Les acteurs: Augereau.


AUGEREAU (Charles-Pierre-François) Maréchal de France.




Charles-Pierre-François Augereau naît le 21 octobre 1757 à Paris, rue Mouffetard. Il est le fils d'un domestique et d'une marchande de fruits.
Enfant batailleur, il le restera arrivé à l'âge adulte.

En 1774 il s'engage au régiment de Clare-Irlandais. Mais il n'y reste que peu de temps, il en est exclu au bout de quelques mois en raison de son indiscipline. Il connaît une période de misère, sert dans le régiment des dragons de Damas, puis d'Artois en juin 1775.
Il tue un officier noble au cours d'un duel, à la suite de quoi il déserte et se réfugie en Suisse.

De nouveau désargenté, le voilà au service de la Prusse. Il fait campagne dans le régiment Bevern-Brunswick contre l'Autriche, puis contre les Turcs. Mais en raison de son caractère emporté, il n'obtient aucune promotion malgré son grand courage.
Nous le retrouvons dans le régiment de Bourgogne-Cavalerie en 1784-1786. Puis il est envoyé à Naples, en 1786, sous les ordres du baron de Salis pour instruire l'armée napolitaine.
Carabinier du roi de Naples et des Deux-Siciles grâce à son expérience et à un comportement plus correct, il accède au grade de sergent, puis il quitte l'armée.

En 1788, il enlève Gabrielle Grach, fille d'un marchand grec, l'épouse et devient maître d'armes à Naples.
La Révolution française éclate, il quitte Naples, séjourne au Portugal, puis rentre en France et s'engage en 1790 dans la garde nationale parisienne.
Il rejoint la Légion Germanique le 7 septembre 1792. Capitaine au 11e régiment de hussards le 26 juin 1793. Il est nommé lieutenant-colonel et aide de camp du général Rossignol en Vendée le 13 septembre 1793.
C'est un farouche jacobin.
Puis il est muté à l'armée des Pyrénées-Orientales le 27 septembre 1793,
Il est nommé général de division le 23 décembre 1793. Il commande l'avant-garde de l'armée des Pyrénées-Orientales le 12 janvier 1794.
C'est à cette époque qu'il rencontre le jeune lieutenant Lannes, futur maréchal de France, dont il devient le mentor.
Il est blessé de plusieurs balles à la bataille de Saint-Laurent-de-la-Mouga le 13 août 1794.

Il plaît, il parle bien, il est désormais un général connu.
En septembre 1795, il passe à l'armée d'Italie où ses talents militaires vont le faire remarquer de Bonaparte.
D'un grand courage, meneur d'hommes, il est à Montenotte le 12 avril 1796, à Millesimo le 13 avril 1796, à Lodi le 10 mai 1796 et s'illustre à Castiglione le 5 août 1796.
A Arcole, 15-17 novembre 1796, le drapeau à la main, impassible face aux balles et aux boulets, il entraîne ses hommes sur le pont.
Il est envoyé par Bonaparte à Paris, pour présenter au Directoire 60 drapeaux pris à l'ennemi.
Ses exactions lui valent le surnom de "Brigand".

Le 18 fructidor an V, avec l'armée de Paris, il se met au service du Directoire afin de faire barrage aux royalistes qui avaient gagné les élections d'avril 1797.
Il exerce ensuite divers commandements, avant d'être élu député de la Haute-Garonne au Conseil des Cinq-Cents le 16 avril 1799.
D'abord hostile au coup d'Etat du 18 brumaire, il se rallie ensuite à Napoléon. Il exerce plusieurs commandements en Batavie de décembre 1799 à avril 1801.
Il rejoint la franc-maçonnerie et il est initié dans la loge "Les Enfants de Mars" de La Haye.
Après la suppression de l'armée de Batavie, il reste deux ans sans emploi, puis dirige les camps de Bayonne et de Brest en 1804.

Maréchal de l'Empire le 19 mai 1804, au 6e rang de la première promotion. Il est chef de la 13e cohorte de la Légion d'honneur le 13 juillet 1804, grand aigle de la Légion d'honneur le 2 février 1805.
Il commande le 7e corps de la Grande Armée le 30 août 1805.
Quel chemin parcouru par le gamin de la rue Mouffetard!
Il est désormais fortuné, mais demeure avant tout un soldat.

Le 8 février 1807, à Eylau, malade, fiévreux, il se fait attacher à son cheval pour pouvoir participer à la bataille à la tête de ses troupes.
Le 7e corps subit des pertes énormes à Eylau.
Blessé d'une balle au bras, malade, Augereau rentre à Paris à la fin du mois de février 1807 pour se soigner dans sa nouvelle propriété, le château de La Houssaye-en-Brie.

Il est fait duc de Castiglione le 19 mars 1808. Ensuite, il sert en Allemagne, puis en Espagne.
Il feint de se moquer de ses titres en affirmant : "Je me fous bien de tout cela, je m'appelle Pierre Augereau et je ne veux pas qu'on me débaptise!", mais en fait sa réussite le rend vaniteux.
En 1809, il épouse en secondes noces la jeune et élégante Adélaïde Bourlon de Chavange beaucoup plus jeune que lui.

