montra avec les symptômes les plus alarmants ; bientôt il fut à toute extrémité. L’Empereur, fort inquiet, m’envoyait à chaque instant connaître de ses nouvelles. Le premier jour, il put me parler encore de sa femme et de ses enfants qu’il recommandait à l’Empereur. Dans la nuit du 25 au 26, l’Empereur fit venir le Dr O’Meara et lui demanda si sa présence ne pourrait pas être ‘’un effet salutaire à Cipriani" ; le docteur le lui déconseilla, lui lisant qu’il avait encore assez de connaissance pour que son amour et sa vénération pour lui amenassent une émotion qui hâtassent sa mort. Le lendemain, Cipriani n’était plus. Cipriani s’était fait lui-même, il avait beaucoup vu, beaucoup retenu, ce qui rendait sa conversation intéressante et animée. C’était un homme d’un commerce sûr, ses sentiments étaient républicains et son admiration toute aux Girondins, dont il avait connu quelques-uns, liés d’amitié avec lui. Qu’il reçoive ici le souvenir que j’en conserve encore. (67)

(67) A propos de la mort de Cipriani, le grand maréchal écrit au, cardinal Fesch, le 22 mars 1818 :
Il est décédé, le 27 février dernier, à 4 heures de l’après-midi, et l’enterrement a eu lieu dans le cimetière protestant de ce pays ;… les ministres de cette église lui ont rendu les mêmes devoirs qu’ils eussent rendus à quelqu’un de leur secte ;… l’extrait mortuaire porte qu’il est mort dans le sein de l’Église apostolique et romaine… Le ministre de l’Église de ce pays aurait volontiers assisté le mort, mais celui-ci aurait désiré un prêtre catholique ; comme nous n’en avons pas, il a paru ne pas se soucier d’un ministre d’une autre religion…
Bertrand poursuit :
Un enfant d’un des domestiques du comte de Montholon était mort à Longwood quelques jours avant. Une femme de chambre est morte, il y quelques jours, de la même maladie. C’est l’effet du climat malsain. ….
Nous sentons le besoin d’un ministre de notre religion. Vous êtes notre évêque ; nous désirons que vous en envoyiez un, français ou italien. Veuillez, dans ce cas, faire choix d’un homme instruit, ayant moins de quarante ans et surtout d’un caractère doux et qui ne soit pas entêté de principes antigallicans...


Enfin le grand maréchal envoie au cardinal le portefeuille du sieur Cipriani, une épingle qu’il portait habituellement, le décompte de tout ce qui lui revient, soit 8287 francs ou £ 345/5/10 et une lettre de change pour solder cette somme à ses héritiers… Sachant que vous avez soin de son fils et que sa fille est chez Madame, l'Empereur attend qu’il connaisse la fortune que laisse Cipriani, qui paraît A VOIR DES FONDS CONSIDÉRABLES placés à Gênes, pour assurer un sort à ses deux enfants…


GENÉRAL BERTRAND Grand Maréchal du Palais - Cahiers de Sainte-Hélène – tome 2 – p73

Cipriani est très malade.
Le Grand Maréchal déjeune avec l’Empereur, qui lui envoie, le matin, les VI paragraphes du chapitre de l’Expédition des Anglais, en Egypte, à Cosseyr.
Cipriani est très malade et on en désespère.

(26 février I8I8). – A 7 heures du matin, l’Empereur envoie chercher le Grand Maréchal. Cipriani est mourant. A 4 heures, il meurt en réclamant sa mère, son épouse. On fait vérifier ses effets : il ne laisse qu’une centaine de livres. Il est tombé malade le lundi, a été emporté le vendredi. On croit que ses courses pendant sa maladie ont contribué à sa mort, ainsi que l’habitude où il était souvent de boire avec le capitaine et le docteur. Il y a eu corruption dans les intestins.
L’Empereur dicte une lettre à Lord Liverpool et au cardinal Fesch faisant 600 francs de pension à la femme et à la fille de Cipriani.

(Dans la marge du manuscrit ). – On enterre Cipriani à Plantation House. Le colonel Reade, le docteur, le capitaine, le Rév. Boys dans la voiture commandée à cet effet, les domestiques, quelques familles anglaises, les deux Chinois, au total 30 ou 32 personnes suivent le convoi. Il est porté par des Chinois. Trois des habitants qui suivent le cortège sont des enfants. On entre dans l’église de Plantation House, et de là dans le cimetière, où le prêtre fait les prières d’usage. Il a été pourtant convenu que l’on ferait mettre en détail dans l’acte de décès que Cipriani est mort dans les sentiments de la religion catholique et romaine.