Il prend le commandement en chef de l'armée de Catalogne le 8 février 1810. Peu attiré par ce nouveau poste, il s'applique pourtant à ménager les populations locales, à réformer l'administration régionale et à remporter plusieurs succès militaires.
Accusé par Napoléon de manquer de zèle, il est remplacé par Macdonald le 24 avril 1810.
Augereau reste deux ans sans affectation.
Le 4 juillet 1812, il commande le 11e corps de la Grande Armée en Allemagne, sans participer directement à la campagne de Russie.
Il est nommé gouverneur de Francfort le 8 avril 1813.
Il attribue le désastre de Leipzig, 16-19 octobre 1813, à Napoléon. Celui-ci devient méfiant à son égard, mais il lui confie le commandement en chef de l'armée de Lyon le 5 janvier 1814. Il est démotivé et tarde à rejoindre son poste.
Humilié par les sarcasmes de Napoléon : "Dites au duc de Castiglione d'oublier ses cinquante six ans et de se souvenir de Castiglione!", il se bat tout de même le premier trimestre de 1814. Puis las des combats qu'il juge inutiles, il abandonne Lyon, se replie avec ses troupes à Valence et se rallie aux Bourbons.
Le 16 avril 1814, il fait placarder la proclamation suivante : "Soldats, vous êtes déliés de vos serments, vous l'êtes par la Nation en qui réside la souveraineté; vous l'êtes encore s'il était nécessaire par l'abdication même d'un homme qui, après avoir sacrifié des millions de victimes à sa cruelle ambition, n'a pas su mourir en soldat!"
Il croisera Napoléon, en route pour l'île d'Elbe, qui traverse la Drôme.

Après avoir présenté sa soumission à Louis XVIII, il est nommé pair de France, chevalier de l'ordre de Saint-Louis et gouverneur de la 19e division militaire de Lyon. Cependant son comportement grossier fait désordre à la cour royale où tout le monde lui tourne le dos.
Son nouveau commandement lui laisse beaucoup de temps libre, il se partage entre son hôtel parisien (hôtel de Rochechouart) et La Houssaye.

Lorsque l'Empereur revient de l'île d'Elbe, il se ridiculise avec une déclaration opportuniste : "Soldats, l'Empereur est dans sa capitale. Ce nom, si longtemps gage de la victoire, a suffi pour disperser tous ses ennemis. Un moment la fortune lui fut infidèle. Séduit par la plus noble illusion, le bonheur de la patrie, il crut devoir faire à la France le sacrifice de sa gloire et de sa couronne... ses droits sont imprescriptibles, il les réclame aujourd'hui; jamais ils ne furent plus sacrés pour nous... Soldats, vos regards cherchaient en vain sur vos drapeaux blancs quelques souvenirs honorables. Jetez les yeux sur l'Empereur. A ses côtés brillent d'un nouvel éclat ses aigles immortelles; ralliez-vous sous leurs ailes!"

Déçu par son comportement, Napoléon refuse son ralliement et lui ôte son titre de maréchal le 10 avril 1815.
Au retour de Louis XVIII, celui-ci ignore son nouveau ralliement à la cause royale et lui manifeste du mépris.
Son traitement est supprimé le 27 décembre 1815.
Toujours pair de France, Augereau est sollicité pour prendre part au procès du maréchal Ney. Dans un sursaut de dignité, il refuse de juger un frère d'armes.
Objet de la risée des royalistes et des bonapartistes, rejeté, Augereau se retire dans son château de La Houssaye.
Il ne profite pas longtemps de sa fortune. Le 12 juin 1816, il meurt d'une hydropisie de poitrine dans son château de La Houssaye.
Sa dépouille subira un destin étrange : en 1854, le cimetière du village étant supprimé, le corps d'Augereau est transféré dans le caveau de famille du second mari de sa veuve, le comte de Sainte-Aldegonde, au cimetière du Père-Lachaise.

A Sainte-Hélène, Napoléon aura le jugement suivant : "Augereau était incapable de se conduire, il n'avait point d'instruction, peu d'étendue dans l'esprit... Il était vaniteux et facilement séditieux. Sa taille, ses manières, ses paroles lui donnaient l'air d'un bravache. Son courage, ses vertus premières l'avaient élevé très haut hors de la foule; les honneurs, les dignités, la fortune l'y avaient replongé. Le vainqueur de Castiglione eut pu laisser un nom cher à la France, mais elle réprouvera la mémoire du défectionnaire de Lyon!"

Le nom du maréchal Augereau est inscrit au côté Sud de l'Arc de Triomphe de l'Etoile.


Sources :

-"Dictionnaire biographique des généraux et amiraux français" de Georges Six Editions Georges Saffroy, 1934.

-"Dictionnaire des Maréchaux de Napoléon" de Jean-Claude Banc. Editions Pygmalion, 2007.

-"Dictionnaire Napoléon" de Jean Tulard. Editions Fayard, 1999.



© La Bédoyère.



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