SOUVENIRS SUR L’EMPEREUR NAPOLÉON Mameluck Ali (Louis- Étienne Saint–Denis) – Ed Arlea – 2000 – p 179

Le départ du docteur O’Meara avait été précédé de celui du général Gourgaud, et fut suivi, après un certain nombre de mois, de celui de Mme de Montholon et ses enfants. Des personnes de service, Cipriani était mort en février 1818 et, depuis, Lepage et Gentilini étaient retournés, l’un en France et l’autre à l’île d’Elbe.


Montholon : histoire de la captivité de Sainte-Hélène – p 151 – 156

La mort du maître d’hôtel Cipriani fut une perte sensible pour notre colonie. Il servait le dîner de l’Empereur, quand il se sentit pris de douleurs violentes, qu’il lui fut impossible de regagner seul sa chambre ; le malheureux se roulait par terre en jetant des cris déchirants ; vingt-quatre heures après, nous accompagnions son cercueil au cimetière de Palntation-House. Grand nombre de colons et d’officiers de la garnison lui donnèrent la même marque d’intérêt.
L’Empereur le regretta et fit écrire par le Grand Maréchal, à Mme Cipriani, une lettre touchante, par laquelle il lui donnait une pension comme témoignage de sa satisfaction des bons services de son mari. Cipriani était jeune encore quoique depuis longtemps il se fût fait remarquer de l’Empereur par son dévouement et la manière distinguée dont il avait rempli des missions bien difficiles dans les affaires de Napoléon et de la haute Italie. Il était alors employé dans la police secrète ; ce n’était que depuis l’Elbe qu’il était entré dans la domesticité de l’Empereur, en qualité de maître d’hôtel.
C’est à lui que l’on devait la prise de l’île de Caprée ; et toujours nous avions envie de rire en voyant en présence l’un de l’autre, à Sainte-Hélène, sir Hudson Lowe et Cipriani qui, tous deux, avaient joué dans cette circonstance un rôle si différent, sans que jamais le premier se doutât que le second l’eût si cruellement mystifié. (…)

[suivent l’épisode Capri et celui de Naples]

Cipriani rendit aussi d’importants services politiques pendant le séjour de l’île d’Elbe. Il fit plusieurs voyages à Gênes, à Livourne et à Naples, et réussit à tenir l’Empereur au courant des changements qui s’opéraient dans l’opinion publique des populations italiennes. Il organisa avec Vienne des correspondances secrètes au moyen des quelles l’Empereur recevait, une fois par semaine, le bulletin de tout ce qui s’était passé dans le congrès et dans les cercles diplomatiques. Le malheur voulut que M Fleury de Chaboulon arriva à l’île d’Elbe en même temps que le chevalier Colonna d’Istria, que le roi de Naples envoyait avec une dépêche de son ambassadeur de Vienne, lui annonçant la clôture du congrès et le départ de l’empereur Alexandre, et que l’Empereur prit sur l’heure la résolution de rentrer en France sans attendre le retour de Cipriani, qu’il avait expédié en mission spéciale. S’il l’eût attendu, il n’aurait quitté l’île d’Elbe qu’après la dissolution du congrès et le retour de l’empereur Alexandre en Russie. On reste confondu, quand on considère ce qui aurait pu arriver si les choses se fussent ainsi passées ; car alors, plus de déclarations de congrès, plus d’unité dans les résolutions des souverains ! Que de chances de plus pour l’Empereur !
L’Empereur était parti le 26 février au soir ; Cipriani arriva à Porto-Ferrajo le 27 ; il apportait des nouvelles du congrès et des dépêches de Vienne qui démontraient toute l’importance qu’il y avait à différer de quinze jours le départ de l’expédition.

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Voyez la déclaration du Congrès de Vienne, suite au retour de Napoléon en France.


Madame de Montholon raconte dans ses souvenirs:

Cipriani allait chaque jour prendre les ordres de Napoléon avant de descendre à Jamestown. « C’était un Corse bien dévoué à l’Empereur, fin et sachant bien mettre à profit sa course quotidienne en ville pour tenir autant que possible au courant de ce qu’on avait à savoir. »

Il s’était ménagé des intelligences parmi les habitants pendant les deux mois de séjour qu’il avait passés à Jamestown avant l’installation de l’Empereur à Longwood. Son centre d’informations était la maison Porteus, cette auberge où Napoléon descendit le soir de son débarquement et dont le patron restait lié avec ses principaux domestiques.

Cipriani était au premier rang dans la hiérarchie des serviteurs. C’est lui qui à l’office présidait la table où s’asseyaient les employés les plus importants, le premier valet de chambre Marchand, le chef d’office Pierron, l’ex mameluck Ali Saint-Denis faisant fonction de bibliothécaire.

Le docteur O’Meara éprouvait une vive sympathie pour le policier de Napoléon. Il a recueilli ses confidences sur le rôle qu’il joua à Naples.

Merci à Diana


LETTRE DU COMTE BERTRAND à son Éminence le cardinal Fesch (Recueil de pièces authentiques - 1821 - p. 258, lettre recopiée fidèlement autant dans la forme que l'orthographe.


Longwood, 22 mars 1818
MONSEIGNEUR
Le sieur Cyprini, maître -d’hôtel de l'Empereur, est décédé à Longwood le 27 février dernier, à quatre heures de l'après-midi. Il a été enterré dans le cimetière protestant de ce pays, et les ministres de cette église lui ont rendu les mêmes devoirs qu'ils eussent rendus à quelqu'un de leur secte. On a eu soin de faire mettre dans l'extrait mortuaire que je vous enverrai, mais dont l'extrait de ma lettre peut tenir lieu, qu'il était mort dans le sein de l'église apostolique et romaine. Le ministre de l’église de ce pays aurait volontiers assisté le mort, et celui-ci aurait désiré un prêtre catholique; comme nous n'en n'avons pas, il a paru ne pas se soucier d'un ministre d'une autre religion. Je serais bien aise que vous nous fissiez connaître quels sont les rites de l'église catholique à ce sujet, et si on peut faire administrer un catholique mourant par un ministre anglican. Nous ne pouvons du reste trop nous louer du bon esprit et du zèle que dans cette circonstance ont montré les ministres de la religion de ce pays. Cyprini est mort d'une inflammation de bas-ventre. Il est mort le Vendredi, et le Dimanche précédent il avait fait son service sans aucun pressentiment. Un enfant d'un des domestiques du comte de Montholon était mort à Longwood quelques jours avant. Une femme de chambre est morte il y a quelques jours d'une même maladie. C'est l'effet du climat malsain de ce pays, où peu d'hommes vieillissent. Les maux de foie, la dysenterie et les inflammations de bas-ventre font beaucoup de victimes parmi les naturels, mais surtout parmi les Européens. Nous avons senti dans cette circonstance, et nous sentons tous les jours le besoin d'un ministre de notre religion. Vous êtes notre évêque, nous désirons que vous nous envoyez un français ou italien. Veuillez dans ce cas faire choix d'un homme instruit, ayant moins de quarante ans, et surtout d'un caractère doux, et qui ne soit pas entêté de principes anti-gallicans.
Le sieur Pierron, officier, a pris le service de maître-d'hôtel; mais il a été très-malade, et quoique convalescent est encore en mauvais état. Le cuisinier est aussi dans la même situation. Il serait donc nécessaire que vous, ou le prince Eugène, ou l'Impératrice envoyassiez un maître-d’hôtel et un cuisinier français ou italien, de ceux qui ont été au service des maisons de l'Empereur, ou qui le seraient des maisons de sa famille.
Votre Éminence trouvera ci-joint: 1° les papiers A et B, qu'on a trouvés dans le porte-feuille du sieur Cyprini; 2° une épingle qu'il portait habituellement et que j'ai cru devoir envoyer à sa femme; 3° le décompte de tout ce qui lui revient montant à la somme de 8,287 francs ou 345liv.sterl.,5sh.10p.,4° une lettre de change pour la solder à ses héritiers. Sachant que vous avez soin de son fils et que sa fille est chez Madame, l'Empereur attend qu'il connaisse la fortune que laisse Cyprien, qui paraît avoir des fonds assez considérables placés à Gênes, pour assurer un sort à ses enfans.
Je ne veux pas vous affliger en vous parlant de la santé de l'Empereur, qui est peu satisfaisante. Cependant, son état n'a pas empiré depuis les chaleurs. Je pense que vous cacherez ces détails à Madame. N'ajoutez aucune foi à toutes les fausses relations qu'on peut faire en Europe. Tenez comme règle et comme seule chose vraie que depuis vingt-deux mois l'Empereur n'est pas sorti de son appartement, si ce n'est quelquefois et rarement pour venir voir ma femme. Il n'a guère vu personne, si ce n'est deux ou trois Français qui sont ici, et l'ambassadeur anglais à la Chine.
Je prie Votre Éminence de présenter mes respects à Madame et aux personnes de sa famille; et d'agréer les sentiments avec lesquels j'ai l'honneur d'être , etc
Signé: comte BERTRAND

Merci à BBea53


Avis sur Cipriani.


Voici le bref faire-part que le comte Balmain envoie au comte Nesselrode:

Le sieur Cipriani, Corse de nation et maître d’hôtel à Longwood, vient de mourir d’une inflammation d’entrailles. Bonaparte en est vivement affecté. Il l’aimait beaucoup, s’en amusait quelquefois et s’entretenait familièrement avec lui. C’était un favori. « Si on l’enterrait dans mon enceinte, dit-il en soupirant, j’aurais la consolation d’assister à ses funérailles. »Cipriani, de son côté, le servait avec zèle, un dévouement sans exemple. Il l’avait suivi à l’île d’Elbe.

Merci à Diana


Cipriani par des historiens.


Médecin général R. Brice « Les espoirs de Napoléon à Sainte-Hélène », 1938 aux éditions Payot

Cipriani s’appelait Cipriani Franceschi, mais pour dissimuler une identité compromettante vivait à Sainte-Hélène sous son seul prénom. Il fut un des comparses de l’Histoire qui exercent une action considérable sur des évènements auxquels personne ne soupçonne leur participation. On ne peut reconstituer sa vie que par fragments. Comme il était un militant du clan bonapartiste, il dut se réfugier en France à l’époque de la proscription des Bonaparte et de Salicetti. Par un propos que rapporte Ali Saint-Denis dans ses souvenirs, on sait qu’il assista au siège de Toulon, mais on ignore à quel titre. Il ne paraît pas avoir été militaire, mais agent de Salicetti. On le retrouve à Naples quand celui-ci remplissait les fonctions de ministre de la Police auprès du roi Joseph, puis du roi Joachim Murat.
À la mort de Salicetti (1809) il quitta le service du royaume de Naples pour celui de Napoléon. Il se trouvait avec lui à l’île d’Elbe. L’Empereur le chargea à plusieurs reprises de sonder l’opinion en Corse, en Italie et même à Vienne où il apprit que les plénipotentiaires alliés projetaient d’exiler son maître dans une île de l’Atlantique. Le nom de Cipriani figure avec la qualification de maître-d’hôtel sur les registres de la maison impériale pendant les Cent-Jours. Toute sa famille était attachée aux Bonaparte. La femme de Cipriani avait un emploi chez Madame Mère, à Rome, où elle vivait avec sa fille ; son fils était en service chez le cardinal Fesch. Le dévouement de Cipriani avait été largement récompensé, il possédait des fonds importants dans une banque de Gênes.
Le crédit dont jouissait Cipriani auprès de l’Empereur était tel qu’il provoquait la jalousie de Gourgaud. « Il nous donnerait tous pour Cipriani ! » grognait-il. Les autres exilés de Sainte-Hélène en ont parlé avec faveur. Montholon écrit que « son dévouement était égal à son intelligence, remarquable pour conduire ou dévoiler une intrigue quelconque. La nature l’avait doué de toutes les qualités nécessaires à un ministre de la Police

Merci à Diana


Octave Aubry - Sainte-Hélène - vol II , p 66-67



Sa fin fut subite. Servant le dîner, le 23 février (1818), une douleur atroce lui perça les entrailles. Il roula sur le parquet en poussant des cris.

O’Meara le soigna : saignées, bains, révulsifs… Y perdant son peu de latin, il fait appel à Baxter, et au jeune Henry, sans succès. Le 27, Cipriani était mort.

Pendant les trois jours de sa maladie, Napoléon envoyait à tout moment prendre de ses nouvelles. Le 25, à minuit, il fait chercher O’Meara. Cipriani était tombé dans une sorte de stupeur.

- Je pense, dit l’Empereur, que si j’allais voir mon pauvre Cipriani, ma présence pourrait agir comme un stimulant et lui donnerait des forces pour lutter contre le mal et peut-être le surmonter.

O’Meara répondit que « Cipriani avait encore sa connaissance et que l’attachement, le respect qu’il portait à son maître étaient tels qu’en le voyant, il ferait un effort pour se lever. » La secousse serait assez forte pour qu’il passât.

Napoléon, à regret, se rendit à son avis. Quand l’état de Cipriani fut désespéré, il se montra très triste. Il aurait voulu qu’on lui creusât une fosse à Longwood même, à l’intérieur du domaine. Il eût pu ainsi assister à ses obsèques. Cette légère faveur, on ne sait pourquoi, ne fut pas accordée. Cipriani fut enterré dans le petit cimetière de Saint-Paul, tout près de Plantation House. A défaut de prêtre catholique, le révérend Boys récita les prières protestantes sur le cercueil de ce franc mécréant. Bertrand et Montholon suivirent le convoi, accompagnés de sir Thomas Reade, d’officiers et d’habitants.


Et la tombe de Cipriani?



Voyez le reportage fait sur place, à Sainte-Hélène.






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